Paroisse Notre Dame de l'Assomption
Ham

Homélie pour la Sainte Famille (27 décembre 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,

Dans la joie de la nativité, nous célébrons la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph... Comme chacun de nous, Jésus a appris sa vie d'homme dans une famille... Comme nous tous, il a partagé les joies et les soucis d'une famille. Prions pour notre famille pour qu’elle soit un lieu solide où il fait bon vivre

Pour la fête de la sainte famille, l’Église nous propose des textes qui sont pas forcément évidents. Abraham et Sarah, Syméon, un vieillard, et Anne, une veuve, ancienne aussi ; et puis de Joseph et Marie. Et ce qui fait qu’aucun des couples qui nous sont proposés ici ne semble vraiment ‘normal’.

Alors que ce qui les rapproche d’abord, avant tout et essentiellement, c’est leur relation à Dieu. Abraham dans le texte qu’on a entendu, Dieu s’approche de lui, c’est Dieu qui s’approche !, qui vient à la rencontre d’Abraham et qui lui dit : “ne crains pas. Ta récompense sera très grande”. Et là Abraham se tourne vers Dieu et lui dit : “Tu ne m’as pas donné de descendance”. Et Dieu lui dit : “Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux. Telle sera ta descendance!” Et de fait, Abraham fait confiance à Dieu. C’est ce que nous dit la Lettre aux Hébreux d’ailleurs. Ce qui est caractéristique d’Abraham, c’est sa foi. Il fait confiance à Dieu. Il accepte d’entrer dans une relation qui est une relation de confiance, une relation de fidélité, une relation de foi.

Et en fait, on pourrait faire la même chose, le même travail sur Syméon dans sa relation avec Dieu, qui lui aussi fait confiance, qui croit que les promesses de Dieu seront tenues. C’est vrai pour la prophétesse Anne. C’est vrai pour Marie et pour Joseph.

Cependant il y a des difficultés et des soucis quand-même. Pour Anne, on sait qu’elle s’est retrouvée veuve après 7 ans de mariage, sans enfants. Donc là aussi, le combat, elle l’a connu. Et lorsqu’on se penche sur Joseph et sur Marie, on pourrait se dire : “voilà le couple parfait ! Ils ont été prévus de toute éternité l’un pour l’autre, par Dieu. Pour donner naissance à son fils unique, Jésus, le sauveur du monde”. Et voilà que Marie entend une chose : « Ton âme sera traversée d’un glaive». Et nous savons que c’est effectivement ce qui s’est passé. Donc même la sainte famille, elle a connu ses combats et ses difficultés

La vie de la Sainte Famille n’est pas simple comme en témoigne l’histoire de Joseph qui a accueilli Jésus et sa mère avec foi. Il assume cette responsabilité de père de famille, en acceptant que la réalité ne soit pas toujours facile, que la réalité ne soit pas toujours conforme à ses désirs et que les projets de Dieu dépassent ses propres projets. Marie aussi, face à tous ces évènements, les garde dans son cœur et les médite, sans peut-être en comprendre toute la signification, mais en faisant confiance à Dieu.

Les parents font vite l’expérience que leurs enfants ne sont pas tout à fait « leurs » enfants car ils traceront leur route et leur destin à leur manière. Marie et Joseph feront l’expérience que Jésus trace un chemin qu’ils n’imaginaient pas. Marie ne pensait pas se trouver un jour au pied de la croix, auprès de son Fils agonisant, comme elle n’imaginait pas la joie de ce petit matin de Pâque où son Fils ressuscité apparaît. Ainsi, Marie et Joseph, apprennent-ils très tôt à aimer l’enfant Jésus, non pas seulement avec leur propre regard mais avec un regard nouveau – le regard de Dieu -, forgé dans la foi et la confiance.

La vie de couple ou de famille n’est jamais déjà écrite. Elle est toujours à construire, et parfois cette construction au quotidien est rude. Si la famille se fonde dans l’amour du couple et des enfants, elle reste sans cesse à construire. Elle ne demeure vivante que si époux et enfants s’accueillent, jour après jour, avec leurs richesses et leurs fragilités, dans les joies et les peines du quotidien, dans les évènements heureux ou malheureux. Ce n’est pas chose facile et, bien sûr, il n’y pas de famille parfaite ni d’époux ou d’épouses parfaits, ni d’enfants parfaits ! Pourtant, dans la foi, nous sommes appelés à reconnaître en chaque membre de nos familles, une personne qui nous est donnée à aimer, à respecter et à accompagner. Nous sommes aussi invités à discerner et à accepter le projet de Dieu sur chacun ; projet parfois surprenant et dérangeant comme celui de Dieu sur ce nouveau-né qui grandira à Nazareth avec les siens.

Il ne s’agit pas d’idéaliser la famille car, tous, nous connaissons les ruptures, les douleurs et parfois même les violences qui peuvent l’habiter. Elle est une des réalités dont nous ne sommes pas pleinement maîtres, mais qu’il faut recevoir, parfois, bien au-delà de ce que nous aurions désiré ou voulu. Il nous faut accueillir l’autre – le conjoint ou l’enfant – non pas tel que nous le rêvons mais tel qu’il est. La vie conjugale et familiale est un des lieux forts de l’existence où nous apprenons à accepter la réalité telle qu’elle est et non pas telle que nous la voulons.

Enfin, rappelons-nous que dans la tradition chrétienne, la famille est la première cellule d’Église – l’ecclesiola ou église miniature – où chacun apprend à vivre selon l’Évangile. Dans une famille, on apprend aux plus grands à respecter les plus petits et, aux jeunes, à respecter les anciens et à les aider si nécessaire ;

On apprend à se pardonner, à s’entraider, à partager ; on apprend à s’ouvrir aux autres, au monde et, quand la famille est accueillante, aux plus pauvres. La famille est aussi une communauté missionnaire : les parents sont les premiers missionnaires – les premiers catéchistes – car ils apprennent à leurs enfants à prier, leur parlent de Jésus et les invitent à vivre selon l’Évangile. Une famille qui essaie de vivre ainsi est un beau témoignage et son ouverture aux autres, en particulier aux amis des enfants, est une chance pour tous.

Frères et sœurs, ce n’est pas un chemin de facilité que nous sommes invités à vivre. Mais c’est le chemin de la joie. De la joie ultime, celle de la vraie joie qui nous attend pour l’éternité. Et du coup, il y aura des moments difficiles, des moments de combats, des moments où il sera peut-être plus facile de tout laisser tomber. Mais non ! Nous sommes invités à entrer dans la fidélité même de Dieu. Dieu qui ne nous laisse jamais tomber. Même quand on est insupportable.

Alors, humblement, parce que nous sommes tout petits et nous sommes faibles, très humblement, nous accueillons le cadeau que Dieu veut nous faire. C’est Sa vie et Son Amour, pour que nous puissions nous-mêmes vivre pleinement dans cet Amour.

écrit par le père Léon

Homélie pour le jour de Noël (25 décembre 2020) par le père Léon

Le sentiment qui habite tout croyant en ce jour, c’est véritablement la joie, un des premiers fruits de l’Esprit Saint. « Éclatez en cris de joie » dit le prophète Isaïe en annonçant la venue du Messie. Il est venu ! Au cœur de cette nuit nous avons écouté le récit de sa naissance. Ce matin avec la messe de l’aurore, nous avons vu comment ceux qui ont été les premiers bénéficiaires de l’annonce de la naissance du Messie, les bergers, n’ont pas pu garder pour eux cette bonne nouvelle. Ils ont cru au message de l’ange, ils se sont rendus à Bethléem et ils ont vu réellement un petit enfant nouveau-né dans une mangeoire. Cet évènement, ils ne l’ont pas gardé pour eux, immédiatement ils ont été annoncer autour d’eux cette naissance.

Avec la liturgie de cette messe du jour, et tout spécialement avec ces versets de l’épître aux Hébreux et le prologue – le tout début de l’évangile selon saint Jean – nous sommes les uns et les autres placés devant ce nouveau-né. Comme c’est souvent le cas quand on tient un nouveau-né dans ses bras, nous imaginons ce qu’il va devenir, qui il est réellement, quel est son avenir. Placés devant le nouveau-né de la crèche, nous le regardons, nous le contemplons, et à l’aide de l’évangile de Jean, ce prologue qui est à la fois une introduction à l’évangile et qui est aussi une synthèse de son contenu, nous contemplons l’enfant et grâce à la Parole, cette Parole dont l’apôtre Jean nous parle avec un tel génie, nous dévoilons en quelque sorte le mystère de l’identité du nouveau-né. Ce n’est pas un enfant comme les autres. Vous l’avez entendu : « Au commencement était le Verbe. Le Verbe était Dieu ». Le Verbe, la Parole, cette Parole qui dès les premiers versets de la Genèse est créatrice.

« Le Verbe était Dieu », nous sommes placés devant le mystère de ce Dieu trois fois Saint, de ce Dieu que nous appelons Trinité. Oui, avec le Père, le Verbe dès l’origine participe à la création de ce monde, ce monde qu’aujourd’hui il vient rejoindre en prenant la condition humaine.

Les prophètes l’ont annoncé et finalement le dernier, le plus grand des prophètes lui a rendu témoignage comme dit Jean, l’évangéliste : « il est venu comme témoin pour rendre témoignage à la lumière ». Cet enfant est le Verbe, il est véritablement la Parole qui prend chair. Ce Verbe est aussi la lumière et c’est ainsi que bientôt il se désignera : « Je suis la lumière du monde ». « Le Verbe était la vraie lumière », « II est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu ». Oui, il est vrai qu’une partie du peuple d’Israël n’a pas encore reconnu son Messie, mais n’oublions pas que si nous sommes là aujourd’hui c’est bien parce que, une autre partie du peuple d’Israël l’a reconnu et nous l’a fait connaître.

Aujourd’hui tant d’hommes et de femmes qui ont connu, du moins, qui ont entendu parler du Messie, du Sauveur du monde, ont pris des distances non seulement par rapport au Sauveur, mais par rapport à celui qui l’a envoyé, par rapport à Dieu. Il est quand même très curieux que dans notre société moderne depuis des semaines nos rues soient illuminées, et que la plupart de nos concitoyens ne savent même plus pourquoi, pour qui de telles manifestations, de telles fêtes. Il est étrange que nous célébrions aujourd’hui l’anniversaire d’une personne et que cette personne soit absente la plupart du temps des lieux où l’on fait la fête.

Quant à nous, sans aucun mérite de notre part, nous avons le privilège de connaître celui qui est venu sauver le monde, Jésus. Son nom signifie « Dieu sauve ».

Si nous avons ce privilège, c’est tout simplement en raison même de la bonté, de la bienveillance du Seigneur. C’est donc une invitation pour nous à ne pas être absorbés par le climat du monde et d’être capables de fidélité à l’enseignement que le Verbe est venu nous faire connaître. S’il est venu habiter parmi nous, comme dit l’Écriture, c’est bien pour nous faire connaître le plan de Dieu sur l’humanité. Nous avons reçu « la grâce et la Vérité par Jésus Christ ». En connaissant le Christ, le Sauveur du monde, nous avons reçu le cadeau par excellence, la grâce qui nous fait découvrir que non seulement, nous sommes hommes, et que nous sommes appelés à être divinisés, à partager la vie même de Dieu. Il est venu pour cela, pour nous faire partager sa vie. De toute éternité, c’est ce que Dieu a voulu. Il nous a créés par amour, pour vivre dans son amour.

Frères et sœurs, approchons le grand mystère. Nul ne résiste au sourire et à la faiblesse d’un enfant. Et cet enfant est le Fils de Dieu. Pour dire aux hommes qu’il les aime, Dieu se fait enfant, quêteur à son tour de l’amour des hommes.

Oui « Un enfant nous est né, un fils nous est donné… C’est le Christ, le Seigneur. » AMEN

écrit par le père Léon

Homélie pour la nuit de Noël (24 décembre 2020) par le père Léon

Bienvenue à tous.

En cette nuit de Noël, nous sommes heureux de nous retrouver dans cette église. Noël, c'est Jésus qui vient et qui nous appelle à lui. Les bergers, les mages et bien d'autres sont venus à lui. Nous aussi, nous nous tournons vers Celui qui se présente à nous comme “La Lumière du monde”. “Aujourd’hui, un Sauveur nous est né: C’est le Christ, le Seigneur”.

La fête de Noël suscite toujours de l’émerveillement. Elle trouve fort à propos sa place dans ce moment de l’année marqué par l’obscurité de la nuit semblant l’emporter sur la lumière du jour. Cette année, Noël sera d’autant plus bienvenu ! Nous le savons, nous aurons à vivre cette fête en tenant compte des restrictions liées au contexte sanitaire et nous ne pourrons nous retrouver comme si le virus n’était pas là. Mais que cela ne nous empêche pas de nous rendre attentifs à ce qui est essentiel.

La liturgie chrétienne annonce la naissance de notre Dieu dans notre histoire et entend témoigner de l’Espérance qu’offre sa proximité avec chaque être humain. Entre autres signes de cette fête, la crèche exprime bien cet évènement. La crèche est comme un évangile vivant et c’est pourquoi c’est une bonne chose de préparer une crèche dans nos maisons : « Faire une crèche, nous dit le pape François, nous aide à revivre l’histoire vécue à Bethléem. Jésus est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l’essentiel et à en vivre ».

C’est vrai que la crèche a beaucoup à nous apprendre sur ce qui est essentiel dans nos vies. Voyez Jésus ! Il n’a pas besoin de beaucoup de place, une crèche suffit pour l’accueillir. Contempler la crèche, c’est devenir plus sensible à une forme de sobriété ; c’est être sensible à ceux qui, autour de nous, connaissent une épreuve ou vivent une situation de plus grande fragilité : les personnes âgées, les malades, les familles qui ont été éprouvées par un deuil ou une séparation. C’est pourquoi, nous nous réjouissons de ces nombreux gestes d’attention auxquels nous sommes plus attentifs encore aujourd’hui. Ils disent l’importance de la fraternité entre les hommes et le prix du lien qui nous unit aux plus fragiles de notre société.

Demandons au Seigneur la grâce d’être attentifs aux hommes et aux femmes en souffrance. Ils sont encore plus nombreux en cette période de pandémie. C’est dans la rencontre avec les plus fragiles que nous retrouvons Jésus. Notre souffrance ne peut être égoïste. N’oublions pas de prier pour ceux qui ne sont plus là avec nous.

Chers frères et sœurs, vivons ce Noël confiné dans l’espérance que nous donne cet enfant Jésus qui naît dans une crèche à Bethléem. Malgré sa pauvreté, il est le sauveur de l’humanité. C’est ce que découvrent des bergers. Ils ont entendu la voix d’un ange, leur annonçant la naissance d’un sauveur, en la personne d’un nouveau-né couché dans une mangeoire.

Le mystère de Noël, qui est lumière et joie, interpelle et bouleverse, parce qu’il est en même temps un mystère d’espérance et de tristesse. Il porte avec lui une saveur de tristesse, en tant que l’amour n’est pas accueilli, la vie est rejetée. C’est ce qui arrive à Joseph et Marie, qui trouvèrent les portes fermées et déposèrent l’enfant dans une mangeoire, « car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (v. 7). Jésus naît dans le refus de certains et dans l’indifférence de la plupart. Aujourd’hui aussi il peut y avoir la même indifférence, quand Noël devient une fête où les protagonistes sont nous, au lieu de Lui ; quand les lumières du commerce jettent dans l’ombre la lumière de Dieu ; quand nous nous donnons du mal pour les cadeaux et restons insensibles à celui qui est exclu. Cette mondanité nous a pris Noël en otage, il faut s’en libérer (Pape François).

Mais Noël a surtout une saveur d’espérance parce que, malgré nos ténèbres, la lumière de Dieu resplendit. Sa lumière gracieuse ne fait pas peur ; Dieu, épris de nous, nous attire par sa tendresse, naissant pauvre et fragile au milieu de nous, comme un de nous. Il naît à Bethléem, qui signifie “maison du pain”. Il semble ainsi vouloir nous dire qu’il naît comme pain pour nous ; il vient à la vie pour nous donner sa vie ; il vient dans notre monde pour nous porter son amour. Il ne vient pas pour dévorer et pour commander, mais pour nourrir et servir. Ainsi, il y a un fil direct qui relie la crèche et la croix, où Jésus sera pain rompu : c’est le fil direct de l’amour qui se donne et nous sauve, qui donne lumière à notre vie, paix à nos cœurs.

Ils l’ont compris, en cette nuit, les bergers, qui étaient parmi les exclus d’alors. Mais personne n’est exclu aux yeux de Dieu et ce furent vraiment eux les invités de Noël. Celui qui était sûr de lui, autosuffisant, était chez lui au milieu de ses affaires ; les bergers au contraire « allèrent, sans hésitation » (cf. Lc 2, 16). Nous aussi, laissons-nous interpeller et convoquer cette nuit par Jésus, allons à lui avec confiance, à partir de ce en quoi nous nous sentons exclus, à partir de nos limites, à partir de nos péchés.

Laissons-nous toucher par la tendresse qui sauve ; approchons-nous de Dieu qui se fait proche, arrêtons-nous pour regarder la crèche, imaginons la naissance de Jésus : la lumière et la paix, la plus grande pauvreté et le refus. Entrons dans le vrai Noël avec les bergers, portons à Jésus ce que nous sommes, nos exclusions, nos blessures non guéries, nos péchés. Ainsi, en Jésus, nous goûterons le véritable esprit de Noël : la beauté d’être aimés de Dieu.

Cette nuit, devant la crèche, méditant dans notre cœur sur cet évènement comme Marie : Dieu s’abaissant au point de partager la condition humaine, quel est notre sentiment ? Notre cœur est-il ouvert pour accueillir l’enfant de Dieu ? Cette histoire, cette belle histoire reste-t-elle jolie à entendre, mais sans conséquence sur notre vie, notre manière d’être et d’agir ? Notre cœur peut devenir la crèche où Jésus est adoré et aimé. L’humanité a pour vocation d’être la crèche où Jésus peut être rencontré, car il vient pour tous. Le Prince de la Paix désire établir l’humanité dans la paix de l’amour. Il nous indique le chemin : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Face à la lutte pour le pouvoir, et la puissance, face à l’égoïsme et à l’orgueil, à la quête de domination, l’enfant de la crèche nous offre la sagesse d’en-haut qui consiste à donner humblement à Dieu la première place dans notre existence et à servir nos frères selon l’exemple donné par Jésus, en étant prêt à donner notre vie pour eux.

Que chacun s’examine ! Que l’Esprit Saint guide les adorateurs de Jésus, afin que, comme les bergers, ils puissent vivre dans la louange et soient missionnaires de la Bonne Nouvelle : « Oui, un enfant nous est né, un fils nous est donné. Éternelle est sa puissance ! » Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour le 3e dimanche de l'Avent (13 décembre 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,

Les lumières de Noël se font de plus en plus vives et nombreuses. La grande fête est proche. C’est pourquoi nous sommes invités à nous réjouir aujourd’hui, en ce troisième dimanche de l’Avent, car au milieu de nous se tient déjà Jésus, le Christ. Jean-Baptiste nous fait le reproche de ne pas assez le connaître, mais en ces temps compliqués, nous sommes invités à le reconnaitre en chacun de nous, et nous pousse à témoigner de la force et de l’amour de ce Dieu fait homme que nous attendons. Cette célébration, nous permet de le rencontrer.

Ce 3ème dimanche de l’Avent est le dimanche de la joie : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu » dit Isaïe ; « Mon âme exalte le Seigneur… Le puissant fit pour moi des merveilles » lui répond la Vierge Marie ; « Frères soyez toujours dans la joie » renchérit saint Paul. Pourtant Isaïe écrit en esclavage à Babylone, Marie dans un pays occupé, Paul dans une prison. Pourquoi parlent-ils de joie, alors même que nous qui ne sommes pas en esclavage, en prison ou en pays occupé, nous ne parvenons pas toujours à nous réjouir de la vie ?

Isaïe, Marie et Paul ont en commun une chose que nous avons tendance à oublier : ils espèrent en Dieu. Ils savent que même s’ils sont au fond de la souffrance et de la mort, Dieu ne les abandonnera jamais. Il viendra à leur secours et les délivrera. Cette espérance est fondée sur la fidélité de Dieu, sur le message des prophètes, d’Isaïe à Jean Baptiste, sur l’espérance de la venue du Messie, l’envoyé de Dieu pour sauver son peuple. Même les prêtres de Jérusalem, les lévites et les pharisiens ont cette même espérance au cœur quand ils demandent à Jean Baptiste s’il est Elie, le Messie ou le Prophète. L’espérance est au cœur de la foi d’Israël qui n’a pas été épargnée par les épreuves et qui encore aujourd’hui fait face à l’hostilité du monde. Israël croit que Dieu ne l’oublie pas malgré les déportations, les morts, la destruction, l’antisémitisme, la guerre ou l’esclavage. L’espérance d’Israël en Dieu est plus forte que tout, nous devrions parfois prendre exemple sur elle !

Saint Paul invite également les chrétiens de Thessalonique à être toujours dans la joie, à prier sans relâche, à rendre grâce en toute circonstance. Toujours, sans relâche, en toute circonstance, c’est fort ! En ces temps où la crise sanitaire, révèle que le monde est aussi enfoncé dans des crises sociales et des problèmes de justice qui font payer l’essentiel de la crise aux plus faibles, avons-nous tant de raisons de nous réjouir ?

L’époque à laquelle Paul écrivait aux Thessaloniciens était aussi un temps de crise pour les 1ers chrétiens et pourtant Paul écrit que, dans le Christ Jésus, dans la foi chrétienne donc, « vivre une joie qui rende grâce en toute circonstance est la volonté de Dieu ».

Mais il s’agit d’une joie qui n’empêche pas de discerner la valeur des choses et de s’éloigner de toute espèce de mal, dans lesquelles nous pouvons, sans doute, ranger bien des solutions que la société trouve aux injustices actuelles. Il s’agit, aussi, de nous laisser transformer par Dieu lui-même : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers.»

Frères et sœurs, je voudrais vous poser une question. Comment savons-nous que nous sommes aimés de Dieu ? Il y a là quelque chose du mystère de la foi propre à chacun et à chacune de nous. Nos cheminements dans la foi sont uniques et précieux, mais l’on peut toutefois affirmer que c’est l’Esprit Saint qui nous donne de ressentir cet amour pour Dieu, et cette joie qui en découle. C’est Lui qui nous fait appeler Dieu notre Père, qui nous donne de le reconnaître dans sa visitation en son Fils Jésus. Voilà la source de notre joie.

Mais il ne faut pas s’y méprendre. Celui ou celle qui fait l’expérience de cette joie sait qu’elle peut exiger beaucoup de nous. Elle n’est pas facile, car elle nous demande que l’on puisse regarder la réalité dans le blanc des yeux, sans se détourner, sans fuir. Elle nous rend responsables du bonheur des autres, au point où elle nous invite à pleurer avec ceux qui pleurent, à nous réjouir avec ceux qui se réjouissent, à souffrir avec ceux qui souffrent, comme Jésus…

Par ailleurs, cette joie se fait parfois discrète en nos vies, au point où elle semble nous échapper. Elle nous demande alors de patienter, d’attendre sans consolation au cœur des pires épreuves, mais avec cette assurance que Dieu est là. Cette joie profonde nous donne force et courage, elle nous fait tenir bon, dans la confiance, au cœur des tempêtes de la vie.

La joie chrétienne a sa source et son enracinement dans la réalisation de cette nouvelle incroyable que le Créateur du monde nous aime d’un amour infini. La Parole de Dieu nous l’affirme : notre vie est sacrée et elle est porteuse de sens.

Frères et sœurs, la joie de foi, c’est Dieu est avec nous. Il ne s’agit d’ailleurs pas que d’une espérance, mais bien d’une joie profonde qui permet d’affronter les difficultés : Dieu est « Emmanuel », il est Dieu avec nous. Il est avec son peuple en exil à Babylone. Il est présent au milieu de nous. Il est au cœur de chacune de nos eucharisties, dans le pain et le vin. Il est avec nous qui avons été baptisés et sommes devenus Temples de l’Esprit Saint.

Il est dans l’Eglise, corps du Christ. Pourquoi sommes-nous tristes, comme les disciples d’Emmaüs, alors même qu’il chemine avec nous sur nos chemins ? Le temps de Noël est le temps où nous pouvons redécouvrir cette présence aimante et fidèle de Dieu dans nos vies. Le temps de l’Avent est bien celui qui nous invite à nous demander en qui nous espérons, ce que nous espérons, mais aussi si la joie est bien présente en nous. La joie de l’espérance est ce qui soutient notre foi que le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Mais cette espérance et cette joie ne doivent pas nous enfermer sur nous-mêmes, le Magnificat de la Vierge Marie, qui répond à la lecture d’Isaïe, est là pour nous le rappeler. Dieu est là aussi de manière plus forte auprès de celui qui a le cœur brisé, les pauvres, les captifs, les prisonniers. Il comble de biens les affamés, il relève celui qui est tombé. C’est une joie qui nous oblige aussi à regarder vers celui qui à notre porte a faim et soif. La joie se vit dans l’espérance et la foi mais, cette espérance et cette foi sont vaines si elles ne se traduisent pas en actes dans la charité et l’amour du prochain. Nous sommes dans la joie chaque fois que nous vivons de la présence de Dieu en nous et que nous le manifestons dans l’amour du prochain. La joie ne vaut que si elle est partagée. Le temps de Noël est ce temps de joie partagée où nous nous ouvrons à la présence de Dieu et à nos frères et sœurs dans la foi et l’espérance d’un Dieu qui nous aime et vient nous sauver.

écrit par le père Léon

Homélie pour le 2e dimanche de l'Avent (06 décembre 2020) par le père Léon

« Préparer le chemin du Seigneur » Voici à quoi nous invitent Isaïe et Jean Baptiste aujourd'hui. Dans notre vie, les obstacles à la venue du Seigneur ne manquent pas. Et pourtant, Dieu ne cesse de venir à notre rencontre. Il nous relève et nous rassemble pour nous conduire vers la vie. Son Esprit déjà nous est donné et nous rend capables de préparer sa route.

Comme tant de générations de chrétiens depuis la venue du Christ en ce monde, nous attendons son retour. La fête de la Nativité que nous allons célébrer le 25 décembre est à la fois le souvenir de sa naissance à Bethléem, l’annonce de l’espérance de son retour à la fin des temps et la profession de foi en sa venue à chaque moment de notre histoire. Sinon, en effet, comment pourrions-nous comprendre ces nombreux siècles écoulés depuis l’incarnation du Christ ? Faut-il y voir une sorte de distraction de Dieu qui a oublié qu’il devait revenir ? Faut-il y voir une sorte d’abandon de l’humanité ?

Les premières générations chrétiennes attendaient le retour du Christ dans l’immédiat. Ce n’est que peu à peu qu’ils ont découvert que le Christ ne reviendrait ni le lendemain, ni la semaine suivante, ni l’année suivante, et que le temps de sa venue était inconnu, et donc la durée de l’attente indéfinie. Pourquoi ce temps si long ? À quoi bon éprouver notre espérance si chaque année qui passe repousse un peu plus loin la conclusion à laquelle on s’attend ? Faut-il y voir une sorte de malice pour nous obliger à attendre ?

L’épître de Pierre nous donne une clef pour comprendre ce temps de l’histoire des hommes : « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans comme un seul jour » (2 P 3,8). Le Dieu auquel nous croyons n’est pas un dieu immergé dans la durée, il n’est pas un dieu soumis à l’évolution des temps, il est un Dieu éternel, c’est-à-dire hors du temps. Pour lui toute l’histoire des hommes est présente en un seul moment. Il n’y a pas de délai et de durée, et donc si la promesse ne s’accomplit pas, ce n’est pas comme certains le prétendent, parce que Dieu aurait du retard, mais au contraire, parce qu’il prend patience envers nous car il ne veut pas laisser quelques-uns se perdre, il veut que tous parviennent à la conversion.

Ainsi ces longs siècles écoulés depuis le retour du Christ auprès du Père et dont nous partageons l’histoire avec nos contemporains ne sont pas simplement un temps d’épreuve et de vide, c’est un temps de grâce, une chance, une opportunité.

En ce temps de l’Avent, la parole de Dieu nous invite à l’espérance. Dieu nous promet la consolation et la justice. Dans la Bible, Dieu est souvent présenté comme un père qui « console » ses enfants. Le fait d’être consolé, lorsqu’on est petit enfant fragile, ou adulte gisant au plus profond d’une détresse, peut souvent construire, aider à vivre. Nous y aspirons tous au plus fort de nos épreuves et de nos chagrins. C’est un mot à garder précieusement, enveloppé dans deux textes qui nous sont familiers. D’abord dans le texte des Béatitudes : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés », et bien sûr dans ce texte d’Isaïe aujourd’hui : « consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli, que son crime est expié...»

Cette Bonne Nouvelle, le prophète Isaïe nous en donne un aperçu. Qu’est-ce que cela signifie ? Dans une période comme il y en a eu beaucoup dans l’histoire d’Israël et de Jérusalem en particulier, dans une période où la vie n’était pas facile, comment croire vraiment que Dieu accomplit sa promesse envers son peuple élu ? Comment le croire quand le peuple élu est dispersé, submergé par ses ennemis et occupé ?

Que dit le prophète dans ce cas-là ? Il dit : « vous vivez dans la contrainte, la souffrance, la difficulté, mais Dieu m’envoie pour vous dire : ne doutez pas de lui, il va accomplir sa promesse ». Le Seigneur vient avec force et puissance et c’est une bonne nouvelle pour Jérusalem car à travers ses difficultés elle a l’espérance d’en sortir un jour.

Autour de nous, en ce temps de pandémie qui nous parait interminable, une lueur d’aurore vient de paraître pour les mois qui viennent. Nous avons grand besoin de consolation. Il me semble, beaucoup de gens cherchent l’espérance d’en sortir un jour. L’espérance que les difficultés, qui sont quelquefois des difficultés dramatiques, mais aussi les difficultés de la vie quotidienne : difficulté de faire vivre une famille, difficulté de tenir un travail, difficulté de réussir à être un peu heureux dans la vie, seront levées. En ce moment tout le monde rencontre ces difficultés, nous chrétiens comme les autres. Que change que nous soyons chrétiens et que nous préparions la célébration de la Nativité ? Cela nous donne-t-il un autre regard sur ces éléments de vie quotidienne ? Cela jette-t-il une lumière d’espérance, non pour échapper aux difficultés de tout le monde, mais en nous donnant une capacité pour comprendre le temps que nous vivons non pas comme une sorte d’épreuve malheureuse mais comme un temps de Pâques qui nous est donné pour nous convertir. Le temps qui passe est toujours le temps de nous convertir : « Le Seigneur n’est pas en retard, c’est pour nous qu’il patiente, il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ».

Quelqu’un peut avoir envie de répliquer : « On a du temps pour se convertir, mais enfin on n’a pas un temps indéfini. Il va arriver, on ne sait pas quand, ni comment, donc cela peut être en sortant de la messe ! » Le temps pour se convertir est compté, nous ne savons pas comment mais il est compté, de toute façon, et pour chacun de nous il s’arrêtera au moment de sa mort.

Ne perdons ce temps pour la conversion. Retroussons nos manches, et entreprenons, comment on sait bien faire quand on doit faire quelque chose, entreprenons notre conversion. Mais ce n’est pas exactement comme cela que se présente la conversion dans l’Évangile. L’Évangile ne nous dit pas : « Les gens ont compris ce qu’est se convertir et ils se mettent à se convertir », il nous dit « Au commencement il a envoyé Jean le Baptiste pour annoncer que Dieu envoie son messager pour préparer sa route, préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». C’est le Seigneur qui vient, qui trace sa route dans la vie des hommes, ce n’est pas nous qui faisons venir le Seigneur. C’est le Seigneur qui vient, c’est parce qu’Il vient que la route doit être aménagée, refaite, et c’est pour cela que Jean Baptiste appelle à la conversion : « Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés ». Non pas un baptême de perfection humaine : il ne les exhortait pas à devenir des supermen de la religion, il les exhortait à recevoir le baptême pour le pardon des péchés, c’est-à-dire à accueillir celui qui vient à travers le désert, celui qui traverse les déserts de l’existence humaine pour rejoindre le cœur de l’homme.

Frères et sœurs, ce temps donné pour que nous nous convertissions, n’est pas seulement un temps pour re-fabriquer notre vie, c’est d’abord et principalement un temps pour accueillir le pardon de Dieu. Mais devant la miséricorde du Père qui se manifeste dans le Fils venu en notre monde, si nous accueillons le Fils, il changera nos déserts, il fera ce qui a été annoncé, il aplanira les collines, il rabotera les aspects rugueux, il transformera ce qui est une mauvaise route par la puissance de son amour.

Une fois de plus, le temps de l’Avent nous est donné pour vivre le temps de la conversion. C’est le temps de faire place à celui qui vient. Lui faisant place, nous recevons une lumière nouvelle sur notre existence et nous voyons comment cette lumière, cette force de l’amour de Dieu, transforme notre vie.

écrit par le père Léon

Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent (29 novembre 2020) par le père Léon

Veillez ! C’est le premier impératif de l’Avent, qui nous vient de Jésus Lui-même, non pour nous affoler ou nous menacer, mais pour nous supplier de ne pas manquer sa venue . Car il vient nous manifester tout l’amour du père. L’Avent est cet heureux temps de la réjouissance, de l’attente ardente et de la joyeuse espérance. Le temps du désir.

En ce premier dimanche de l'Avent commence une nouvelle année liturgique, l'année B. Tout au long de celle-ci, nous contemplerons et méditerons les mystères de la vie de notre Seigneur Jésus Christ, non pas de manière routinière mais en cherchant sans cesse ce que Dieu veut nous communiquer en nos diverses situations. Puissions-nous nous rendre encore plus proches de Dieu et de sa grâce.

Les lectures de ce dimanche, nous invitent à l'attente vigilante de la Venue de notre Maître et Seigneur Jésus Christ. L'évangéliste Saint Marc nous précise le sens de cette attente : « Veillez, car vous ne savez pas quand viendra le moment ». Ce moment est celui de la venue du Fils de l'homme. Le temps de l'Avent est donc principalement celui de veille dans l'attente de la venue du Christ. Sa venue dans la chair à Noël, son retour glorieux à l'accomplissement des temps, et surtout sa venue quotidienne dans nos cours et à travers les plus petits qui sont ses frères et sœurs. Ce temps de veille peut s’appliquer à toute vie chrétienne, car le Seigneur ne cesse de nous visiter au quotidien. Sommes-nous attentifs à son passage ?

La lecture du prophète Isaïe entendue rejoint beaucoup de situations que nous connaissons. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes et de femmes connaissent la détresse. Celle-ci peut venir de la situation dans laquelle ils sont plongés ou des difficultés particulières qu’ils rencontrent dans leur vie. Mais elle est souvent celle d’un cœur découragé ou indifférent. Quand Isaïe écrit : « nous étions comme des feuilles desséchées » (Is 64, 5), il parle de ce dessèchement du cœur de l’homme qui se détourne de ceux qui l’entourent et de leurs besoins, et rend fataliste vis-à-vis de l’avenir. Un cœur desséché conduit au désespoir et à la tristesse.

Si notre cœur peut se durcir au point de devenir insensible, c’est parce que nous ne laissons pas couler en nous le dynamisme de l’amour et parce que nous refermons notre vie pour protéger notre tranquillité. Mais nous ne pouvons pas être tranquilles si nous sommes attentifs à tout ce qui se passe autour de nous et aux besoins de nos frères. Celui ou celle qui est lucide sur sa propre vie ne peut pas vivre dans l’insouciance.

« Nous étions desséchés comme des feuilles, et nos crimes, comme le vent, nous emportaient » (Is 64, 5). Le temps de l’Avent où nous préparons la venue du Seigneur est un temps pour sortir de cette tentation de l’indifférence. Se préparer à accueillir le Seigneur, c’est, comme le dit l’Écriture, recevoir « un cœur de chair à la place d’un cœur de pierre » (Ez 36, 26). Si nous ne voulons pas être comme ces feuilles desséchées emportées par la bourrasque et qui retombent on ne sait où, si nous voulons vraiment ouvrir nos cœurs à l’amour du Christ qui vient, il nous faut « prendre garde et veiller » (Mc 13, 33).

Pour comprendre ce que cela induit, je vous propose de prendre simplement quelques exemples de ce que nous pouvons faire nous mettre en garde et pour veiller.

Durant ces quatre prochaines semaines, nous allons nous préparer à accueillir le Christ en sa Nativité, afin que nos cœurs soient ouverts au moment où le Seigneur vient, pour que ne se reproduise pas ce qui s’est passé à Bethléem où « il n’y avait pas de place pour lui » (Lc 2, 7) et pour que le Christ puisse entrer dans notre monde et notre existence. Nous pouvons nous préparer à la venue du Christ en accordant plus d’attention à sa présence et à sa Parole. Dans ce temps de l’Avent, comme vous allez le vivre dans notre paroisse, nous pouvons passer plus de temps à prier, ou peut-être déjà ne pas oublier de prier ! Comme nous l’avons chanté dans le psaume, nous pouvons revenir avec confiance à la prière quotidienne, « fais-nous revenir Seigneur… et nous serons sauvés » (Ps 79, 4). Pour nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, nous pouvons reprendre un verset de l’Évangile de mémoire, même sans livre et sans papier. Rien ne vous empêche chaque jour de dire un verset, de le répéter et de le laisser pénétrer votre cœur.

Veiller, c’est nous rendre attentif à la venue du Christ, mais également à l’existence de nos frères. Dans nos familles ceci peut se vivre des parents vers les enfants, des enfants vers les parents, des époux l’un envers l’autre. Cela passe aussi par l’attention que l’on porte aux grands-parents, aux alliés, à notre famille large. Plus largement cette attention touche notre environnement et les gens avec qui nous travaillons. Est-il possible de travailler pendant des mois et des années à côté d’une personne, sans avoir jamais vraiment prêté attention à ce qu’elle vit, sans jamais l’avoir écoutée ? Et puis nous pouvons être attentifs aux besoins de tous ceux qui nous entourent.

Cette année notre diocèse nous propose le geste de solidarité : « En avent autrement». Chaque famille, chaque personne ou groupe de personne sera invité à mettre chaque jour dans un carton quelque chose qui pourra servir à un sans-abri ou à une personne en précarité homme, femme ou enfant.

Nous aiderons avec une petite liste par exemple : un crayon, un masque, des produits de toilette, des friandises, l’une ou l’autre conserve, des habits...

Notre paroisse et quelques mairies organisent la collecte du 15 au 19 décembre, l’église d’Eppeville et de Ham seront ouvertes pour récolter les dons devant les crèches. Cette une occasion par laquelle ceux qui ont la possibilité de consommer sont invités à partager quelque chose avec ceux qui ont besoin d’être aidés pour vivre.

Veiller cela signifie aussi regarder, comprendre et faire quelque chose ; ne pas fermer nos yeux et notre cœur. En effet, nous entendons beaucoup d’informations sans que ces nouvelles et les évènements qu’elles relatent pénètrent vraiment notre intelligence et notre vie. Comment puis-je y réfléchir pour décider de ce je peux faire ? Certes, je ne peux peut-être pas grand-chose et je ne suis pas forcément en situation de changer le monde, mais si je change ce que je peux changer à ma place, alors le monde changera. Veiller cela veut dire être attentifs aux appels qui nous atteignent et essayer d’y répondre avec générosité.

Frères et sœurs, en ce temps fort, l'Eglise nous demande de vivre encore plus intensément l'éveil chrétien en préparation de la célébration de la nativité de notre Seigneur. C'est en nous préparant de la sorte, concrètement, que nous serons prêts à la rencontre du Seigneur comme nous le dit le prophète Isaïe dans la première lecture. Dans la deuxième lecture, l'Apôtre Paul nous rassure que la grâce de Dieu nous accompagne. Car, nos efforts personnels ne seront jamais suffisants s'ils ne sont pas soutenus par la grâce divine. « C'est lui qui nous fera tenir solidement jusqu'au bout, et nous serons sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. » Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour Le Christ roi de l’univers (22 novembre 2020) par le père Léon

Chers frères et sœurs,

Nous fêtons aujourd’hui la fin de l’année liturgique et comme chaque année, il nous est demandé de contempler le Christ en Gloire, le Christ Roi de l’univers.

La fête du Christ-Roi, une fête instituée en 1925 par le pape Pie XI. Ça ne fait donc pas 100 ans, pour une fête liturgique, ça ne fait pas longtemps. Auparavant, l’Église dans sa liturgie considérait l’Ascension comme la fête du Règne du Christ. Au moment de quitter ses apôtres, Jésus leur avait dit : Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des disciples. La fête de l’Ascension rappelait au peuple chrétien que Jésus ressuscité a tout pouvoir, au ciel et sur la terre, et donc qu’il est le Christ, Roi de l’univers !

Pourquoi alors cette fête d’aujourd’hui ? Nous sommes rendus à la fin de l’année liturgique. Dimanche prochain, premier dimanche de l’Avent, nous fera nous engager dans une nouvelle année chrétienne, mais malheureusement, nous ne pouvons pas célébrer l’eucharistie cette année à cause de confinement, néanmoins cela en nous préparant à la fête de Noël, la naissance du Sauveur, la venue du Fils de Dieu dans notre monde. Cette fête du Christ, Roi de l’univers veut ainsi marquer la fin de cette magnifique histoire de la vie de Jésus que nous avons célébrée tout au long de cette année liturgique.

Il y a quelque chose de paradoxal, d’un peu étonnant, appeler Jésus, Christ et Seigneur, puis de le proclamer Roi. Il est sûrement le plus grand de tous les hommes ayant vécu sur cette terre et le premier à entrer dans la gloire de Dieu. Mais on sait qu’il n’a jamais voulu qu’on le fasse roi et quand cela commençait à se dire, il s’empressait de s’en aller ailleurs. Nous savons qu’avec beaucoup d’insistance, il s’est plutôt présenté comme un serviteur. Rappelons-nous le geste qu’il a fait lors de sa dernière rencontre avec un groupe de ses disciples, la veille de sa mort sur la croix, il leur a lavé les pieds ; seul un serviteur faisait cela.

Du coup, la royauté du Christ est différente de la théocratie absolue et autoritaire, elle est divine et ne se comprend car qu’à travers les images de la croix, du pasteur et du juge, tels que les textes d’aujourd’hui nous invite à le comprendre.

La royauté du Christ en Gloire ne se révèle, nous dit Paul dans la 1Co, qu’à travers le mystère de la croix et de la résurrection de Jésus Christ. Le roi est celui qui s’est fait le dernier et est venu partager la faiblesse de notre humanité, jusqu’à mourir, lui qui est immortel, et à mourir sur une croix. La royauté du Christ ne le sépare pas de son peuple, elle le rejoint dans le tréfonds de sa mort et de sa souffrance. Christ règne dans les cieux, dans la Gloire de la résurrection, et tout lui est soumis, parce qu’il est passé par la croix et la mort. A sa suite, tous ceux qui désirent participer à cette dignité de prêtre, de prophète et de roi doivent être eux aussi baptisés dans la mort et la résurrection du Christ. On veut bien souvent les honneurs, mais Jésus nous dit qu’il faut pour les recevoir prendre la tenue de serviteur, prendre sa croix et marcher à sa suite.

La royauté du Christ ne l’enferme pas dans une adoration autocentrée. Le Christ est roi de l’univers non pas pour être laissé sur un autel et adoré, mais bien pour gouverner et guider son peuple comme le bon berger en Ezékiel. Le Christ roi de l’univers ne ramène pas tout à lui, mais au contraire va à la recherche de la brebis perdue, de celle qui est blessée, de celle qui est faible. Ce n’est pas moi qui dois me rendre près de lui, c’est lui qui vient à moi et se penche sur moi pour me prendre sur ces épaules. La merveille de cette royauté c’est bien cette figure du berger, du pasteur, qui abandonne tout pour venir à moi.

L’évangile du jugement eschatologique en saint Matthieu, nous révèle une troisième image de la royauté du Christ : il prend la figure du juge, telle qu’elle est présente dans l’Ancien Testament. Ce jugement dérange car il n’est pas question de pardon ou de miséricorde, il dérange car il n’est pas question de prières dites, de culte rendu ou d’assistance à la messe. Le jugement est brutal et simple : qu’as-tu fait de ton frère ? Et, il nous renvoie à Gn 4 et Caïn et Abel. Le jugement passe par la charité et la responsabilité de chacun. Il n’y a pas d’option préférentielle pour le pauvre dans l’évangile, le service du pauvre est une obligation, pas une option. Ma prière est vaine si, à l’exemple du roi berger, je ne vais pas vers celui qui a besoin de moi et qui crie vers moi. Le salut ne vient pas de la pratique dominicale, mais bien de mon engagement dans l’amour au service de mes frères. Nous serons jugés sur cela et sur rien d’autres.

Faut-il alors cesser d’aller à la messe et de prier ? Ce serait faire fausse route : l’eucharistie est le sacrement de l’amour, c’est à la messe que je rencontre le Christ mort et ressuscité dans le pain et le vin du sacrifice. C’est à la messe que je viens communier et partager à l’amour du roi berger, que je peux porter mes faiblesses, mes blessures, mes maladies pour qu’il puisse les prendre sur lui. La prière et l’eucharistie sont le jugement en acte de la part du Christ roi, berger de l’univers, c’est là qu’il guérit, réconforte, relève, nourrit de son amour et de sa paix, pour qu’à notre tour nous soyons capable d’en être témoin et faire de même autour de nous. Le jugement ne doit pas faire peur, il doit réveiller notre conscience et notre foi, il doit nous faire entrer dans la vraie royauté du Christ, celle de l’amour qui donne sa vie pour ceux qu’il aime.

écrit par le père Léon

Homélie pour la Toussaint (2 novembre 2020) par le père Léon

Frères et sœurs, malgré la crise sanitaire et le reconfinement, nous sommes réunis pour célébrer la messe de Toussaint. Prions ensemble nos défunts de la famille et les victimes de l’attentats. Prions aussi, notre diocèse et notre pays.

Ce weekend, hors de l’église, les gens fêtent Halloween. Vous savez que Halloween est l’envers de la Toussaint. C’est sa caricature, c’est le culte de l’horreur et de la mort. Sans que cela soit dit, cette fête cherche à exorciser nos peurs, surtout celle de la mort. Mais le plus tragique, c’est que c’est une fête qui est sans espérance, qui célèbre le côté le plus sombre de l’existence humaine. Halloween c’est l’antithèse d’une fête chrétienne.

Nous, ce que nous célébrons aujourd’hui c’est la fête de la Toussaint, la fête des disciples du Christ qui nous précèdent au ciel, et qu’on appelle des saints et saintes. Ils sont pour nous des exemples parce qu’ils ont pris au sérieux l’évangile, ils se sont mis à la suite du Christ avec passion et radicalité, ils n’ont pas eu peur de compromettre leur sécurité, leur bien-être, et même leur vie au nom de l’évangile. À l’inverse de l’Halloween, la Toussaint est une fête lumineuse, pleine d’espérance, qui nous invite à nous réjouir et à contempler le magnifique album de famille des saints et des saintes.

Qu’ils sont beaux ces témoins de l’amour, ces témoins d’un Dieu qui ne cesse de nous aimer malgré nos fragilités. À travers tous ces visages bien-aimés de l’Église, connus ou inconnus, Dieu nous révèle combien Il a besoin de nous, Lui qui nous attend de toute éternité à ce rendez-vous de la patience, qui ne désespère jamais de nous.

Sa hâte à se faire connaître se lit dans cette gloire qui revêt le visage des saints et des saintes. Tout comme des miroirs lumineux, ils sont le reflet de l’amour infini de Dieu pour ses enfants. Et tant que nous sommes de ce temps, Dieu cherchera toujours, à travers les battements d’une vie humaine, à se faire proche de nous. Dieu veut avoir besoin de nous ! Et il n’a de cesse de nous chercher et de se dire tout particulièrement à travers la vie des saints, à travers chacune de nos vies.

Alors, cette fête nous pose cette simple question : « Tout ce que tu as fait, tout ce que tu fais, tu le fais dans quel but ? Qu'est-ce que tu recherches ? »

Malgré la nostalgie qui l'accompagne souvent, cette fête est très populaire, car elle nous renvoie à ceux qui nous ont précédés et que nous avons aimés. Ainsi cette fête vient raviver nos racines, car nous sommes enracinés dans la vie, dans l'amour et le labeur de tous ceux qui nous ont précédés. Ce recueillement, ce retour à nos racines nous oblige immanquablement à nous poser la question du sens de notre vie, vers où, vers quoi, vers qui nous allons.

La Parole de Dieu de ce jour ne parle jamais de mort ; à aucun moment elle ne mentionne les défunts. Elle nous parle au contraire de vie, de joie, de bonheur. Elle veut nous aider à répondre aux questions que nous nous posons avec ce retour sur notre passé. Elle veut nous indiquer à quel avenir nous sommes invités et quels chemins nous font parvenir au bonheur.

Notre vie présente est confrontée aux divisions, à la haine, aux oppositions et à la violence. Ce qui nous est proposé pour notre avenir, c'est de ne former qu'un seul peuple, le peuple de ceux qui espèrent en Dieu, qui ont confiance à son amour miséricordieux.

En ce sens aujourd'hui, c'est la fête du Peuple de Dieu, la fête de tous ceux qui essayent de voir plus loin que le moment présent. Car la première lecture du livre de l'Apocalypse nous a proposé une vision d'anticipation : « Voilà, nous dit St Jean, quel sera l'aboutissement de notre cheminement ! » Car Dieu s'est engagé à ce qu'un jour nous soyons tous rassemblés, venant de tous les peuples, nations et générations : tous unis dans un même amour, un même bonheur, en présence de Dieu.

Malgré les soubresauts de l'histoire, les drames et les haines pas encore surmontés, nous savons que nous marchons vers l'unité. Ce sera l'aboutissement de cette longue histoire commencée au matin de Pentecôte lorsque, à Jérusalem, des hommes et des femmes venus de divers pays bordant la Méditerranée, s'écoutaient, se comprenaient et s'émerveillaient ensemble.

Le BONHEUR : thème central et unique de l'Evangile de cette fête. Le bonheur, tout le monde le recherche, le désire. Le Seigneur Jésus nous l'a promis, mais il ne triche pas avec nos sentiments, avec notre désir de bonheur : ce n'est pas un démagogue qui promet la facilité.

Dans cette page Jésus nous en donne le code. Par dix fois il déclare « heureux » ceux qui font ceci ou cela. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce qu'il promet est exigeant. Car le bonheur, heureusement d'ailleurs, ne s'achète pas : c'est à nous de le faire avec la grâce de Dieu

Malheureusement, à force de matraquage publicitaire, on finit par confondre : donner du bonheur, parvenir au bonheur et se faire plaisir. Le plaisir, c'est bon, à condition de ne pas le confondre avec le bonheur et de ne pas le garder pour soi, sinon il devient vite décevant.

Le Seigneur nous fait confiance et nous sait capables de comprendre où est le vrai bonheur et de travailler pour y parvenir. Vivre simplement, humblement, sans prétention, mettre de la douceur où il y a de la violence, être scandalisé et même parfois révolté devant les injustices, savoir pardonner, être artisan de paix, résister à la médisance et à la violence... voilà de quoi faire de notre terre une anticipation du Royaume des cieux.

Frères et sœurs, en ce moment, les temps sont difficiles pour nous. L’épidémie nous attaque. Nous ne savons pas quand est-ce que nous pouvons retrouver nos habitudes. Le terrorisme nous menace. Malgré tout, les malheurs de l’humanité ne seront pas seulement sources de désespoir et de révolte. Ils deviendront des occasions de manifester la puissance de l’amour dans les épreuves subies par les hommes et ils manifesteront les authentiques « ouvres de Dieu ». Chrétiens, nous ne rêvons pas que ce monde change comme magiquement, qu’il soit débarrassé de la mort, de la maladie, de la souffrance. Nous acceptons que l’amour nous travaille au coeur, que l’amour nous transforme, qu’il fasse de nous des outres neuves. Lorsque nous sommes frappés par des épreuves, puissions-nous aimer toujours ! Lorsque nos frères et nos sœurs sont frappés par l’épreuve et voient leur vie détruite, puissions-nous leur témoigner un amour qui n’est pas que de nous mais de Dieu ! Osons être les témoins que Dieu ne veut pas le malheur mais la vie de l’homme, et que vivre, c’est aimer davantage.

Que notre foi en Christ Sauveur soit la source de notre confiance, de notre espérance et de notre charité.

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ».

écrit par le père Léon

Homélie pour 30ème dimanche du temps ordinaire (25 octobre 2020) par le père Léon

Pour comprendre les textes bibliques de ce dimanche, il faut dépasser la leçon de morale. Le Seigneur a un message important à nous transmettre. Ce qui est premier, c’est l’alliance entre Dieu et les hommes. Il vient nous libérer de toutes les aliénations qui nous enferment dans l’esclavage. Il continue à nous rejoindre dans nos préoccupations d’aujourd’hui. Il insiste en particulier sur l’accueil de l’étranger. En Dieu tout homme devient un frère à aimer. Dieu nous donne sa loi pour que nous vivions. C’est un cadeau qu’il nous fait pour nous indiquer un chemin d’humanisation et de divinisation. Notre modèle c’est lui. C’est avec lui que chacun peut choisir la vie.

Dieu Notre Père, le Roi du Royaume d’amour, a un grand projet d’amour pour l’humanité. Mais au début, au commencement, au commencement avant le commencement, il n’y a pas d’humanité. Il n’y a que Dieu, rien d’autre que Lui, Lui Amour et Lumière incréés crée tous les univers par l’expansion de son amour. Mais que serait un amour qui n’aurait pas un autre amour qui lui réponde ? Dieu qui est hors du temps se soumet au temps dans le rythme d’évolution de sa création. Il dit et il fait. Il dit et c’est fait. Il prépare la terre comme un grand jardin d’harmonie et de paix pour une maison commune. Une maison commune pour qui ? Le Livre des origines, les deux grands poèmes de la Genèse nous donnent la réponse : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme... et vit que cela était très bon » (Gn 1,27).

Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Nous les humains, les hommes et les femmes, nous sommes interdépendants les uns des autres. Dans le Bien comme dans le Mal. Aujourd’hui, il nous est facile de comprendre qu’un acte posé en 2020 aura des conséquences dramatiques en 2050 et bien après... surtout s’il s’agit de décisions qui concernent la vie elle-même, la transmission de la vie et l’avenir de la planète. Ainsi en est-il du péché des origines et de ses conséquences. Avec Adam et Ève, avec les premiers hommes et les premières femmes et jusqu’à nous... la conscience de l’humanité s’est déchirée. Elle est blessée. Nous pourrions la croire cassée mais nous portons en nous la nostalgie d’un paradis perdu. L’aspiration au bonheur est là.

Alors, est-ce que Dieu n’est plus Dieu ? Est-ce qu’Il a fait fausse route dans son grand projet d’amour pour l’humanité ? Non. C’est nous qui nous nous détournons du chemin qui peut nous reconduire nous-mêmes à nous-mêmes, à Dieu Lui-même, à nos frères et à nos sœurs de la grande famille humaine si riche de nos multiples diversités.

Sans cesse, Dieu intervient dans l’Histoire de l’humanité par des alliances successives, afin de relancer encore, et encore, et toujours, son grand projet d’amour, pour un royaume d’amour, pour le royaume des cieux. Souvenez-vous, souvenons-nous : Abraham, Moïse, les prophètes... et Jésus.

Jésus, qui est-il ? Jésus aime jusqu’au bout de l’amour, jusqu’au bout de la croix, jusqu’à la gloire rayonnante de la résurrection. Et Jésus a voulu se donner à nous en nourriture avec le fruit de la terre et du travail des hommes. « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. »

Dieu fait corps avec l’humanité qui est appelée à s’intégrer à son Royaume. Et nous, chrétiens, par Jésus, avec Lui et en Lui, nous sommes invités à relire les événements et à agir en conséquence pour donner sens à notre vie.

Donner sens à notre vie personnelle, familiale, collective, culturelle, économique, politique. Pensons par exemple à ce que nous dit le pape François dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti, « Tous frères », au sujet de la pandémie Covid-19 : « Nous nous sommes rappelés que personne ne se sauve tout seul, qu’il n’est possible de se sauver qu’ensemble". C’est pourquoi j’ai affirmé que « la tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités (...) A la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos ego toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste encore une fois cette heureuse appartenance commune à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères » (§ 32).

« Le fait d’être frères » dans une société donnée, c’est, nous dit le pape François, « Faire partie d’un peuple, c’est faire partie d’une identité commune faite de liens sociaux et culturels ». Et cela n’est pas quelque chose d’automatique, tout au contraire : c’est un processus lent, difficile... vers un projet commun (§ 132). Notre Pape nous invite aussi à réfléchir à la politique : « En politique, il est aussi possible d’aimer avec tendresse. Qu’est-ce que la tendresse ? C’est l’amour qui se fait proche et se concrétise. C’est un mouvement qui part du cœur et arrive aux yeux, aux oreilles, aux mains. La tendresse est le chemin à suivre par les femmes et les hommes les plus forts et les plus courageux. Dans l’activité politique, les plus petits, les plus faibles, les plus pauvres doivent susciter notre tendresse. Ils ont le droit de prendre possession de notre âme, de notre cœur. Oui, ils sont nos frères et nous devons les traiter comme tels » (§ 192).

Le pape François nous invite à concevoir et à réaliser une « bonne politique ». Il nous dit : « La bonne politique unit l’amour, l’espérance, la confiance dans les réserves de bien qui se trouvent dans le cœur du peuple en dépit de tout. C’est pourquoi la vie politique authentique qui se fonde sur le droit et sur un dialogue loyal entre les personnes se renouvelle avec la conviction que chaque femme, chaque homme et chaque génération portent en eux une promesse qui peut libérer de nouvelles énergies relationnelles, intellectuelles et spirituelles » (§ 196).

Et le pape François nous a dit précédemment « J’invite à l’Espérance qui nous parle d’une réalité au plus profond de l’être humain, indépendamment des circonstances concrètes et des conditionnements historiques dans lesquels il vit. L’Espérance nous parle d’une soif, d’une aspiration, d’un désir de plénitude, de vie réussie, d’une volonté de toucher ce qui est grand, ce qui remplit le cœur et élève l’esprit vers les grandes choses, comme la vérité, la bonté et la beauté, la justice et l’amour. L’Espérance est audace, elle sait regarder au-delà du confort personnel, des petites sécurités et des compensations qui rétrécissent l’horizon, pour s’ouvrir à de grands idéaux qui rendent la vie plus belle et plus digne (...) » (§ 55).

Frères et sœurs, Dieu nous donne la joie de l’Évangile. Qu’avec l’aide de Dieu, disparaissent les larmes de tous les visages pour que le désespoir cède la place à l’espérance, que l’enfermement cède la place à l’ouverture aux autres, que nos égoïsmes cèdent la place à la générosité et à la solidarité.

Arrêtons-nous, sur la méditation de la parabole du Bon Samaritain où nous reprenons conscience que chacun peut donner du temps, son temps, pour devenir proche de celui qui souffre. Ce don de soi est largement développé dans le chapitre trois par une réflexion sur l’amour qui nous invite à cultiver notre relation aux autres en dehors de notre groupe d’appartenance. C’est ainsi que l’amour devient universel. Il est également intéressant de lire les lignes consacrées à la solidarité, ce mot que nous employons tant et qui est ici présenté « comme vertu morale et attitude sociale, fruit de la conversion personnelle… » (§ 114). La solidarité pourra se déployer dans l’accueil, la protection, la promotion et l’intégration des personnes migrantes (chapitre 4).

Ainsi se réalisera pour nous ce que nous chantons avec le psaume 84 : « Amour et vérité se rencontrent. Justice et paix s’embrassent » tous les jours de notre vie, pour la durée de nos jours, pour les siècles des siècles. Amen.

écrit par le père Léon

Pour lire L’encyclique « Fratelli Tutti »

Homélie pour 29ème dimanche du temps ordinaire (18 octobre 2020) par le père Léon



Bienvenu à tous, ce premier jour de la semaine de la mission universelle nous rappelle, s’il en est besoin, notre tâche : annoncer l’EVANGILE. Quittons nos craintes, faisons-lui confiance et reconnaissons notre besoin de lui. Tournons nos cœurs vers le Seigneur.

À l’occasion de cette journée missionnaire, nous entendons des textes bibliques qui nous recommandent de recentrer notre vie sur Dieu. C’est le message que nous lisons dans la première lecture : « Je suis le Seigneur ton Dieu, il n’en est pas d’autre ; hors moi, pas de Dieu. » Ce Dieu qui se révèle est un Dieu libérateur et sauveur. Son message est adressé à un peuple qui vient de vivre une longue période d’exil. Il a été anéanti et humilié. Mais le prophète lui annonce de la part de Dieu qu’il va pouvoir retrouver sa dignité et sa fierté.

Ils sont nombreux aujourd’hui ceux et celles qui ont tout perdu. Mais cette journée missionnaire nous rappelle que pour le Seigneur, la priorité c’est le petit, le pauvre, celui qui a perdu ou oublié sa dignité. Les uns et les autres restent son bien le plus précieux. À travers eux, c’est lui que nous accueillons ou que nous rejetons. Nous avons sans cesse à nous ajuster au regard et à l’amour de Dieu qui veut absolument que tous les hommes soient sauvés.

Nous sommes tous appelés et envoyés pour annoncer « la joie de l’Évangile ». C’est l’appel que nous adresse le pape François. Cette joie, nous avons à la rayonner et à la communiquer à notre monde qui en a bien besoin. Nous risquons de penser que c’est mission impossible. C’est vrai humainement, mais avec Dieu, tout est possible. Il se sert des petits et des humbles pour faire de grandes choses.

Il veut associer tous les hommes à sa victoire sur la mort et sur le péché.

L’apôtre Paul a été appelé puis envoyé pour annoncer le Bonne Nouvelle de l’Évangile au monde païen. Cette annonce n’a pas été vaine. Chez les Thessaloniciens, elle a porté du fruit : « Nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon… » Paul découvre avec émerveillement que le principal travail c’est Dieu qui le fait dans le cœur des hommes. Et il rend grâce à Dieu.

Cette lettre de Paul nous rejoint à l’occasion de la journée mondiale missionnaire. Lui-même a été un passionné de l’annonce de l’Évangile au monde païen. Par la suite, des hommes et des femmes ont quitté leur famille et leur pays pour parti comme missionnaires ; autrefois, les missionnaires français sont allés au bout du monde : en Afrique, en Amérique et en Asie, la Corée aussi. Grâce à eux, nous avons reçu la bonne nouvelle. Malgré la persécution, les martyrs ont sacrifié leur vie pour la foi pour le Seigneur. Ils n’ont jamais perdu l’espérance dans laquelle le Seigneur les gardera et les ressuscitera.

En fait, cette annonce de la bonne nouvelle a toujours rencontré des oppositions. L’Évangile nous montre des gens absolument opposés entre eux qui se mettent d’accord pour tendre un piège à Jésus ; c’est ce qui se passe aujourd’hui. La tentation est grande de mettre hors circuit ceux qui nous remettent en question et nous poussent à changer. Leur Parole nous gêne. Alors, on fait tout pour les compromettre. On va même les accuser injustement d’actes qu’ils n’ont pas commis. Ainsi leur parole ne sera plus crédible.

Mais Jésus ne se laisse pas piéger. Sa réponse est sans appel ; tout d’abord, il dénonce leur hypocrisie. En utilisant la monnaie de l’empereur, il y a longtemps qu’ils ont répondu à leur question. Mais surtout, il ramène les choses à leur juste niveau. La pièce de monnaie que ses adversaires lui ont présentée portait la marque de César. Il est donc normal qu’ils lui rendent ce qui lui est dû. Mais la marque que nous portons est d’un tout autre ordre : c’est celle de Dieu. Au jour de notre baptême, nous avons été marqués de la croix du Christ. C’est une marque indélébile qui oriente toute notre vie.

Frères et sœurs, Dieu appelle tous ses enfants qui forment un monde nouveau à la liberté et à la vraie vie. Le Christ a placé son Église non pas au-dessus mais au milieu des Nations. Il est la lumière des Nations reflétée par l’Église jusqu’aux limites du monde pour proposer la révolution de l’amour et, par le cœur, la libération de tous les césars du monde.

Dès lors en Église nous sommes les mains de Dieu pour pétrir le monde avec le ferment de l’Évangile, nous sommes la bouche de Dieu pour proclamer la Vérité qui libère face à tous les tyrans et toutes les idoles. Nous sommes le cœur de Dieu rayonnant la charité auprès des petits sans aide.

Prendre à Dieu ce qui lui est dû, c’est d’abord s’imprégner de son amour, c’est l’accueillir dans notre vie. Cette espérance qu’il met en nous, c’est comme une lumière qu’il faut communiquer au monde entier. Nous ne devons pas être de simples consommateurs de la foi. Nous sommes tous appelés à être des acteurs et des constructeurs de la communauté chrétienne ; c’est dans ce monde tel qu’il est que nous avons à témoigner de la bonne nouvelle de l’Évangile. Beaucoup le font au péril de leur vie.

Mais rien ne peut empêcher la Parole de Dieu de produire du fruit de l’espérance.

En célébrant cette Eucharistie, nous voulons, Seigneur, te rendre ce qui te revient. Nous t’offrons tous les actes de foi, d’espérance et de charité qui émaillent de nos vies et de celles de tous nos frères. Avec toi nous nous engageons à tout faire pour que l’amour l’emporte sur la haine et la violence. Sois avec nous pour que l’Évangile soit annoncé dans le monde entier. Amen

écrit par le père Léon

Homélie pour 28ème dimanche du temps ordinaire (11 octobre 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,
Aujourd'hui, Dieu nous invite à sa table. Dieu nous annonce le festin qu'il offrira à tous ses enfants, à la fin des temps. Jésus nous donne déjà les avant-goût de ce festin en nous partageant sa parole et son pain. Mais, pour entrer dans la salle du festin, il faut nous revêtir de justice. Supplions le Seigneur de nous libérer du mal et du péché qui nous collent à la peau.

Le Christ, par sa résurrection, a jeté les fondements de ce passage qui nous attend tous et toutes, et les textes de la Parole de Dieu de ce dimanche nous convoquent comme par anticipation à contempler cette réalité future qui nous est promise. C’est pourquoi depuis l’avènement de Jésus Christ, nous ne pouvons plus lire l’Ancien Testament de la même manière, car nous le lisons désormais à la lumière de sa résurrection et de la promesse qu’il nous fait de nous entraîner à sa suite.

C’est ainsi que notre première lecture au livre d’Isaïe, un texte fréquemment entendu lors des funérailles chrétiennes, est porteur pour nous d’une espérance inouïe alors qu’il affirme que le Seigneur « fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Qu’il fera disparaître la mort pour toujours. » À travers ces paroles d’Isaïe comment ne pas entendre la voix de Jésus nous redire que nous sommes faits pour la vie éternelle, que ceux et celles que nous avons aimés et perdus, nous les reverront un jour, et que nous serons rendus à ceux et celles que nous avons aimés. Et c’est avec un cœur plein d’espérance que nous entendons, comme en écho à Isaïe, le psalmiste chanter :

Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.

Ces textes que nous avons proclamés nous préparent à l’écoute de l’évangile où Jésus compare le Royaume des cieux, non seulement en évoquant un festin comme le fait Isaïe, mais où ce festin est donné à l’occasion des noces du fils d’un roi. Bien sûr, l’évocation est claire pour nous. Ce roi c’est Dieu le Père et, le fils, c’est Jésus Christ. Ces noces ce sont les épousailles de Dieu avec l’humanité, et c’est pourquoi l’Église est présentée dans le Nouveau Testament comme l’épouse, alors qu’elle a pour mission de rassembler tous les enfants de Dieu.

Mais l’évangile d’aujourd’hui s’avère particulièrement difficile à cause de la finale de cette parabole qui se termine par cette sentence sévère à l’endroit de l’un des invités qui ne porte pas le vêtement de noce : « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Paroles terribles qui semblent contredire l’incroyable miséricorde qui se déploie dans les enseignements et les actions de Jésus. Comment concilier cela ?

Il faut tout d’abord se rappeler que les passages les plus difficiles de l’évangile ne sont jamais une condamnation des personnes ni un jugement irrévocable. Il s’agit avant tout d’un appel à la conversion, et si Jésus nous parle parfois avec des images fortes et provocantes, c’est que son propos se veut avant tout pédagogique, et n’est jamais dépourvu d’amour pour nous. Une parabole ne peut tout dire, mais ce qu’il nous faut surtout retenir aujourd’hui, c’est que l’invitation du roi est pour tous. Ce n’est pas une fête pour quelques initiés, mais une fête où les bons et les méchants ont tous une place de choix, et où la seule exigence est de revêtir l’habit de noce.

De quoi s’agit-il au juste ? L’exemple le plus touchant dans la Bible est sans doute la parabole de l’enfant prodigue où le Père revêt son fils repenti du vêtement de fête, cette tunique signifiant que le fils est à nouveau choisi par son père. Il retrouve sa dignité de fils et il est admis à la salle du festin. L’Apôtre Paul va utiliser le symbole du vêtement lorsqu’il dira aux Galates : « Vous avez revêtu le Christ ». Ce sont ces mêmes paroles qui sont dites lors d’un baptême, alors que le nouveau baptisé est revêtu d’un vêtement blanc, et que le prêtre lui déclare : « Tu as maintenant revêtu le Christ. »

La parabole aujourd’hui évoque cette réalité. Revêtir le Christ, c’est se laisser habiter par sa puissance de résurrection, par l’amour et la miséricorde dont il a toujours témoigné. C’est vivre de son Esprit. C’est ce vêtement qu’il faut porter quand on entre dans la salle du banquet. Car comment participer à cette fête de l’amour si nous refusons d’en vivre ; si nous méprisons ceux et celles que Dieu nous donne comme frères et sœurs.

Tout en nous dévoilant la grande libéralité de l’amour de Dieu à notre endroit, cette parabole de Jésus nous met en garde contre le danger toujours réel de nous exclure nous-mêmes de la fête en refusant de prendre sur nous le sérieux de l’évangile. Car la fête est déjà commencée et une seule condition est exigée pour y prendre part : se revêtir le cœur d’amour, et ne compter que sur Dieu et sa miséricorde pour y parvenir.

Frères et sœurs, aujourd’hui encore, le Seigneur dresse la table du festin pour nous et nous invite dans les verts pâturages de son eucharistie, afin que grâce et bonheur nous accompagnent tous les jours de notre vie. Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour 26ème dimanche du temps ordinaire (27 septembre 2020) par le père Léon

Chers frères et sœurs,
Nous avons répondu oui à l’appel du Seigneur et nous sommes rassemblés aujourd’hui pour prier et pour proclamer notre foi. Mais c’est chaque jour que le Christ nous invite à vivre la foi que nous proclamons. Que l’eucharistie que nous allons célébrer soit pour nous la force qui nous permette d’accomplir la volonté du Seigneur.

Trop facile la question de Jésus : Lequel des deux fils a fait la volonté du père ? (Mt 21, 31). Est-ce celui qui a commencé par dire non et ensuite a fait, ou est-ce celui qui a dit oui puis n’a pas fait ? – Le premier, bien sûr !

Alors pourquoi Jésus nous pose-t-il cette question, lui qui ne parle jamais pour ne rien dire ? L’intérêt de sa question n’est pas dans la réponse, trop facile, mais dans le comment et le pourquoi de cette question, plus mystérieux.

Regardons d’abord le comment. De prime abord, on pourrait croire qu’il y a un parallélisme strictement inversé dans l’attitude de chacun des deux fils l’un dit non puis agit, l’autre dit oui puis n’agit pas. On réduit alors l’enseignement de Jésus a une gentille mais banale leçon de morale « l’important n’est pas de dire mais de faire. » Or ce parallélisme est trompeur, car en fait il y a dissymétrie entre les deux attitudes. Examinons soigneusement le texte de saint Matthieu.

Dans le cas du premier fils, entre un refus initial désinvolte, presque grossier Je ne veux pas, et l’obéissance qui vient ensuite : il y alla, Jésus intercale le verbe décisif : s’étant repenti (v. 29).

Le fils d’abord récalcitrant a donc changé d’avis il a pris conscience de sa faute et s’est ressaisi. Rien de tel pour le second. Entre son Oui Seigneur initial et le fait qu’il n’y alla pas, Jésus ne relève aucun changement intérieur, comme si ses dispositions intérieures n’avaient pas changé, comme si rien ne s’était passé en lui. Comme si son oui initial était déjà lié négativement à sa désobéissance durable.

Mais, qu’est-ce qui nous permet d’interpréter ainsi l’attitude du second fils ? Il pourrait ne s’agir que d’une variation d’humeur comme nous en connaissons tous, sans gravité ni conséquence sérieuse ? Mais Jésus lui-même nous met sur la piste : Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu (v. 31). Publicains et prostituées sont des personnes dont l’état de vie prouve qu’ils ont commencé par dire non à Dieu, par désobéir à sa Loi. Mais lorsque survint Jean-Baptiste qui prêchait la justice de Dieu avec force et ferveur, ils se sont repentis, ils ont su accueillir le Royaume de Dieu et aller travailler à la vigne du Seigneur. Les grands prêtres et les anciens de Jérusalem, au contraire, sont des personnes qui s’enorgueillissent d’avoir toujours dit oui à Dieu ; ils proclament hautement leur attachement zélé à la volonté de Dieu ; ils sont fiers d’en respecter jalousement tous les commandements. Mais quand survient Jean-Baptiste, ils ne le croient pas, ils ne se convertissent pas. Même en voyant les publicains et les prostitués se convertir sous leurs yeux à l’appel du Baptiste, ils ne se repentent pas. Voilà bien le maître-mot, que Jésus leur lance à la figure : Vous ne vous êtes pas davantage repentis (v. 32). Vous n’avez pas changé. Vous êtes restés les mêmes.

On comprend mieux la situation le problème du fils qui commence par dire oui ne survient pas en cours de route.

Quel est son problème ? C’est qu’il se croit capable d’accomplir la volonté de Dieu sans comprendre qu’il doit d’abord et sans cesse se repentir, c’est à dire se reconnaître pêcheur et confesser le péché qui le tient prisonnier et l’empêche d’avancer. Il se dispense a priori de reconnaître sa misère intérieure et d’en souffrir. Il se vante au contraire de sa religiosité sans défaut. Il se croit capable de travailler à la vigne du Seigneur, au lieu de commencer, et recommencer chaque jour, à se repentir et à demander pardon. C’est parce qu’il s’enferme a priori dans un oui orgueilleux, qu’il devient incapable de se repentir, et donc incapable d’accomplir en vérité et en profondeur la volonté de Dieu. Il proclame un oui retentissant pour l’accomplissement extérieur d’un certain nombre de rites, de pratiques et de règles, alors qu’il devrait d’abord se laisser guérir par le Seigneur. C’est pourquoi, faute d’accueillir d’abord la miséricorde de Dieu, il ne peut ensuite que désobéir à la loi véritable, au commandement de l’amour, car son cœur ne s’est pas laissé guérir.

Nous en arrivons ainsi au pourquoi de la question de Jésus : Lequel des deux fils a fait la volonté du père ? En nous posant cette question, Jésus veut nous faire découvrir cette loi fondamentale de la vie chrétienne, cette loi qui est l’une des plus spécifiques de l’agir chrétien la capacité à travailler en vérité à la vigne du Seigneur, c’est-à-dire à accomplir la volonté du Père, à agir selon le bien, est rigoureusement proportionnée à la reconnaissance préalable de notre misère, de notre péché, de notre incapacité à vraiment faire le bien par nous-mêmes. Certes, il ne s’agit pas de dire que plus on pêche, plus on pourra faire le bien, ce qui serait insensé. Il s’agit de reconnaître que plus nous apprenons à nous repentir, plus nous apprenons à entendre la miséricorde de Dieu frapper à notre cœur, plus alors nous devenons effectivement capables d’aimer comme Dieu aime et comme il veut que nous aimions. Alors que celui qui s’enferme d’emblée dans son autosuffisance, dans sa conviction d’être déjà dans le vrai et le bien, sans besoin de se repentir, celui-là se condamne à tomber dans la spirale du mal et à s’y enfermer.

Le défi est de taille pour nous. Et c’est ce choix que Jésus nous invite à faire ou refaire aujourd’hui. Une posture spirituelle est devant nous, et c’est à nous de choisir.

Cette posture spirituelle dynamique, qui commence toujours par la souffrance intérieure causée par notre péché et qui, par le repentir, s’ouvre sans cesse davantage à la miséricorde de Dieu. C’est de cette humilité fondamentale, de ce réalisme lucide sur notre misère que naît le repentir, l’ouverture au pardon de Dieu, et que de là peut grandir la capacité à faire effectivement et vraiment le bien, tel que l’Évangile nous le commande.

Alors, frères et sœurs, gardons-nous de toute assurance présomptueuse et fanfaronne dans la manière dont nous vivons l’Évangile. Cette assurance deviendra rapidement stérile si elle se coupe du repentir et de la source vive du pardon qui en découle. Par contre, cultivons cette assurance humble, celle qui s’appuie sur la miséricorde infinie du Seigneur, cette assurance qui seule peut nous rendre vraiment forts dans la confession et la pratique du bien, celle qui fait de nous des ouvriers authentiques et fidèles de la vigne du Seigneur, celle qui passe inlassablement notre misère au creuset de la miséricorde de Dieu, pour en faire jaillir la grâce des enfants de Dieu

écrit par le père Léon

Homélie pour 25ème dimanche du temps ordinaire avec les professions de foi (20 septembre 2020) par le père Léon

Chers jeunes,
Tout à l’heure, vous allez faire votre profession de foi. Qu’est-ce que ça veut dire la profession de foi ? ça veut dire que vous allez dire « oui » à votre baptême, au baptême que vos parents ont demandé pour vous. Vous allez dire, en faisant votre profession de foi, que vous souhaitez devenir chrétiens et vivre votre foi.

C’est cela la profession de foi. Cela n’est pas le ticket de sortie du catéchisme ; c’est au contraire le « oui » que vous venez dire à Dieu. Trop souvent malheureusement, la profession de foi est vue par les parents, par les familles, comme la fin de l’initiation chrétienne. Alors que si l’on réfléchit, c’est tout l’inverse. Vous venez dire oui à votre baptême. Et, quand on dit « oui » à Dieu, « oui » à son baptême, la logique c’est de continuer à pratiquer.

La profession de foi est aussi une affirmation publique de la foi. On professe la foi, c’est à dire on l’annonce, on l’a proclame, on l’a déclaré, et faisant cela, on déclare qu’on est membre de l'Église de Jésus Christ. On n’a pas honte de faire partie des amis de Jésus, On n’a pas honte de porter son nom en portant le nom de chrétien ; Au contraire, professer publiquement la foi, c’est aussi la proposer.

Pour ces jeunes, la profession de foi est enfin un renouvellement de la foi du baptême à un âge où ils peuvent avoir une adhésion personnelle.

Dans un monde moderne plein de contradictions et d’incertitudes, il est bon que les jeunes puissent célébrer par une fête les étapes de leur vie et spécialement de leur vie de foi. Il vous est donné aujourd’hui de renouveler publiquement les engagements de votre baptême dans des conditions de réelle liberté.

C’est parce que vous le voulez que vous êtes là. Et c’est parce que vous faite déjà partie de l'Église que vous êtes là. Pour célébrer aujourd’hui cette étape de votre foi.

Enfin, cette étape sera suivie d’autres étape, elle est un moment sur votre chemin personnel de découverte de Dieu et d’expérience de disciple du Christ. Votre chemin se poursuit, au rythme de votre âge et de vos découvertes. Âgés de quelques années de plus, vous serez appelés à l’avenir à recevoir des mains de votre évêque le sacrement de Confirmation. Et, adultes dans la foi, comme chacun de vous, vous serez appelés à découvrir comment vivre de l’Amour de Dieu, appelés à découvrir ce que la foi en Jésus vivant porte comme grandeur et paix.

Maintenant, je parle de la parabole de l’évangile que nous venons d’entendre, des ouvriers envoyés travailler à la vigne à des heures différentes du jour. Aux premiers, il fixe un salaire. Aux suivants, il leur promet ce qui est juste, sans plus de précision. Il s’avère que ce qui est juste aux yeux de Dieu, c’est que tous aient droit à une rétribution, à la même rétribution. Celle-ci ne dépend pas uniquement du travail fourni. Elle tient compte de ce que sont les uns et les autres, de c’est qu’est chacun. Certains ont pu être embauchés rapidement, dès le début. D’autres ont dû attendre et n’ont été appelés que plus tard, sans qu’on comprenne bien ce qui a pu se passer entre temps. Cette rétribution va bien au-delà de ce qui pourrait être humainement évalué. Qu’est-ce que Dieu pourrait nous donner en échange de tous nos efforts de conversion ? Dieu n’a qu’une seule chose à donner : son amour inconditionnel. L’amour qu’il offre en s’offrant lui-même.

C’est bien ce qui devrait se passer lorsque nous regardons notre Église, notre communauté humaine rassemblée par le Christ. Beaucoup d’entre nous sont des ouvriers de la première heure. Combien sont arrivés ensuite ? Ainsi nos frères et sœurs récemment baptisés sont arrivés plus tard. D’autres se présenteront après eux. Mais il y a aussi ceux qui n’ont pas été appelés ou qui n’a pas encore pu trouver leur place. Ceux qu’on a oublié, qui se sont éloignés pour de multiples raisons. Et pourtant tous méritent la même attention, la même considération, le même amour.

De cet enseignement nous pouvons tirer plusieurs conséquences. La plus importante, peut-être, est de nous convaincre que la miséricorde de Dieu est plus grande que l’idée que nous nous en faisons. Selon la miséricorde de Dieu, il n’est jamais trop tard. Il n’y a pas un moment de la vie où nous pourrions nous dire : maintenant c’est trop tard, les dés sont jetés, tout est fini… Nous avons tous présent à la mémoire le dialogue entre Jésus et le Bon Larron sur la croix, qui exprime d’une façon tellement aigüe cet instant de conversion ultime. Ce que nous dit cette parabole, c’est que jusqu’à la dernière heure de nos journées, jusqu’à la dernière heure de notre vie, jusqu’à l’ultime moment de notre existence, nous pouvons encore travailler à la vigne du Seigneur, nous pouvons encore répondre à son appel. Il n’y a pas un moment où nous pourrions dire : cela n’est plus pour moi, soit parce que ma vie a été tellement mauvaise que jamais elle ne pourra être pardonnée, soit parce que j’ai été si longtemps dans l’absence par rapport à Dieu qu’il n’est plus possible de renouer avec lui. Jusqu’à la dernière heure de notre vie, nous avons encore à répondre à l’appel du Seigneur : « pourquoi es-tu resté sans rien faire toute la journée ?

Parce que personne ne m’a embauché, eh bien moi, je t’embauche »
. Et voilà que maintenant, dans l’ultime temps, chacune et chacun est appelé à entrer dans le travail de la vigne et à recevoir la plénitude de la miséricorde. Cette conviction qu’il n’y a jamais de seuil irrémédiable, qu’il n’y a jamais d’étapes définitives qui ne puissent être transformées par un appel de Dieu et par la réponse de notre cœur, cette conviction, c’est l’espérance de notre vie. Cela veut dire que la vie humaine n’est pas enfermée dans une fatalité qui nous condamnerait au nom de ce que nous avons fait ou de ce que nous n’avons pas fait, mais qu’au contraire, à tout moment, Dieu peut venir toucher notre cœur et nous mettre debout.

Cette conviction qui éclaire la durée de notre vie dans l’espérance est en même temps une mission, car si vraiment Dieu peut appeler chaque homme et chaque femme jusqu’au dernier moment de sa vie, cela veut dire que son Église, et nous qui sommes les membres de cette Église, nous ne pouvons jamais porter un regard désespéré sur nos frères, nous ne pouvons jamais estimer qu’à partir de maintenant pour eux il n’y a plus rien à faire, il n’est plus temps de les embaucher. Si nous sommes vraiment disciples du Christ nous devons être témoins de cette permanence de l’appel de Dieu en direction de tous les hommes et brûler du désir de rejoindre tous ceux qui n’ont pas encore été appelés ou qui n’ont pas encore répondu, ou qui n’ont pas encore connu le chemin dans lequel Dieu les invite à suivre le Christ.

Que cette certitude éclaire pour nous le chemin qui nous reste à parcourir, qu’elle nous motive pour aller au-devant de nos frères. Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour 24ème dimanche du temps ordinaire (13 septembre 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,
L’évangile de ce jour, nous appelle non seulement à aimer, mais aussi à pardonner inlassablement. C'est peut-être ce que nous avons à vivre de plus difficile dans notre vie chrétienne. Nous ne pourrons y parvenir qu'en portant notre regard vers le Dieu de miséricorde qui nous rassemble. Commençons par reconnaître les pardons que nous n'avons pas voulu donner et aussi les pardons que nous n'avons pas voulu demander...

Les lectures bibliques de ce dimanche nous parlent du pardon. L’apôtre Pierre pensait être très généreux en pardonnant jusqu’à sept fois. Mais Jésus va bien plus loin : il nous dit qu’il faut pardonner jusqu’à 70 fois 7 fois. La mesure du pardon c’est d’être sans mesure. Le vrai pardon ne compte pas.

Pour nous aider à mieux comprendre cet appel, Jésus nous raconte une parabole. Il compare Dieu à un roi qui décide de régler ses comptes avec ses serviteurs. On lui en amène un qui devait dix mille talents (soixante millions de pièces d’argent). C’est une somme considérable, absolument impossible à rembourser. En nous racontant cette parabole, Jésus veut nous faire comprendre que nous sommes redevables envers Dieu. Cette dette considérable n’est qu’une image de ce qui se passe entre Dieu et nous. Devant lui, nous sommes tous des débiteurs incapables de rembourser.

Et pourtant, quand nous le supplions, Dieu ne se contente pas de nous accorder un délai. Il va jusqu’à nous faire grâce, tout cela au nom de l’amour qu’il nous porte. L’Évangile nous dit qu’il est « saisi de pitié ». C’est une expression que nous rencontrons souvent, par exemple quand Jésus se trouve devant un malade, un lépreux, un paralysé. C’est le cœur qui parle. Le pardon est donné pour permettre un avenir à celui qui n’en a pas d’autres possibles.

Pardonner c’est aimer, c’est repartir ensemble sur de nouvelles bases. Dieu est un Père qui aime chacun de ses enfants. Le grand désir d’un père et d’une mère c’est que leurs enfants s’entendent bien et qu’ils soient unis et solidaires. C’est pour cela que Jésus nous a laissé son grand commandement : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »

Le vrai pardon peut s’accomplir lorsque nous comprenons le mystère simple et immense mais nous ne pouvons pas vivre avant d’être pardonnés par Dieu parce que nous sommes de faibles humains. Il n’y a personne qui ne peut pas pardonner si nous réalisons que toute ma vie se compose de la miséricorde et le pardon de Dieu. Est-ce possible de rembourser si toute ma vie et ma mort sont à Dieu ? Peut-être, le pardon est la part de Dieu, pour nous cela suffit à montrer la miséricorde de Dieu à nos proches.

En parlant du pardon, nous n’oublions pas que Jésus nous a donné un sacrement pour l’accueillir. Chaque fois que nous nous adressons à un prêtre pour le demander, c’est Jésus qui est là pour nous tendre la main. Il ne demande qu’à nous décharger de nos fautes pour nous rapprocher de Dieu. C’est ainsi que nous retrouvons notre place d’enfants de Dieu. Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que « Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur » ; nous vivons et nous mourrons pour le Seigneur. Avec lui, tout est cadeau. Sa miséricorde est source de joie, de sérénité et de paix. Elle nous ouvre à l’espérance d’être aimés pour toujours malgré nos limites et nos péchés.

Frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur d’ouvrir notre cœur à son pardon pour que nous soyons toujours plus en mesure de pardonne à notre tour comme Lui le fait envers nous. « Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses. »

Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour 23ème dimanche du temps ordinaire (6 septembre 2020) par le père Léon


Soyez les bienvenu. Notamment, les écoliers, les collégiens qui rentrent la nouvelle année scolaire. Malgré l’épidémie, nous devons retrouver nos habitudes. Bien sûr, il faudrait respecter les règles sanitaires pour se protéger et pour protéger les autres. Aujourd’hui nous sommes réunis cette église pour commencer une nouvelle année scolaire avec le Christ : lui confier nos projets, nos défis, nos choix ; lui dire que nous comptons sur sa présence au cœur de notre vie familiale, notre travail, nos rencontres, nos activités ; nous appuyer sur la force de son Esprit pour qu’il féconde notre vie paroissiale, qu’il éclaire nos missions, qu’il stimule notre annonce de la Bonne Nouvelle !

Que c’est beau, une rentrée avec Jésus !

Nous n’avons bien sûr pas oublié le Seigneur cet été : nous avons pris le temps de la prière, le temps du repos. Nous avons peut-être pris le temps d’une retraite, d’un pèlerinage ou d’un temps de voyage avec la famille. Nous avons aussi reconnu sa présence dans le visage de nos frères, en particulier ceux qui avaient besoin de notre attention, de notre présence, de notre soutien…

Aujourd'hui, Jésus nous invite à aider nos proches même s’ils nous commettent. « Si ton frère vient à pécher, va le trouver seul à seul… S’il n’écoute pas, prend encore avec toi un ou deux autres… »

Sans remettre en cause la vie évangélique propre des enfants, vous convenez qu’il doit y avoir une autre manière de pratiquer l’Évangile que de cette façon. Quel appel nous adresse donc le Christ quand il nous exhorte à la correction fraternelle ?

Et tout d’abord, est-ce que cela nous concerne vraiment ? On comprend ce qu’est la correction fraternelle entre époux, en famille, en école mais entre nous, entre chrétiens ? Un peu plus d’un mois après avoir prononcé les paroles que l’on vient d’entendre, Jésus entrera à Jérusalem pour donner sa vie, pour rassembler en un seul peuple ses disciples. C’est cette vie que nous avons reçu du Christ qui fait notre unité, et Jésus donne ici les moyens de la faire fructifier. La correction fraternelle manifeste donc le souci que nous devons avoir les uns des autres, parce que nous sommes un dans le Christ. Cela doit donc tous nous concerner.

Alors, remontons deux dimanches auparavant, où nous avons entendu Pierre proclamer sa foi dans le Christ, le Fils de Dieu. Jésus alors louait la foi de Pierre et lui disait : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre, ce sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre, ce sera délié dans les cieux. » Petite remarque : le Christ déclare aujourd’hui la même chose, mais cette fois-ci pour l’ensemble de ses apôtres : cela montre que les deux passages sont liés. Jésus poursuivait – c’est l’Évangile de dimanche dernier – en annonçant sa mort et sa résurrection. Pierre prit alors Jésus à part pour lui dire : « Non, cela ne t’arrivera pas. » Et Jésus va appliquer ce que nous trouvons dans l’Évangile : « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprend-le. » Jésus reprend Pierre, et il le reprend durement : « Passe derrière moi Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » Dans cette phrase, Jésus manifeste quel est le péché de Pierre. Ce n’est pas pour n’importe quel péché que Jésus a repris Pierre, mais parce que Pierre, à ce moment-là, ne se montre plus comme disciple du Christ ;

Il veut le précéder, lui montrer quelle route il doit prendre. Jésus le rappelle à sa condition de disciple. « Passe derrière moi, redeviens disciple, remets-toi à ma suite. » Première caractéristique donc de ce péché pour laquelle nous devons trouver notre frère, c’est le péché qui conduit ce frère à ne plus être un disciple de Jésus-Christ, à ne plus marcher à sa suite. Mais Jésus ajoute une deuxième caractéristique. Il a appelé Pierre « Satan ». Cela ne signifie pas que Pierre soit le diable ; non Pierre est un homme, et le diable est un ange déchu. Mais Satan, dans l’Écriture, désigne plutôt un adversaire, un tentateur, quelqu’un qui veut faire tomber. En cela, le diable est Satan, mais Pierre aussi. Le péché en question ici est donc celui qui peut conduire à la chute d’autrui, qui veut entraîner les autres dans sa chute. Pierre se met comme un obstacle entre le Christ et la passion, entre Jésus et le Salut qu’il apporte. L’appel de Jésus à aller voir son frère qui a péché concerne donc celui qui, non seulement ne veut plus suivre le Christ, mais aussi celui qui fera tomber les autres, et particulièrement les plus faibles.

Jésus ne nous dit pas seulement quand agir, mais aussi comment agir : aller trouver son frère qui a péché d’abord seul, puis avec une ou deux autres personnes, puis avertir la communauté et enfin le tenir pour un païen ou un publicain s’il refuse d’écouter. À première vue, cette procédure ressemble à celle qu’on trouve dans le judaïsme. Vous pourrez aller voir Dt 19. Mais il y a plusieurs différences importantes. Dans le judaïsme, cette manière de faire était celle d’un procès, si une injustice entre deux personnes avait été commise. Ici Jésus ne parle pas d’un différend avec son frère. Bien plus, c’est justement parce que j’aime mon frère que je suis amené à vouloir qu’il abandonne son péché.

Et si, par contre, j’ai quelque chose contre mon frère (et réciproquement), le Christ nous demande une chose : « Va te réconcilier avec lui. » Jésus mentionne ensuite la place centrale de la prière : « De même, je vous le dis en vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. »

Sans l’action de Dieu, sans la grâce, nul ne peut se convertir ni abandonner son péché. Aller voir une à deux personnes ne consiste pas à choisir quelques gros bras pour intimider l’autre, mais d’abord pour prier ensemble et amener l’autre à la conversion. Enfin, Jésus s’implique lui-même, il ne se contente pas de dire « faites-le », mais il le fait lui-même : « Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. »

Lorsque les actions se confrontent à la dureté du cœur de l’autre, la prière est alors la seule chose qui peut nous permettre de continuer à prendre soin de lui car nous sommes responsables les uns des autres.

Comment est-ce que je prends soin de ceux qui me sont confiés ? Quel regard je porte sur eux ? Est-ce un regard plein d’espérance ou un regard indifférent ? Est-ce que mon regard l’enferme dans ce qu’il a pu faire ou est-ce que mon regard est capable de s’émerveiller devant ce qu’il est ? Car comme nous, il est, lui aussi plein de qualités mais aussi fragile, comme nous, il est un enfant bien aimé de Dieu. Il ne s’agit pas de tout accepter, ou de relativiser, loin de là, mais il s’agit de vouloir être juste, de savoir parfois attendre, d’être patient… il s’agit de regarder l’autre comme nous avons envie d’être regardés. Et de poser sur lui un regard miséricordieux. Car l’amour, lui, ne fait rien de mal au prochain.

écrit par le père Léon

Homélie pour 20ème dimanche du temps ordinaire (16 aout 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,
Vous soyez de passage en cette église ou que vous en soyez les paroissiens habituels, vous êtes ici chez vous. C'est « une maison de prière pour tous les peuples ». Peu importe notre âge, notre nationalité, notre origine, notre métier, nous sommes ici chez nous car nous sommes chez Dieu. C'est lui qui nous accueille tous et qui, une fois de plus, veut nous manifester sa miséricorde à travers Jésus Christ, notre Seigneur et notre frère.

Voici une belle et provocante histoire que cette rencontre entre Jésus et la Cananéenne. Tout d’abord, il y a l’irruption de cette femme païenne au milieu du groupe des disciples, alors que le judaïsme de l’époque jugeait sévèrement les contacts entre juifs et non-juifs. Il y a aussi l’attitude provocante de cette femme qui tient tête à Jésus afin de lui arracher la guérison de sa fille. Sans oublier la réaction incompréhensible de Jésus à première vue, lui l’ami des pauvres et des exclus, qui traite cette femme de « petit chien », comme les Juifs méprisent les païens. Mais que se passe-t-il dans ce récit ? On aurait raison de ne pas y reconnaître Jésus si l’on en restait à un premier niveau de lecture. Mais en réalité dans cette histoire, nous voyons à l’œuvre le doux maître de ces face-à-face inoubliables dans les évangiles, qui livre à ses disciples une parabole vivante sur le Royaume de Dieu et l’accueil de l’étranger.

Car en provoquant volontairement cette femme, Jésus l’amène à professer une foi que ses apôtres n’auraient jamais soupçonnée chez une païenne. En lui accordant ce qu’elle demande, Jésus amène ses disciples à changer leur regard sur elle.

Ce n’est plus une Cananéenne, une femme à proscrire qui se tient devant eux, mais une sœur en humanité, une mère qui souffre et qui ne veut que le meilleur pour son enfant. Jésus lui ouvre grand son cœur et il élargit ainsi nos horizons, il nous oblige à porter un regard neuf sur l’autre, là où les frontières et les exclusions que nous dressons entre nous n’ont plus leur place.

« Femme, grande est ta foi… »

Étonnant que cette attitude distante, à la limite du mépris, que celle de Jésus envers cette Cananéenne. Jésus la justifie d’une certaine manière en répondant à cette païenne « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maisons d’Israël « , et en cela, Il accomplit bien la prophétie d’Ezéchiel : « Oui, je le déclare, moi, le Seigneur Dieu : La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai ; celle qui est blessée, je la soignerai : celle qui est faible, je lui rendrai ses forces » (Ez 34, 16).

La femme ne semble pas être atteinte ni par son silence ni par cette parole : elle ne pense qu’à sa fille, tourmentée par un démon et passe au-dessus de cette attitude qui pourrait lui paraître humiliante. Elle reconnaît l’Alliance de Dieu avec un peuple, mais elle affirme également l’universalisme de l’Amour de ce Dieu qui guérit et qui sauve tout homme.

Le prophète d’Isaïe l’exprimait bien ainsi dans la première lecture qui nous a été proposée aujourd’hui : « Mon salut approche, il vient… et il vient pour tous et en particulier pour tous les étrangers qui s’attachent au service du Seigneur pour l’honorer pour aimer son nom. Et Je les rendrai heureux dans ma maison de prière… maison de prière pour tous les peuples… » (Is 56, 1.6-7).

En fait, Jésus admire la foi de cette femme : « Femme ! Grande est ta foi ; que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Et à l’heure même, sa fille fut guérie ». Jésus se montre bien aussi le pasteur qui guérit toute brebis, fut-elle extérieure à son peuple.

Quant à son peuple, Paul nous fait état de ce mystère qui reste toujours d’actualité aujourd’hui encore. Pourquoi ce peuple qui avait été choisi par Dieu Lui-même et qui avait été comblé de dons, de promesses, n’a pas reconnu son pasteur ? Les dons de Dieu restant irrévocables, Paul en conclut que les païens ont profité de la miséricorde de Dieu afin que le peuple juif obtienne aussi cette miséricorde.

Nous devons nous souvenir de ce comportement de Jésus et adopter son ouverture d’esprit. C’est la confiance en Dieu qui est le premier critère d’appartenance à la communauté chrétienne et chaque personne y a sa place. Il faut donc refuser de s’enfermer dans un communautarisme qui marginalise, crée des exclusions. Tout particularisme qui n’enrichit pas mais empêche de communiquer… tout refus d’accueillir quelqu’un pour la seule raison de sa différence sociale, citoyenne, ethnique, culturelle, politique même… ne peuvent que détruire l’œuvre d’unité que patiemment l’Esprit-Saint, a fait souffler sur l’humanité sauvée de ses divisions et de ses guerres par Jésus Lui-même.

« Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de ses origines, ou de sa religion. La haine est quelque chose qui est inculqué, et si les gens peuvent apprendre à haïr, ils peuvent aussi apprendre à aimer, car l’amour jaillit plus naturellement du cœur humain que son opposé ».

C’est à l’apprentissage de cet amour que nous invite Jésus aujourd’hui, ainsi que l’histoire de la Cananéenne évoque pour moi toutes ces Cananéennes de notre monde, tous les réfugiés, les méprisés, les humiliés, qui attendent que tombent de la table de la fraternité humaine ces miettes dont parle l’évangile et que Jésus a si libéralement distribuées.

À nous, il est demandé de faire comme lui et de revêtir le tablier du service et de l’amitié au nom même du Royaume de Dieu. C’est là, je crois, la leçon qu’il nous faut tirer aujourd’hui de notre page d’évangile.

Notre Église est appelée à témoigner que le salut de Dieu s’adresse à tous les êtres humains. Tous sont invités à vivre en fils et filles du même Père et à devenir peuple de l’Alliance. Et puis nous devons également apprendre la foi de cette femme qui demande au Seigneur avec persévérance.

En cette Eucharistie dominicale, rejoignons le Seigneur de tous qui nous appelle autour de Lui pour nous donner cette force de communion.

écrit par le père Léon

Homélie pour Notre Dame de l’Assomption (15 aout 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,
Nous fêtons aujourd’hui l’Assomption de la Vierge Marie notre mère. Cette année nous sommes dans les difficultés ; la crise sanitaire, l’économie, la catastrophe naturelle, l’accident... Nous demandons à notre mère, Mère de l’église intercéder pour notre pays, pour le monde, pour chacune, chacun d’entre nous.

Etrange vision que celle du livre de l’Apocalypse avec ces deux figures si opposées : celle de la Femme, couronnée d’étoiles, ayant le soleil pour manteau, portant en son sein Celui qui sera le Berger des nations, et celle de l’énorme dragon, prêt à dévorer l’enfant dès sa naissance.

Cette vision dramatique pourrait être interprétée comme le symbole de la lutte entre le Bien et le mal, entre le Christ et Satan. Cependant, il ne faudrait pas que cet arrêt sur image nous laisse croire que l’issue de ce combat est encore incertaine… Il n’en est rien ! Dans le drame qui se joue entre la Femme qui enfante – image de la Vierge Marie et de l’Eglise – et le dragon – symbole de Satan –, c’est le Salut de l’humanité qui est signifié et la victoire de Dieu qui « enlève l’enfant auprès de son Trône ». Cette vision prophétique est celle de la victoire de la foi sur les forces du mal : « Maintenant voici le Salut, la puissance et le règne de notre Dieu et le pouvoir de son Christ ! ». Notre humanité n’est pas désespérément vouée aux forces du mal. En Jésus-Christ, l’Espérance définitive du Salut s’est levée sur le monde !

Mais alors, frères et sœurs, d’où vient donc, dans la vie de l’humanité, cette sorte de fossé entre d’un côté les progrès de la science et de la technique, qui ont engendré un mieux-vivre, un espoir de venir à bout des fléaux et des maladies, et d’un autre côté une sorte de mécontentement, de peur, d’angoisse permanente, d’insatisfaction, et, pour tout dire, d’un malaise de notre civilisation moderne ?

Ne serait-ce pas que les hommes en sont venus à confondre les conditions de vie et le sens de la vie ? Ne serait-ce pas qu’ils se sont laissés endormir par les mirages du progrès jusqu’à croire que ce progrès pouvait résoudre tous leurs problèmes matériels et existentiels, du coup, ils sont déçus, parce qu’il n’en est pas ainsi ? Bref, ne serait-ce pas qu’ils en sont venus à confondre leurs petits espoirs terrestres – certes légitimes mais bien limités – avec la Grande Espérance, seule capable d’ouvrir les âmes à un au-delà des horizons finis et limités qui bornent la vie des hommes ?

Il est bien légitime d’aspirer à plus de bien-être, de sécurité, de santé, de paix, mais cela ne résout pas le problème de la mort, car d’elle on ne guérit pas. C’est la grande épreuve à laquelle tout un chacun est confronté. Et seule la Grande Espérance qui naît de la foi dans la victoire du Christ Ressuscité peut nous ouvrir au seul Salut capable d’affronter cette épreuve irrémédiable.

Voilà pourquoi, nous sommes ici pour célébrer l’Assomption de la Vierge, nous pouvons rendre grâce au Seigneur pour la foi qui vous y a conduits ! Même si notre foi nous paraît peut-être faible ou incertaine, nous pouvons nous appuyer sur elle pour confier au Seigneur, par l’intercession de Notre-Dame, tous nos soucis, toutes nos difficultés et celles de nos proches. La présence maternelle de la Vierge Marie fait la joie de l’Eglise aujourd’hui ; et, comme Elisabeth, nous pouvons dire, nous aussi : « comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

La solennité de l’Assomption nous ouvre à la Joie parce que Marie est le signe, le témoin et la première bénéficiaire de la Grande Espérance du Salut :

Elle en est le signe puisque sa cousine Elisabeth reconnaît sa maternité divine : « Tu es béni entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ! ».

Elle est le témoin de la Grande Espérance puisqu’elle s’est tenue debout au pied de la Croix et que sa foi n’a pas défailli à l’heure de l’épreuve ; et aussi, puisqu’au Cénacle, avec les Apôtres, elle est déjà la Mère de l’Eglise naissante accueillant l’Esprit-Saint pour porter à tous les hommes la foi au Christ Ressuscité.

Enfin, elle est la première bénéficiaire de la Grande Espérance du Salut, puisqu’elle n’a pas connu la corruption du tombeau ; la fête de ce jour célèbre sa prise en charge par Dieu (c’est littéralement le sens du mot Assomption) ; elle a été prise en charge par Dieu, de manière totale et définitive, corps et âme, pour la gloire de la vie éternelle.

Cette Joie de la foi en la victoire du Ressuscité, cette joie de la Grande Espérance dont la Vierge de l’Assomption est l’aboutissement serait pourtant bien éphémère et comme sans effet pour nous, si elle ne nous entraînait pas à changer notre manière de vivre, si elle ne se concrétisait pas dans notre existence quotidienne pour l’orienter sur les chemins où le Christ veut entraîner ses disciples. C’est déjà beaucoup de recevoir de la foi et de l’Espérance le SENS de la vie, mais il faut aussi réorienter sans cesse notre vie dans le sens de l’Amour, l’Amour de Dieu et l’Amour de nos frères.

Frères et sœurs, ouvrons nos cœurs à l’Amour divin ; qu’il les dilate aux dimensions de la fraternité du Christ pour tous les hommes. Laissons le Christ nous apprendre à nous faire le prochain de tout homme dans le besoin, de celui qui est au bord du chemin et qui attend la main d’un frère pour l’aider à se relever.

Aujourd'hui, nous confions à l'intercession de Notre-Dame nos frères chrétiens persécutés dans le monde ; elle qui connut l'exil en Egypte avec la sainte Famille, qu'elle prenne en pitié nos frères qui souffrent.

Notre-Dame de l’Assomption, intercède pour nous ; viens poser sur nos vies les pans de ton manteau de lumière pour les protéger du malin et les remplir de la foi en la victoire de ton Fils et de la Grande Espérance du Salut !

écrit par le père Léon

Homélie pour 19ème dimanche du temps ordinaire (9 aout 2020) par le père Léon

« Confiance! C'est moi, n'ayez pas peur... »

Ce sont les mots de paix que Jésus nous adresse dans la Bonne Nouvelle de ce jour. Ce sont les mots de paix que Jésus nous murmure quand il nous prend dans la barque de son Amour. Prenons la main que Dieu nous tend. C'est le temps de l'Eucharistie, Dieu fait grâce à notre terre.

Le récit de la multiplication des pains et des poissons, qui précède cet Évangile et que nous écoutions dimanche dernier, a été un grand succès et les disciples se disent que Jésus va être reconnu comme le Messie attendu. Les foules d’ailleurs, nous fera savoir St Jean (Jn 6,15), cherchaient à l’enlever pour le faire Roi. Ce n’est pas comme cela que Jésus sera roi. Il contraint donc les disciples à embarquer et à le précéder sur l’autre rive. Ayant congédié les foules, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Cela ne vous fait-il pas penser à quelqu’un, dans la Bible, qui fait de même ? Moïse, après la manne ; Élie, pourchassé par Jézabel, après les sacrifices du Carmel ? Tous veulent rencontrer Dieu, seul, dans le silence de la prière.

Vers la fin de la nuit, les disciples, loin de la terre, rament comme des malheureux, tourmentés par les vagues, car le vent est contraire. Jésus vient vers eux marchant sur la mer. Marcher sur l’eau, c’est évidemment impossible : il y a donc prodige. Mais pourquoi donc Matthieu, comme les autres évangélistes, parlent de ce lac comme d’une mer ? (Il n’a que 13 km2 de large sur 20 de long). Parce que dans la Bible, les masses d’eau sont toujours symbole du lieu des puissances de mort, qui veulent engloutir l’homme.

Pensez aux eaux primordiales sur lesquelles tournoie l’Esprit de Dieu qui sont néant, d’où Dieu va faire jaillir la terre ; le déluge qui engloutit l’humanité arrivée à un point extrême de violence ; la Mer Rouge, obstacle levé par Dieu pour les hébreux, mais tombeau pour les chars de pharaon ; Jonas englouti par le monstre marin, mais sauvé encore par Dieu, qui lui fait rendre sa proie ; sans compter tous les psaumes, qui évoquent la mer qui submerge l’homme dans sa détresse.

Devant ce qu’ils voient, les disciples n’en croient pas leurs yeux, et ils paniquent devant ce qu’ils pensent être un fantôme, et ils poussent des cris ! Alors, Jésus leur parle : « Confiance ! c’est moi ! N’ayez plus peur ! C’est moi ! » C’est ainsi que Dieu révèle son identité à Moïse. Sur cette Parole, la foi de Pierre s’éveille et il lance un défi à Jésus : « Si c’est bien toi, (autrement dit, si tu es Dieu) ordonne-moi de venir vers toi » - « Viens ! » lui dit Jésus. Et Pierre fait confiance et marche sur les eaux (là il n’est pas dit sur la mer… car Pierre ne domine pas les puissances de mort). Mais, voyant le vent fort… Son regard n’est plus fixé sur Jésus : il perd confiance, il a peur, il coule ! Un cri d’appel : « Seigneur, sauve-moi ! » Jésus étend la main, le saisit et lui dit : « homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Cet épisode de la vie des Apôtres les prépare au grand passage de Jésus sur l’autre rive : sa Passion, sa mort et sa Résurrection. Leur foi sera malmenée : Pierre osera défendre Jésus à Gethsémani ; il s’engagera à le suivre jusqu’au bout au lavement des pieds ; mais devant la tournure dramatique des évènements, il Le reniera avant le chant du coq ; enfin, il retrouvera son Seigneur ressuscité sur le même rivage de cette mer.

De toute façon, il est bon pour nous d’évoquer ces scènes car nous sommes bien proches de ce que Pierre et les Apôtres ont vécu. Notre foi n’est jamais acquise : elle vit, se fortifie ou faiblit, traverse des turbulences, comme celle de Pierre, au gré des contrariétés, des épreuves, des obstacles, des rencontres, des événements et des questions qui surgissent sur le chemin de notre vie. Comme Pierre, tantôt nous nous lançons audacieusement vers Dieu, en pleine confiance, marchant sur les puissances de mort qui sont en nous ou autour de nous ; tantôt, nous prenons peur, parce que c’est plus fort que nous, et nous perdons de vue Jésus : nous oublions qu’Il est là, qu’Il est Dieu, qu’Il sauve (c’est son Nom !) ; nous ne prions plus ; nous ne nous raccrochons plus à ses paroles… nous coulons ! Pourtant, il vient nous chercher, nous ressaisit pour que nous nous en sortions et que nous vivions après cette épreuve. Notre foi devra traverser de nombreuses pâques pour que nous arrivions enfin avec Lui sur l’autre rive.

L’encouragement du Maître à ses disciples peut être compris également dans ce sens : « confiance, c’est moi ; n’ayez plus peur » (Mt 14, 27). C’est vraiment Lui, même si nos yeux peinent à le reconnaître. Nous aussi, comme Pierre, nous pourrions être tentés de mettre Jésus à l’épreuve, de lui demander un signe. Et peut-être, après quelques pas titubants vers Lui, être à nouveau victimes de nos peurs. Mais le Seigneur ne nous abandonne pas ! Même si nous sommes des hommes et des femmes « de peu de foi », le Christ continue à tendre la main pour nous sauver et pour permettre la rencontre avec Lui, une rencontre qui nous sauve et nous rend la joie d’être ses disciples.

Frères et sœurs, il s’agit d’une grâce qui porte en elle une mission, fruit de la pleine confiance dans le Seigneur, qui est pour nous l’unique vraie certitude. C’est pourquoi, en tant qu’individus et communautés, nous sommes appelés à faire nôtre la prière du peuple racheté : « Ma force et mon chant, c’est le Seigneur: il est pour moi le salut» (Ex 15, 2).

En cette Eucharistie dominicale, nous pouvons prier pour ceux qui sont particulièrement éprouvés et, avec tous les frères et sœurs qui nous entourent, Lui redire notre foi en continuant à Le suivre.

écrit par le père Léon

Homélie pour 18ème dimanche du temps ordinaire (2 aout 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,
voici venu le temps des vacances. Les uns partent, les autres reviennent... Et d'autres encore ne partent pas, trop âgés, trop démunis, trop souffrants... Ne les oublions pas... et n'oublions pas que ce temps de repos, ce temps de loisir doit nous apprendre à mieux vivre. Nous voici réunis aujourd’hui pour entendre une parole pleine d'espérance, pour partager le pain que le Seigneur nous donne en abondance.

Ce passage de la multiplication des pains se situe dans un double contexte. D’un côté, nous voyons que Jésus, après avoir été informé de la mort de Jean le Baptiste, se retire dans un endroit à part, pour être seul (Mt 14, 1 à 12).

D'autre part, nous voyons la foule qui le suit, qui le cherche, qui veut être avec lui. C’est ainsi qu’elle le trouve. Le Seigneur n’est pas resté indifférent face à ceux qui le cherchaient. D’où il s’ensuit que : « Il fut saisi de compassion envers eux et guérit les malades…. » (Mt 14,1 à 12).

Dans ce contexte, nous voyons l'attitude des disciples, qui apparaissent comme sensés et prévoyants. Ils font voir au Seigneur la situation qu’ils sont en train de vivre : « L’endroit est désert, et l'heure est déjà avancée… » (Mt 14.15), et là encore, les disciples apparaissent comme des personnes soucieuses du bien du groupe. C’est ainsi qu’ils suggèrent au Seigneur : « Renvoie la foule ; qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture.» (Mt 14,15).

Cela pourrait être pris comme un signe de noblesse et de sensibilité à l'autre, parce que ce que les disciples ont dit correspondait à la réalité et à la situation qu’ils étaient en train de vivre. Mais le Seigneur avait d'autres plans.

Il allait utiliser cette situation limite pour nous révéler son autorité sur les forces de la nature, mais surtout pour nous faire voir l’attitude, les dispositions que nous devons prendre face à ceux qui sont dans le besoin.

Ainsi, Il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger...» (Mt 14:16). En effet, ils disent au Seigneur : « Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons...» (Mt 14:17). Les disciples eux-mêmes, par leurs propres moyens, ne pouvaient pas le faire. Ils ne disposaient que de ces quelques pains et de deux poissons, soit quelque chose d’insignifiant à l'échelle des besoins des gens.

Ainsi, le Seigneur les déconcerte, lorsque devant la constatation de la situation, il leur déclare : « Apportez-les-moi...» (Mt 14:18), ce qui fait d’eux des participants à la résolution du problème. Ils se retrouvent impliqués et engagés dans la résolution de cette situation qui en soi, était vitale. Les cinq pains et les deux poissons, le Seigneur les offre au Père : « ...levant les yeux au le ciel, il prononça la bénédiction » (Mt 14:19).

Ce geste est éloquent en soi, parce que s’il a impliqué les disciples, leur demandant tout ce qu’ils avaient. Maintenant, Jésus est en train d’impliquer le Père, l’impliquant aussi lui dans cette révélation qu’il est en train de faire. Par la suite : « Il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les donnèrent à la foule..» (Mt 14:19). Le texte est éloquent encore quand il dit : « ...TOUS mangèrent et furent rassasiés...» (Mt 14:20), tant et si bien que des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins.

Ce texte nous montre une situation qui peut se reproduire aujourd’hui, tout comme l’attitude des disciples qui souhaitaient se défaire de ceux qui constituaient pour eux un problème. Mais d’un autre côté, nous voyons comment le Seigneur Jésus les implique dans sa mission, puisqu’il leur dit : « …donnez-leur vous-mêmes à manger ».

De même que pour le miracle de Cana, quand Jésus avait changé l’eau en vin, nous ne savons pas comment Jésus a pu ainsi multiplier les pains et les poissons pour nourrir une telle foule. Toujours est-il que le geste qu’il pose est bien le même qu’il accomplira au soir du Jeudi Saint et le même que les prêtres accomplissent en chaque eucharistie. A partir de l’autel, tous ceux qui reçoivent le pain consacré sont nourris et rassasiés. Ils vivent déjà une certaine participation à la réalité du Royaume. Dieu agit au plus profond des cœurs par la puissance de ses sacrements.

Sans la foi des apôtres, Jésus aurait-il pu réaliser ce signe aux yeux de tous ? Certes, ils avaient déjà vu tant de signes et de prodiges. Leur cœur n’était-il pas déjà persuadé d’une prochaine intervention de Jésus ? Mais ils ne s’attendaient certainement pas à être ainsi mis au pied du mur : « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Que n’ont-ils pas pensé en cet instant ? Quels sentiments ont pu traverser leur esprit devant un tel ordre ? Les voici pris de cours, saisis par la parole de Jésus. Les voici associés à la mission de Jésus. Ils commencent à comprendre ce que veut dire tout abandonner pour suivre Jésus, eux qui ont tout vendu pour acheter la perle de grand prix, pour acheter le champ que bientôt ils s’en iront moissonner.

Frères et sœurs, en regardant ce miracle de la multiplication des pains, nous pouvons dire que l’acte de foi auquel nous sommes appelés repose sur deux choses: d’une part, sur la certitude que la nourriture que Jésus a donné à cette foule appelle, éveille, suscite un autre désir, celui de la seule vraie nourriture qui donne la vie éternelle, Jésus lui-même.

D’autre part, qu’à chaque fois que Jésus donne sa vie dans les sacrements, mais aussi en toute rencontre où il se rend présent, c’est déjà la vie éternelle qui est annoncée et qui est commencée. Si nous sommes sur cette terre, c’est pour pouvoir un jour participer au banquet du Royaume avec tous les hommes rassemblés.

Jésus nous demande de lui donner les 5 pains et les 2 poissons que nous avons, notre propre participation, pour qu’il puisse, par notre disponibilité et notre générosité, manifester sa bonté, sa tendresse pour tous les hommes. Notre eucharistie ne sera pleinement signifiante que si nous nous laissons appeler et envoyer par le Christ. C’est maintenant qu’il a besoin de nous, c’est notre foi dont il a besoin. Nous ne pourrons participer au banquet de la vie éternelle qu’en nous attachant au Christ à tout instant et en toute circonstance, même si nous passons des ravins de ténèbres. Puisqu’il est fidèle en tout ce qu’il fait, il est proche de tous ceux qui l’invoquent en vérité, nous n’avons rien à craindre. Avec Saint Paul nous croyons que rien, absolument rien, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu révélé en Jésus Christ. Que cette certitude soit notre force et notre joie.

écrit par le père Léon

Homélie pour 17ème dimanche du temps ordinaire (26 juillet 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,
Les lectures d'aujourd'hui nous placent devant des choix: choisir la Sagesse, choisir de tout donner pour acquérir un trésor. Laissons-nous attirer par celui qui est le trésor le plus précieux que le monde ait reçu, laissons le Christ nous séduire.

Le roi Salomon succède à son père David et que Dieu lui offre tout ce qu’il voudrait, Salomon demande à Dieu de pouvoir distinguer entre le bien et le mal, et ainsi être un bon roi pour son peuple. À cette demande, Dieu répond : « puisque tu as demandé le discernement… je te donne un cœur intelligent et sage.» Cette recherche de la sagesse traverse toute la Bible et va s’affirmer tout particulièrement dans les psaumes. Prenons par exemple celui qui fait suite à notre première lecture aujourd’hui : « Mon bonheur, dit le psalmiste, c’est la loi de ta bouche, plus qu’un monceau d’or ou d’argent…Ta Loi fait mon plaisir.»

Souvent lorsqu’il est question de la Loi en Israël, elle nous est présentée comme une domination, une manière un peu bête de vivre sa foi. Pourtant, les sages en Israël n’hésiteront pas à affirmer « comme il est doux le joug de la Loi», car bien plus que des préceptes lourds et oppressants, la Loi dans le judaïsme est le chemin le plus parfait pour celui qui veut être en communion avec Dieu. C’est une école de sagesse et la Loi juive donne à la personne qui la pratique de collaborer avec Dieu à la création continue du monde. La Loi responsabilise, et elle ordonne vers le bien toutes choses sur cette terre.

Si l’attachement à la Loi est si important dans le judaïsme, c’est qu’elle oriente les cœurs vers Dieu. On n’a pas attendu le Nouveau Testament pour affirmer que Dieu est amour, car la loi n’a pas d’autre but que de conduire sur le chemin de l’amour. Remarquez que Jésus ne s’en prend jamais à la Loi elle-même, mais plutôt à l’interprétation rigoriste qu’on en fait, l’éloignant ainsi de son sens premier qui est de conduire le peuple hébreu dans l’apprentissage de l’amour et de la vie fraternelle.

Et voilà que survient Jésus, le Fils du Père, qui annonce le Royaume de Dieu. Ce qui est annoncé c’est une présence nouvelle de Dieu à notre monde, tel un royaume qui n’est pas seulement pour demain, mais qui est offert dès maintenant. Ce règne de Dieu ne se laisse ni voir ni saisir, il n’est pas de l’ordre d’une domination ou d’un pouvoir politique, mais un dynamisme de vie, une force créatrice qui vient de Dieu et qui est tout orientée vers notre vie spirituelle ainsi que notre humanisation, afin de faire de nous des hommes et des femmes selon le cœur de Dieu. C’est l’avènement du Royaume de Dieu, c’est le régime de la Loi qui parvient à son plein achèvement.

Ce thème du Royaume de Dieu, est une caractéristique importante dans l’évangile de Matthieu, et depuis trois dimanches nous avons entendu pas moins de six paraboles nous parlant du règne de Dieu, où Jésus le compare soit à un champ où poussent le bon grain et l’ivraie, soit au résultat d’une pêche prodigieuse, ou encore le comparant à une perle de grand prix ou à un trésor enfoui dans un champ. Ce qui domine en particulier dans ces deux dernières paraboles, c’est la joie devant une découverte inespérée. Mais afin de posséder ce trésor, il faut pouvoir l’acheter.

Ce trésor comporte donc une exigence importante, soit celle de tout donner pour le posséder. L’enjeu est celui d’un choix, de ce que nous voulons faire de notre vie. Jésus nous dirait : « Dis-moi où est ton trésor, et je te dirai où est ton cœur !»

Nous sommes comme des enfants qui trouvent un jouet. La joie est tellement grande que nous ne pouvons pas l’exprimer. Ça transforme notre vie. Ce trésor « caché » que nous trouvons nous fait découvrir alors, en nous, cet amour infini de Dieu, qui était là, caché, enfoui, parmi les ivraies de notre vie.

Avec ses paraboles de la perle précieuse et du trésor caché, Jésus emploie des images de cette quête matérialiste du bonheur, mais son but est d’orienter le cœur vers une tout autre réalité. Nous le savons, Jésus enseigne avec des paraboles. Mais la parabole des paraboles, c’est Jésus lui-même qui par son humanité et sa vie donnée nous révèle à mots couverts le véritable visage de Dieu. Et pour ceux et celles qui savent entendre ce qu’il dit, la perle précieuse, le véritable trésor c’est lui. C’est Jésus qui nous entraîne sur des chemins de traverse insoupçonnés où l’amour sera toujours appelé à tout donner. Car il s’offre lui-même et à travers lui, c’est Dieu qui se donne au monde comme un trésor enfoui en nos cœurs et que Jésus nous invite à découvrir et à faire nôtre. Et la joie qui en résulte nous fait alors nous tenir debout et sans crainte devant l’avenir, devant les exigences du présent, parce qu’ayant acquis ce trésor, nous marchons avec le Christ.

Frères et sœurs, la découverte du Royaume des cieux commence par cette rencontre avec le Christ par laquelle nous nous laissons transformer par sa parole. Et ce Royaume des Cieux ne commence pas demain ou après notre mort.

Il commence là, aujourd’hui, par la présence de Dieu dans notre vie. Et cette présence nous enrichie, nous purifie, pour nous faire grandir.

La graine, le trésor et la pèche : faire grandir, enrichir et apprendre à discerner, trier. Voilà chers frères et sœurs, comment nous pouvons vivre notre relation avec Dieu mais aussi avec les uns et les autres. Comme Salomon, demandons au Seigneur la grâce du discernement, non pour juger les autres ou nous sentir meilleurs qu’eux (ça s’appelle l’orgueil et non le discernement) mais demandons au Seigneur ce discernement pour que nous puissions être attentifs aux autres, que nous puissions discerner dans ce monde le bien du mal, mais aussi en nous-mêmes. Demandons ce discernement pour que nous puissions avoir un cœur capable d’écouter le Seigneur et de l’écouter au travers les cris contemporains pour que nous soyons signes de ce Royaume des Cieux déjà là. Pour que nous puissions vivre ensemble et grandir dans cette belle aventure de la foi.

écrit par le père Léon

Homélie pour 16ème dimanche du temps ordinaire (19 juillet 2020) par le père Léon

« Dans un champ poussait le bon blé en même temps que l’ivraie » N’est-ce pas ainsi que le bien et le mal se côtoient dans notre vie de tous les jours. Mais il n’est pas toujours simple de les distinguer. Demandons au Seigneur de nous aider à prendre conscience que nous ne sommes pas détenteurs de toute la vérité ni du bien.

En ce mois de juillet les agriculteurs sont en pleine moisson. En principe ils ne devraient récolter que ce qu’ils ont semé, mais la réalité est tout autre. C’est ce que nous fait comprendre la parabole d’aujourd’hui qui se situe bien avant la moisson, quand le blé commence à pousser. A ce moment-là les ouvriers agricoles constatent que l’ivraie a poussé avec le blé. Ils demandent alors à leur patron s’ils peuvent enlever sans attendre cette mauvaise herbe. Mais ils prennent un risque. A ce stade de croissance l’ivraie se confond avec le blé. Le maître du champ ne peut pas prendre le risque d’arracher du blé en enlevant l’ivraie. Il demande aux serviteurs de laisser le bon grain et l’ivraie pousser ensemble.

Au départ le semeur n’a semé que du bon grain. Le semeur c’est Dieu. Il n’a rien à voir avec l’ennemi qui, lui, sème la zizanie, le trouble, la confusion, la division et bien d’autres choses encore. Dieu n’est pas à l’origine du mal qui nous affecte. Du coup, la parabole nous invite à la patience.

Quand on n’a pas les moyens de séparer le bien du mal mieux vaut supporter avec patience la présence du mal que de vouloir l’enlever en arrachant aussi le bien. Seuls les moissonneurs sont capables d’opérer un tel tri. C’est à eux que revient ce travail et non pas à nous. Les disciples que nous sommes sont invités à cultiver la confiance dans la plus grande patience en acceptant que le Royaume de Dieu soit une communauté où cohabitent le bien et le mal. Le jugement dernier n’est pas du ressort des disciples que nous sommes, mais de Dieu.

Il est toujours étonnant pour nous que Dieu laisse faire, qu’il laisse pousser le bon grain et l’ivraie en même temps. Pourtant, n’oublions pas que tout ce mal que nous subissons, Dieu le subit, lui aussi par notre intermédiaire. C’est bien ce mal qui a crucifié le Fils de Dieu. Là non plus le Père n’est pas intervenu pour sauver son Fils de la violence des hommes. Dieu ne renie pas sa création. S’il nous a créés libres ce n’est pas pour nous contraindre à adopter ses choix. Certes il nous offre la vie, mais il respecte totalement notre liberté de refuser cette vie, de préférer la mort. Le choix devant lequel nous sommes placés c’est à nous à le faire et non pas à Dieu.

La parabole suggère d’abord que le mal, ou le péché, est présent non seulement au cœur du monde païen et des nations ennemies mais aussi au cœur du peuple élu, au cœur de notre Eglise et même au cœur de chacun. Et ce mal, le péché, est capable de détruire l'œuvre de Dieu ! Il se fait que, nulle part, Jésus n'explique le pourquoi du mal. Non, il le constate, le combat, s’efforce de le faire reculer. Mais n'est-ce pas ce que veulent faire les serviteurs ?

Oui et non ! Car c'est dans la manière que tout diverge. Et la parabole va suggérer ici la manière de faire de Dieu. Alors que les serviteurs veulent arracher l'ivraie, c’est-à-dire utiliser la violence, et donc tuer, Jésus, au nom de Dieu, choisit un type de combat, le combat non violent. Dans son combat contre le mal en effet, car Jésus combat le mal, Jésus n’utilisera qu’une seule force, la force d’aimer, c’est-à-dire l’unique force de Dieu !

Aussi étrange que cela paraisse, Jésus présente donc un Dieu à l’opposé de celui de Jean Baptiste. Celui-ci annonçait un Dieu terrible qui exterminera les méchants par la hache et le feu tandis que la parabole de l'ivraie présente un Dieu patient, invitant le pécheur à se convertir, s’il le veut bien. Aussi faut-il laisser pousser l'ivraie, même si elle abîmera la récolte. Car en l’arrachant trop tôt, on ne fera que détruire aussi ce qui est bon dans ce monde.

Deux exemples de la manière de Jésus. A son arrestation, il interdit à Pierre de se servir de son épée. Pour lui la violence ne fait que créer une violence nouvelle. De même sa réaction au baiser de Judas. Il combat le mal en mettant Judas devant la gravité de son acte, devant sa conscience : "Judas, c'est par un baiser que tu trahis le Fils de l'Homme". Notre Église a souvent oublié cette patience de Jésus et surtout sa foi dans la capacité de l'être humain de changer.

Même si nos choix peuvent conduire aux pires abominations nous ne pouvons jamais dire de quelqu’un qu’il est irrémédiablement mauvais. Aussi s’il est normal de l’empêcher de nuire, il est insensé de vouloir arracher le mal qui est en lui. Tout au long de son existence bon grain et mauvaise herbe poussent ensemble. Ce n’est qu’à la fin d’une vie que l’on peut faire le bilan. Une vie qui commence mal peut finir très bien et inversement. Nous avons donc à supporter avec patience le « mauvais » que la parabole qualifie d’ennemi. Nous sommes même invités à prier pour lui. Et il ne faudrait pas oublier que tout homme est à la fois porteur de bon grain et d’ivraie. L’ennemi est aussi en nous. Il passe à l’intérieur de chacun de nous. Il nous poursuit sans cesse, mais nous avons la souveraine liberté de lui dire non en faisant le choix d’engager notre vie à la suite du Christ. Alors n’attendons pas mettons-nous résolument en route avec le Christ jusque dans sa passion en refusant comme lui l’a fait toute compromission avec le mal.

Frères et sœurs, nous sommes invités à ne pas prendre le risque d’arracher les bonnes gerbes en voulant enlever l’ivraie, c’est le travail du maître, c’est l’affaire de Dieu. Nous sommes invités à transformer l’ivraie de nos vies en bon grain ! Cela commence par une meilleure connaissance de nous-mêmes. Et pour cela, dans la prière, dans l’intimité et la réconciliation avec Dieu, dans la méditation de l’écriture, dans la communion au Corps du christ, nous progressons dans la connaissance de Dieu car c’est l’intimité avec le Seigneur qui rejaillit sur nous et qui permet une meilleure connaissance de nous-même, un bon discernement pour les décisions à prendre.

C’est cette communion avec lui qui nous rappelle que le juste doit être humain. Soyons des justes, mes frères !

écrit par le père Léon

Homélie pour 15ème dimanche du temps ordinaire (12 juillet 2020) par le père Léon

Frères et soeurs,

En ce dimanche, la liturgie nous invite à entendre la parabole du semeur avec la terre des semailles et le temps des moissons. Travailleurs des champs, nous regardons avec joie mûrir les blés. L'heure est venue de nous tourner vers le semeur et de le rencontrer dans le champ de notre coeur. Soyons prêts à recevoir sa parole.

La liturgie aujourd'hui nous invite à entrer dans le mystère de l'attente. D'entrer dans cette belle grâce qui nous est donnée par la foi et l'espérance.

Tel un agriculteur, à l'image du semeur dans l'évangile, Dieu envoie sa Parole sur la Terre. Il envoie le Verbe, principe de vie. Le Verbe qui est la Vie, Jésus. Tel un agriculteur qui attend patiemment que la graine puisse germer, nous, nous sommes appelés à attendre. Attendre que la parole de Dieu porte son fruit dans notre vie.

Comme la pluie, en s’infiltrant dans la terre la plus desséchée, est capable d’y faire germer et grandir des semences que l’on croyait mortes, ainsi la Parole de Dieu est capable de venir féconder nos nuits les plus obscures, nos vides d’amour le plus étouffants pour en faire surgir la lumière de la vie, de sa vie. Oui, c’est vrai, il y a en chacun de nous, inextricablement mêlés, des chemins où rien ne pousse, des endroits caillouteux, des ronces. Mais il y a aussi, y compris dans l’homme le plus avili, un coin de bonne terre. Et c’est ce coin-là que Dieu laboure et ensemence à profusion.

Parfois nous voulons que les choses aillent a notre rythme. Mais le Seigneur a son temps à lui. Il sait bien mieux que nous ce dont nous avons besoin. C'est pour cela que nous sommes invités à entrer dans l'espérance par la Confiance. Cette confiance qui habite le coeur de celui qui sème: il prépare la terre, la laisse reposer et après il sème les graines... Et il attend! Car il y a le mystère de la germination qui prend plus au moins de temps selon les graines. Il attend jusqu'au jour où il voit la première feuille. Le premier signe qu'enfin le temps d'attente est fini.

La Parole de Dieu ne retourne pas vers lui avant d'accomplir ce qu'elle dit. Nous sommes le sol sur lequel cette parole est semée et mais nous devons avoir la confiance, l'espérance et la capacité d'attendre du semeur.

Comment accueillons-nous la parole de Dieu? Les promesses de Dieu dans notre vie? Entrons dans l'espérance malgré parfois le sentiment que nous manquons d'eau. Malgré le sentiment que nous avons parfois que ça ne pousse pas... que ça ne porte pas de fruit. C'est peut être le temps de l'attente. C'est sûrement le temps de Dieu.

Le semeur est sorti pour semer vient de nous dire Jésus. Dieu ne cesse de venir à la rencontre de tous les habitants de notre terre pour leur offrir en abondance les graines de la paix, de la justice, de la solidarité, de la confiance.

Quelle terre lui offrons-nous pour que ces graines portent du fruit ? Car Dieu ne peut rien faire sans nous, sans nos vies ouvertes à sa tendresse. La Bonne Nouvelle de Jésus, semence de vie, ne peut germer, porter des fleurs et des fruits d’espérance que si la terre des hommes l’accueille. Oui, en Jésus, c’est Dieu lui-même qui est à l’œuvre pour ensemencer une humanité nouvelle.

Regardons Jésus et la manière tout à fait unique qu’il a de tout mettre à l’envers, d’ensemencer cette humanité nouvelle. Les apôtres se demandent, un peu bêtes, qui est le plus grand ? Il appelle un petit enfant. On veut le faire roi ? Il s’enfuit dans la montagne pour prier, On veut savoir qui est le plus croyant en Israël ? Eh bien, c’est un centurion romain, païen, quitte à passer pour le collaborateur qu’il n’est pas. On veut savoir qui s’est montré le prochain de l’homme blessé ? C’est un Samaritain réputé hérétique. Cet arbre qui ne porte aucun fruit ? Il dit qu’il faut encore espérer et continuer de le cultiver. Lui, le Seigneur et le maître? Il se met à genoux, devant ses apôtres et leur lave les pieds. On le crucifie en se moquant de lui? Il prie son Père de bien vouloir nous pardonner. On le croit mort à jamais, prisonnier de sa tombe ? Il est vivant, ressuscité. L’amour a été plus fort que tout.

Jésus, le Christ, quand on le connait, comment ne pas l’aimer ? Comment ne pas chercher à savoir le secret de sa vie? Cette humanité nouvelle où les derniers sont les premiers, où le respect du plus petit est le critère le plus déterminant, où le bonheur est plus du côté du manque que du côté de la possession. Cette humanité nouvelle, les contemporains de Jésus n’en ont pas voulu.

Et la parabole du semeur répond aux questions, aux doutes de disciples d’hier et d’aujourd’hui. En dépit de son apparent échec, Jésus proclame son espérance, sa certitude que le projet d’amour que le Père lui a confié aboutira. La graine tombée sur le bord du chemin, les oiseaux la mangent. Celle répandue sur le sol pierreux, elle sèche. Et enfin celle qui a été jetée dans les ronces, elle meurt étouffée. Trois échecs successifs !

Mais Jésus, témoin de l’espérance, ne peut s’arrêter à ce constat négatif. La quatrième semence, enfin, tombe dans la bonne terre et, comme une réplique aux trois échecs précédents, elle oppose des rendements tout à fait satisfaisants : un grain en produit cent, soixante ou trente autres. Pour Jésus il y a toujours quelque part de la bonne terre. « Ayez confiance » nous dit Jésus, le règne de l’amour est venu jusqu’à vous.

Frères et sœurs, le semeur est sorti pour semer que notre cœur puisse être disposé a accueillir cette Parole que Dieu nous donne. Cette Parole qui est son propre Fils. Laissons-nous porter par l’espérance.

écrit par le père Léon

Homélie pour 14ème dimanche du temps ordinaire (5 juillet 2020) par le père Léon

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le fardeau et moi, je vous procurerai le repos... ». Que le Seigneur, durant cette eucharistie, crée en nous un cœur d'enfant, un cœur capable de s'émerveiller, un cœur ouvert à son amour infini, un cœur impatient d'accueillir la parole de miséricorde.

Les sages et les savants, se trompent souvent dans l’interprétation de cette parole. Serait-ce un fardeau de plus ? Pour comprendre cette parole de Jésus, il faut avoir connu les paysans des anciennes générations. Ceux-ci ne possédaient pas de tracteur. Ils travaillaient avec des bœufs qui étaient reliés l’un à l’autre au moyen d’un joug. Ils pouvaient ainsi tirer des fardeaux très lourds, remorque de foin, de bois, machine agricole… Un tout seul ne pouvait pas tirer ce fardeau, mais reliés l’un à l’autre au moyen du joug, ils étaient plus forts et tout devenait possible.

« Venez à moi ! »

Le Christ voit le lourd fardeau que nous traînons tout au long de notre vie. Mais il ne veut pas nous laisser seuls. S’il nous invite à prendre son joug, c’est précisément parce que ce fardeau il veut le porter avec nous. Cela ne sera possible que si nous acceptons d’être reliés à lui. Ce qui est important c’est cet appel : « Venez à moi ! » Or quand l’épreuve et le désarroi sont trop lourds, on ne veut voir personne. Celui qui souffre est tenté de s’enfermer dans le silence et l’isolement. Il est convaincu que personne ne peut le comprendre ni le soulager.

« Je referai vos forces », nous dit Jésus. Cela veut dire qu’il vient nous relever par une force intérieure nouvelle. Il veut nous faire revivre, renaître.

En nous donnant son Esprit Saint, il nous donne une énergie nouvelle pour marcher à nouveau et repartir vers une nouvelle étape. Nous ne serons pas dispensés de nos responsabilités. Nos fardeaux n’auront pas disparu. Mais ils cesseront de nous anéantir. Nous ne serons plus seuls à les porter.

Saint Paul nous invite aujourd’hui croyants à vivre selon l’Esprit. « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ».

Vous voyez le bel enjeu, frères et sœurs, vivre selon l’Esprit qui donne vie, de la vie de Dieu, de cette vie qui fait sens, de cette vie qui est marquée par la pleine communion avec Dieu, les autres et nous-même ; face au péché symbolisé par la chair.

Cela ne signifie pas que notre corps est mauvais, que la sexualité est mauvaise etc. La chair chez Paul est une façon de symboliser ce qui en nous : pensées et actions sont signes de mort, de violence, de replis.

Vivre selon l’Esprit pour nous chrétiens qu’est-ce que c’est ?

C’est vivre grâce à l’Esprit : une relation personnelle avec Dieu. Dieu est relation, connaître, comme une rencontre intime dans l’évangile. Personne ne connait le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. Dans cette relation nous comprenons comment le Christ peut nous dire à chacun : viens-toi qui peine sous le poids du fardeau, je te procurai le repos.

Quel critère en nos vies pourrait nous aider à savoir que nous vivons selon l’Esprit ? Je vous propose celui-ci : vivre selon l’Esprit, c’est aimer et servir Dieu et les autres.

N’est-ce pas ce qu’a vécu Jésus qui nous dit à chacun dans l’évangile deviens mon disciple, prends mon joug.

Paix et joie sont souvent des signes que nous sommes en train de vivre selon l’Esprit. Mais ces émotions ne sont pas toujours présentes d’où la nécessité de se poser dans la journée. Prenez quelques instants dans un endroit calme, invoquez l’Esprit Saint, remerciez pour ce qui a été bon, regardez ce qui n’a pas été signe de l’amour et du service de Dieu et des autres, cherchez à comprendre et à analyser, prenez des résolutions, attention souvent des petits pas. Puis confiez les rencontres de l’après-midi et du soir pour vivre selon l’Esprit : aimer et servir Dieu et les autres.

Quand nous ressentons ou vivons colère, violence, impatience, tentons de remplacer par cette volonté d’aimer et de servir, en nous appuyant sur le Christ présent, là à nos côtés, dans nos lieux de mort, en reprenant un comportement qui parait ajusté où je sors de la violence et de la volonté d’écraser ou de faire payer, à celui qui m’énerve ou m’a fait mal. Analysons à froid en nous-mêmes, pourquoi, qu’est ce qui s’est joué ? Demandons au Seigneur son pardon, son aide, sa guérison et repartons dans cette joie d’être pardonné, et cette espérance que progressivement, le Seigneur qui travaille alors nos cœurs, nous donne de vivre selon l’Esprit avec ce critère aimer et servir Dieu et les autres.

Frères et sœurs, posons cet acte de foi que cette Messe que nous célébrons, notre communion à la Parole et au Corps du Christ nous fait grandir dans l’amour : dans l’amour de Dieu, dans l’amour du prochain, et dans le respect de nous-mêmes. C’est le critère de la prière, – la vérité de la prière, c’est l’amour. « Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ».

écrit par le père Léon

Homélie pour 13ème dimanche du temps ordinaire (28 juin 2020) par le père Léon

Frères et sœurs en ce dimanche, c'est le dimanche de l'accueil. « Qui vous accueille, m'accueille », nous dira le Christ. Nous répondons à cet accueil de Dieu en lui ouvrant nos cœurs et nos vies, mais aussi en accueillant celui ou celle qui se trouve à côté de nous, en nous accueillant les uns les autres.

L’évangile d’aujourd’hui, il est difficile d’accepter pour nous. « celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi». Il est tout-à-fait normal que des enfants aiment leur père et leur mère plus que tous les autres. Il n’y a pas de liens plus forts que celui qui existent entre parents et enfants. Nous sommes tous très attachés à nos parents : c’est tout à fait naturel. Et quand ils ne sont plus là, c’est une souffrance pour nous.

Mais, heureusement, nous pouvons voir que Jésus ne s’adresse pas à la grande foule ; c’est à ses apôtres que ses paroles sont destinées. Cet Évangile se situe dans le 10ème chapitre de Matthieu. Au début de chapitre Jésus choisit douze apôtres et il les envoie aux brebis perdues de la maison d’Israël. Et puis il leur donne la mission de proclamer la bonne nouvelle.

Maintenant, Jésus nous donne une mission. Comment nous vivrons l’Évangile ? Vivre Évangile, c’est accepter de recevoir toute chose du Christ. C’est le mettre à la première place en chacune de nos vies. Mais, Jésus ne nous demande pas de renoncer à nos affections naturelles mais il nous invite à les laisser habiter par sa présence. Cette condition qu’elles pourront recevoir une véritable fécondité.

En effet, la grâce ne supprime pas la nature mais elle l’accomplit c’est-à-dire qu’elle lui donne le pouvoir de déployer toutes ses capacités de façon transfigurée en vue de Dieu.

Jésus dit « Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi ». Mais, ce chemin de croix qui traverse ce qu’il y a de plus stérile en nous contient une promesse de vie et de fécondité. C’est bien ce que nous rappelle la première lecture au travers de la femme Sunam, stérile et mariée à un homme âgé, à qui Dieu donne de porter la vie en son sein. Cette femme a accueilli au cœur de sa stérilité le prophète Elysée, l’envoyé de Dieu, autrement dit Dieu lui-même. Elle lui a ainsi accordé la première place. Dans son incapacité à donner la vie, elle a sans doute vécu la plus forte frustration pour une femme. Mais en permettant à Dieu de la rejoindre au cœur de sa stérilité, elle reçoit de lui le don de la vie. D’une certaine manière, elle est passée de la mort à la vie, annonçant déjà ce que le Christ, le véritable « Envoyé du Père » accomplit dans sa mort et sa résurrection.

Mourir pour ressusciter dans le Christ à une vie nouvelle est le propre de ce qui s’opère dans le baptême qui nous fait chrétien. Saint Paul, dans la deuxième lecture de ce dimanche nous le rappelle : « Si, par le baptême dans sa mort; nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » . Depuis le jour de notre baptême, nous avons en nous cette incroyable faculté de choisir la vie véritable en vivant sous la conduite de l’Esprit Saint.

Du coup, dans la conclusion d’aujourd’hui, Jésus ne donne pas d’autres indications mais il semble concentrer tout son discours sur l’essentiel de la vie chrétienne.

Il dit qu’il y a une hiérarchie des priorités et qu’en tout premier lieu, il y a Lui. Il est la priorité. Par conséquent, tout le reste doit être mis en relation avec cette décision. Car il s’agit d’une décision.

Nous devons nous décider à suivre le Christ. C’est parfois une décision difficile dont la compréhension n’est pas immédiate. Pères, mères, fils, frères, travail, tout doit rentrer dans un unique projet de vie où Il est à la première place. Il ne nous demande pas de renoncer à l’amour d’une famille mais il désire que tout cela soit illuminé par un amour encore plus grand, qui l’englobe et lui donne un sens. La relation avec Jésus doit avoir la saveur de l’absolu, de quelque chose d’absolument prioritaire que rien ne précède. Le Seigneur entre dans la vie chrétienne comme quelque chose de fondamental, d’unique, auquel on ne pourra en aucun cas renoncer : on ne renonce pas à ce qui fait vivre.

Tout le reste pourra ensuite disparaître mais pas la relation avec Lui et l’amour préférentiel exigé par cette relation particulière que nous avons avec Lui. Ce n’est pas une relation comme les autres et elle ne peut être vécue de la même manière que n’importe quelle autre car elle est la source de toutes les autres.

Le Seigneur sait que c’est seulement à l’intérieur de cette relation que s’apprend chaque jour la sagesse qui fait aimer aussi les autres, eux et la vie, avec un amour libre qui a vaincu chaque égoïsme et tout désir de possession et de domination : en L’aimant, on apprend à aimer véritablement aussi les autres.

L’amour du Christ, en somme, nous ouvre à un amour pour les autres qui sera fidèle, accueillant, capable de pardonner.

C’est un amour qui nous donnera aussi l’énergie d’affronter les incompréhensions et les solitudes causées par le refus et par la solitude qui peut nous accompagner lorsque nous nous décidons vraiment pour Lui. Chaque disciple en fait l’expérience.

Tout cela forme la croix que nous chargeons sur nos épaules pour le suivre (Mt 10, 38), c’est-à-dire un moyen d’avoir une vie qui ait la consistance de l’amour ; le missionnaire est avant tout un disciple qui choisit la même voie du don de son Seigneur. La croix n’est pas seulement le signe de la passion de Jésus et de sa mort mais c’est avant tout le signe et la mesure de l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. C’est jusqu’à ce point qu’Il nous a aimé en donnant toute Sa vie. Et le disciple, qui n’est pas plus grand que son maître (Mt 10, 24) doit emprunter la même route. Mt 10, 39 : « Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera ».

La conclusion du discours est singulière : elle ne concerne pas seulement les missionnaires mais aussi ceux qui les accueilleront. Il leur est demandé de reconnaître en ces personnes simples et imparfaites la présence même du Seigneur.

Ils n’auront pas à faire de grandes choses pour accueillir les missionnaires : il suffira d’un verre d’eau (Mt 10,42). Mais ce qui fera la différence sera l’intention avec laquelle ils les accueilleront : s’ils ont écouté les disciples en tant que disciples du Christ, alors, ils auront la même récompense que les disciples.

« Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense » .

écrit par le père Léon

Homélie pour 12ème dimanche du temps ordinaire (21 juin 2020) par le père Léon

Frères et sœurs, « Ne craignez pas !" »
Ce message de Jésus celui qui nous est adressé aujourd'hui. Il vient nous délivrer de nos peurs multiples. Au seuil de cette célébration, ouvrons nos cœurs à la parole de vérité et mettons en lui notre espérance et notre confiance. Nous ne serons jamais déçus.

Trois fois, dans cette courte page d’Evangile, Jésus nous dit de ne pas craindre ! Pourquoi cette insistance ? Jésus connaît bien le cœur des hommes ; il connaît bien l’humanité. Nos sentiments, il les a connus, nos soucis, il les a partagés, nos craintes, il les a expérimentées, nos angoisses, il les a éprouvées... Jésus n’est pas un Dieu venu se promener sur la terre, il n’a pas fait semblant d’être homme, il l’a été en tout, excepté le péché. Plusieurs passages des évangiles illustreraient cela : pensons à sa douleur devant la mort de son ami Lazare ; pensons à son angoisse au jardin de Gethsémani, à sa sensation d’abandon sur la croix. Ce sont là bien sûr des situations extrêmes, mais sans aucun doute, il a été éprouvé aussi de voir qu’il n’était pas compris, qu’il était rejeté même par les gens de son village, et même par des membres de sa famille, comme le souligne à plusieurs reprises l’évangile de St Marc. Plusieurs fois, il a dû fuir de peur d’être arrêté. Oui, les épreuves n’ont pas manqué à Jésus durant ces trois années de vie publique, jusqu’à l’épreuve suprême de la Croix.

Et pourtant, il n’a jamais renoncé à sa mission, même lors des plus terribles tentations, comme celles du désert où Satan essaye de le séparer de son Père. Rien n’a pu entamer la confiance absolue en son Père. Il sait donc de quoi il parle lorsqu’il dit à ses Apôtres et à nous aussi :

« Ne craignez pas !" » . Ce ne sont pas des paroles en l’air, des paroles légères ou simplement des paroles de réconfort comme nous pouvons parfois en prononcer devant quelqu’un qui est découragé. Si Jésus nous demande de ne pas craindre, de ne pas avoir peur, c’est parce qu’il sait que notre Père du Ciel veille sur nous qui sommes ses enfants.

Jésus ne nous promet pas de vivre sans épreuves, il ne nous promet pas une vie qui coulerait comme un long fleuve tranquille, il ne nous promet pas une vie sans souffrance. Il a même dit à ses disciples : « celui qui veut me suivre, qu’il prenne sa croix et qu’il marche derrière moi ». Les recettes faciles de bonheur, les remèdes miracles, les assurances-vie, tout cela ne vient jamais dans la bouche de Jésus.

Ce que dit Jésus, c’est que le disciple ne doit pas craindre, il ne doit pas avoir peur. Cette Parole, nous devons l’accueillir avec foi. Nous en avons grandement besoin dans un monde où tant de gens sont profondément marqués par toutes sortes de peurs. Nous sommes comme les Apôtres dans la barque sur la mer déchaînée, qui sont saisis de panique... Nous connaissons la réponse de Jésus : « hommes de peu de foi, pourquoi avez-vous eu peur, pourquoi avez-vous douté ? » .

Jésus nous met en garde : « ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais ne peuvent pas tuer l’âme » . Ça signifie que si nous mettons notre confiance dans le Seigneur, nous sommes sûrs qu’il n’arrivera rien à notre âme. C’est l’exemple que nous donnent les martyrs : on fait périr leur corps, mais eux savent bien qu’on ne peut pas tuer leur âme et que leur foi en Dieu, envers et contre tout, les sauvera de la mort éternelle.

Dans la première lecture, Jérémie parle au Seigneur, il lui dit sa confiance, il est rassuré. Il ne craint pas les calomnies de la foule. Nous sommes invités à la confiance parce que le Seigneur est avec nous, il scrute l’homme juste, il voit les reins et les cœurs Ce que Jérémie veut nous faire entendre ici, c’est : Confiance, vous êtes sans pouvoir, peut-être, mais vous êtes dans la main de Dieu ; quelles que soient les tempêtes de votre existence, il ne les laissera pas vous submerger. Le livre de Jérémie nous livre les confessions du prophète. Sa vie est un paradoxe qui n’en finit pas. Il leur reproche leur infidélité. Il réveille ou essaye de réveiller son peuple. Nous pouvons faire le rapprochement avec le psaume 68 « L’amour de ta maison m’a perdu » . Le prophète connaît certes des moments de découragement comme tous les prophètes, mais il sait que l’amour de Dieu sera plus fort que tout, c’est ce qu’il appelle « la revanche de Dieu » . Le psaume en écho au livre de Jérémie peut dire « c’est pour toi que j’endure l’insulte » . Les prophètes ont tous été persécutés, mais le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés… Le psaume nous rappelle la vocation du croyant qui donne sa vie, qui endure l’insulte, qui est un étranger pour ses frères, un inconnu. L’amour de la maison de Dieu, son zèle pour le Seigneur l’a perdu, s’exclame-t-il, mais ce n’est qu’une apparence car la prière redonne confiance et il attend la réponse du Seigneur…. Et vous qui allez être confirmés…

Dans la deuxième lecture, Paul dit « La grâce de Dieu nous est donnée par un seul homme, Jésus-Christ » . Cette découverte du vrai visage de Dieu, cette révélation sur la croix, cette nouvelle « connaissance » évidemment, nous éblouit. Paul peut bien dire :

« si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude ». Paul oppose deux comportements, celui d’Adam et celui de Jésus. Il nous indique un chemin, chemin de fidélité à Dieu. Ce que Paul appelle la vie, nous pourrions l’appeler le bonheur ! En effet il n’est pas question dans l’épître aux Romains de vie ou de mort biologique, mais bien de vie spirituelle. Qu’appelons-nous la vie, qu’est-ce que vivre ? Voilà des bonnes questions qui peuvent nous aider à construire notre vie ! … Vous avez choisi le Seigneur mais déjà c’est lui qui vous a choisis et appelés…

Frères et sœurs, Demandons au Seigneur de nous aider à faire avancer le Royaume dans les cœurs. Qu'il nous donne d'oser parler en trouvant les paroles justes qui éveillent le désir de le rencontrer. Qu’Il nous envoie surtout son Esprit afin qu’Il libère l’Amour en nous. « Seigneur, tu nous connais mieux que nous-mêmes, et toi seul peux nous rendre libres : délivre nous de la peur qui nous réduit au silence, et nous pourrons annoncer la Bonne Nouvelle que tu nous as confiée. » Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ (14 juin 2020) par le père Léon

Après le sommet Eucharistique du Jeudi Saint, nous nous retrouvons pour une grande fête de l’Eucharistie, celle du Saint Sacrement, Corps et Sang du Christ. C’est Jésus lui-même qui se donne en nourriture. Il a voulu nous laisser sa présence sous la forme d’un repas. L’Eucharistie est vraiment la nourriture essentielle de notre vie. II se donne totalement et nous appelle à nous donner totalement à lui.

Dimanche dernier en célébrant la fête de la Sainte Trinité nous nous sommes souvenus que le cœur du mystère même de Dieu est l’amour qui unit les trois personnes divines. Avec la fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ nous célébrons le don sacramentel de cet amour divin à l’Eglise.

En ce dimanche, c’est l’occasion de méditer un peu sur ce mystère de l’Eucharistie. Qu’est-ce que l’Eucharistie? Pourquoi chaque dimanche, nous nous retrouvons pour célébrer la messe ? Alors on pourrait regarder le mystère de l’Eucharistie, comme un trépied. Vous savez, quand à un trépied, il manque un pied, ça ne tient plus debout. Comme Sainte Trinité, on ne peux pas penser à manquer un.
  1. Présence
    Le premier pied, c’est un sacrement de la résurrection. Le sacrement de l’Eucharistie, c’est le sacrement de la résurrection. Jésus s’est fait Homme, Il est mort, Il est ressuscité, Il est présent au milieu de nous. Il nous l’a promis ! « Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Il nous l’a promis, et comme Il tient ses promesses.
    Il est fidèle, Il a choisi de se rendre présent à nous sous cette forme du pain, qui devient le Corps du Christ, du vin, qui devient le Sang du Christ. Cette parole, qui est celle de Dieu ! « Ceci est mon Corps. » C’est pas moi qui le dit. C’est bien Jésus. Cette présence, elle est tellement réelle, elle est tellement substantielle, que quand on pose la question : « est-ce qu’une petite souris qui mangerait une hostie consacrée, qui mangerait l’Hostie qui est au Tabernacle… Est-ce qu’elle mangerait le Corps du Christ ? » Eh bien, oui. Pourtant, il va lui manquer quelque chose quand même. Il va lui manquer le deuxième point. Sacrement de la présence de Dieu, c’est l’Eucharistie.
  2. Sacrifice
    Le deuxième pied, c’est un Sacrifice. L’Eucharistie, le sacrement de la mort de Jésus. Parce que le sacrement où Jésus donne Sa vie. En fait, le plus important dans un sacrifice, ce n’est pas le sang qui est versé. Le plus important d’un sacrifice, alors Jésus offre sa vie. Il l’offre au Père. « En tes mains, je remets Mon esprit. » Et Il l’offre à nous tous. À moi. En fait, à chacun de nous Il dit : « ceci est mon Corps donné, livré, crucifié pour toi. » Il nous le dit. Il nous l’offre. Et c’est un sacrement de vie. Et bien, on peut Lui répondre en donnant nous-mêmes notre Corps, notre vie. Du coup, la petite souris, celle qui a grignoté le Corps de Jésus, elle ne peut pas faire ça. Elle ne peut pas recevoir la vie de Dieu en elle ; elle ne peut pas donner sa vie à Dieu. Parce que pour vouloir la donner, il faut pouvoir vouloir, il faut pouvoir en avoir conscience. C’est ça aujourd’hui que vous êtes invités à faire. Décider aujourd’hui d’offrir votre vie au Christ.
  3. Communion
    Le sacrement du dimanche de Pâques, celui de la Résurrection, le sacrement du Vendredi Saint, du Sacrifice, de l’Offrande. Et le sacrement du Jeudi Saint. Et celui-là, on l’appelle le sacrement de la Communion. C’est le troisième pied. Comme cela, on a eu les trois mots qui désignent la Messe, qui désigne ce qu’est l’Eucharistie : Communion, Sacrifice ou Offrande, Présence.
    Alors, comme le sacrement du Jeudi Saint, nous sommes réunis, là, tous, aujourd’hui, par le Christ, par Jésus. Il nous veut autour de Lui, comme Sa famille. Comme ses frères. Nous sommes créés par Dieu, donc nous le sommes bien d’une certaine manière, ses frères. Ainsi dans la 1ère lettre de Paul aux Corinthiens nous avons entendu : Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. Ainsi, nous comprenons que, si Jésus donne sa vie à chacun de nous par la communion à son Corps, alors tous les croyants qui le reçoivent, forment un seul corps, deviennent ensemble le Corps du Christ, le pain de Dieu.
    Mais il nous manque encore quelque chose. Il nous manque d’être pleinement connecté à Lui. Et c’est en mangeant ce Corps, en vérité, en buvant ce Sang, en vérité, en faisant cet échange d’offrande, que nous pourrons être pleinement membres du Corps du Christ. Si nous devenons le Christ, alors le Père nous regarde comme son enfant bien-aimé. Et puis, si nous devenons le Christ, nous sommes membres du Corps du Christ et chacun de nous est indispensable à ce Corps. Et nous avons tout intérêt à être en bonne relation avec les autres membres du Corps. Vous êtes chacun, ici, pour remplir votre mission dans l’Église.
Cette dimension de Communion, du Jeudi Saint, on dit que l’Eucharistie fait l’Église. Ou que l’Eucharistie vit de l’Église. C’était la dernière encyclique du Pape Jean-Paul II. L’Eucharistie fait vivre l’Église. C’est l’Eucharistie, parce que nous communions au Corps du Christ et que nous sommes en communion que vraiment nous sommes cette assemblée sainte, voulue par Dieu. Alors après, on sait bien qu’en nous, il y a des limites, des défauts quand même. On n’est pas tous parfaitement Amour. Mais il ne faut pas se lasser de s’approcher du Seigneur en Lui demandant : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri. » Car c’est Lui qui nous sauve. C’est Lui qui vient à notre rencontre, Il n’attend qu’une chose, Il n’a besoin que d’un ingrédient : c’est de nous.

Frères et sœurs, en cette fête du Saint-Sacrement, je vous invite à renouveler votre façon de communier : que nos corps et nos âmes soient parfaitement unis au trésor que nous allons recevoir. Le Seigneur nous aime et il a soif de notre amour. A chaque eucharistie le Seigneur veut se donner à nous pour nous aider dans notre vie. Alors ne fermons pas notre cœur au Seigneur et venons souvent communier.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour La Sainte Trinité (07 juin 2020) par le père Léon

Dans notre foi chrétienne : il y a deux piliers essentiels. Un pilier que nous fêtons aujourd’hui, la Sainte Trinité. Et un autre pilier, que nous fêtons un peu tous les jours de l’année, puisque c’est le fait que Jésus soit pleinement Dieu et pleinement homme. Chaque messe, chaque dimanche, nous le répétons dans le Je crois en Dieu. Je crois en Dieu, Père, Fils et Saint Esprit et on déploie que le Fils s’est incarné. Il s’est fait homme. Voilà les deux fondements de notre foi. Il n’y a que les Chrétiens qui croient cela.

La Sainte Trinité, on ne peut pas comprendre logiquement. Comment on peut expliquer la Sainte Trinité ? : 1+1+1, ça fait 1 et ça fait 3, ce n’est pas facile. Comme on dit, « les chiffres sont les chiffres ! » 3 fois 1, ça ne fait pas 1 et 1 n’est pas 3… dans notre logique !

En fait, Dieu est unique mais cela ne correspond pas au chiffre 1. Unique signifie qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu. Cela veut dire qu’il n’est pas comme les dieux fabriqués par les hommes et qui ne sont que des créatures : le soleil, la lune, le vent, l’orage, la mer.

Dieu est unique, en même temps Dieu est Père, Fils et Saint Esprit. C’est ce que nous appelons la Trinité. Tri-unité = tri (trois personnes) ; unité (qui ne font qu’un seul Dieu).

Nous le savons, toute la Bible nous dit que « Dieu est amour ». Comment pourrait-il aimer s’il est tout seul ? Il se regarde le nombril ? Si Dieu est amour, c’est parce que Dieu est unique. Mais il n’est pas solitaire.

Il est communion d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Cet Amour qui unit le Père et le Fils, c’est l’Esprit-Saint. Cet Amour est tellement présent, consistant, qu’il est « personne divine ».

Sainte Bernadette de Lourdes avait du mal à retenir les réponses du catéchisme. À la question « Qu’est-ce que Dieu ? », elle répondait : « C’est quelqu’un qui nous aime. » Si Dieu nous aime, s’il est Amour et il n’est qu’Amour, alors il ne peut pas être seul. Il est l’unique, mais il n’est pas seul en lui-même. Dans une relation d’amour, il faut être au moins deux. N’aimer que soi-même n’est pas l’amour. Dieu est famille, relation, communication, communion. Il « a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique » pour que nous ne perdions pas la trajectoire de notre destinée. Nous en faisons l’expérience, que nous soyons marié, parent, célibataire, religieuse, prêtre : aimer, c’est se donner, c’est le pain quotidien de celui qui aime, le pain qui nourrit, le pain qui se partage, le pain qui se gagne et se donne. C’est l’être même de Dieu, son identité, sa raison d’être si l’on peut dire. La raison d’être de Dieu, c’est d’aimer, de se donner, de donner. C’est ce qu’il est : Dieu est Amour, il n’est qu’Amour.

Pour aimer, donner, recevoir, il faut être plusieurs. « Dieu a tellement aimé le monde, nous dit l’évangile, qu’il donné son Fils », Jésus, qui est allé jusqu’au bout du don, de l’Amour, parce qu’il aime son Père et ses frères. Ce courant d’amour à haute tension s’appelle l’Esprit Saint. C’est lui qui nous fournit ce courant pour aimer à notre tour, à la manière de Dieu et du Christ. Nous sommes faits à la ressemblance du Dieu Trinité : relation, communication, communion, dans la diversité de ce que nous sommes. En Dieu Trinité, il y a à la fois différence et communion. Nous aussi nous sommes différents, mais appelés à être ensemble, en relation. L’amour, c’est quand la différence ne sépare plus. Différents, pas séparés, unis. Nous sommes faits à la ressemblance de Dieu. Notre orientation de vie et notre témoignage ne peuvent être qu’aimer. « Nous sommes appelés, dit le Pape François, à vivre non pas les uns sans les autres, ou les uns contre les autres, mais les uns avec les autres, les uns pour les autres. » Il ne s’agit pas là d’une question de morale ou d’organisation sociale, c’est une conséquence vitale de ce que nous sommes : nous sommes l’habitation de la Trinité : « Si quelqu’un m’aime nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure. » (Jn14,23). C’est ce que nous rappelons chaque fois que nous faisons le signe de la croix, le signe de Dieu, notre signe. Ce geste prend tout notre être dans une dimension verticale qui nous relie à Dieu et à la terre, où nous avons les pieds - si on ne touche pas nos pieds en faisant le signe de croix, c’est par difficulté à se baisser -, et dans une dimension horizontale, qui nous relie aux autres. Ces deux mouvements se croisent au centre, au cœur, au cœur de Dieu, à notre cœur, où se rejoignent, se nourrissent et repartent, l’amour de Dieu et l’amour des autres.

Frères et sœurs, nous sommes baptisés, confirmés, pardonnés, mariés, ordonnés, nous participons à l’Eucharistie. Nous commençons notre prière, nous nous signons en entrant dans une église, nous bénissons un défunt, etc… au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Dieu est Amour.

Je voudrais terminer avec quelques phrases qui sont plus simples. Le Père, est « Dieu au-dessus de nous ».

Le Fils est « Dieu avec nous ». Il nous révèle le Père : « Qui m’a vu a vu le Père »

Le Saint Esprit est « Dieu en nous ». Il nous fait vivre la communion avec le Père et le Fils.

Jésus nous l’affirme : « si quelqu’un m’aime, le Père l’aimera et nous viendrons chez lui établir notre demeure ». Cela veut dire que le Père donnera son Amour, c’est-à-dire l’Esprit-Saint et avec l’Esprit-Saint, c’est Dieu qui vient entièrement en nous : le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Saint Augustin disait : « Quand tu vois la charité, tu vois la Trinité ! » ( La Trinité, VIII,8,12). La Trinité n’est pas un problème de logique, elle est à vivre dans nos vies.

Seigneur, tu nous donnes ta vie. Tu nous donnes ton Corps. Tu nous donnes son Eucharistie. Aujourd’hui encore, nous te recevons afin de nous laisser aimer et que nous soyons, nous-mêmes, témoins, participants de son Amour. Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour la Pentecôte (31 mai 2020) par le père Léon

Quelle joie, nous nous retrouvons dans cette l’église pour célébrer la messe. Pendant 11ème semaine il n’y avait pas de l’eucharistie. À cause du Virus, nous avons bien supporter. Je pense que parmi vos familles, il y a des décès ou des malades. Malgré tout, nous devons vaincre des difficultés ensemble. Pendant l’eucharistie, ensemble prions pour les défunts de la familles, les malades et les personnes âgés qui ne peuvent pas venir à la messe.

Impossible, cette année, de nous rassembler dans nos églises pour les fêtes pascales ! Nous avons pu vivre cependant une communion spirituelle en partageant la même Parole de Dieu et la même prière. Et cela sur toute la planète, dans nos paroisses, nos communautés, nos familles, entre amis et grâce à la radio, la télé, internet… Nous avons vécu aussi et nous vivons encore de manière intense une communion avec nos frères et sœurs en humanité, en traversant ensemble de lourdes épreuves et en étant appelés à donner le meilleur de nous-mêmes. En ce dernier dimanche du mois de mai nous voici enfin un peu libérés pour la fête de Pentecôte.

Avant la résurrection de Jésus, une très rude épreuve pour les disciples de Jésus. Leur maître et ami a été arrêté, condamné injustement à la mort sur une croix. Eux-mêmes se sont sentis rejetés, humiliés et menacés de subir le même sort que lui. Leur rassemblement les aide à se soutenir mutuellement et à vaincre la peur. Confinés dans une maison, ils ont verrouillé leurs portes. « II était là au milieu d’eux », écrit saint Jean. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux », leur avait promis Jésus. Une présence de sa personne ressuscitée, vraiment réelle bien que différente de celle d’avant sa mort. C’est désormais dans le corps ecclésial de ses disciples rassemblés que Jésus est réellement présent, comme le proclamera saint Paul. Et cette présence réside « au milieu d’eux » et aussi dans le cœur de chacun. Elle se manifeste comme un souffle vital, celui de l’Esprit Saint, le même que celui qui reposait sur Jésus au jour de son baptême, au moment où il inaugurait sa mission dans la synagogue de Nazareth. Être seul et confiné peut conduire au désespoir. Au milieu d’un groupe d’amis, d’équipiers, peuvent surgir un réconfort, une énergie, une espérance. C’est aussi quand ils se rassemblent en Église que les disciples de Jésus reçoivent le souffle de son Esprit Saint.

Comment nous représenter l’Esprit-Saint ? A parcourir la Bible les images ne manquent pas : feu, souffle, eau vive, colombe ! Mais ce ne sont que des symboles, et non pas l’Esprit qui lui est insaisissable et échappe à toute représentation. Jésus lui-même le dit à Nicodème : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » (Jn 3, 8) Oui, comme avec le vent, nous percevons certains effets de la présence de l’Esprit, mais nous ne pouvons voir l’Esprit, encore moins le saisir.

Dans le récit des Actes des Apôtres que nous avions en première lecture et qui nous relatait la première Pentecôte, il était question de bruit venu du ciel comme un violent coup de vent, et de langues de feu qui se partageaient et se posaient sur chacun des disciples présents.

Mais ces signes, qui manifestent une présence, ne sont que des signes. L’Esprit n’est ni dans le bruit, ni dans le feu. Il ne s’entend pas et ne se voit pas. Encore une fois, ce n’est qu’aux fruits de son action que nous pouvons reconnaître sa présence.

Ainsi, dans la première lecture, des hommes de leur langue parviennent à s’entendre, à se comprendre, et à proclamer, ensemble, les merveilles de Dieu...

Dans la seconde lecture, Saint Paul prenait la comparaison du corps qui, bien que formé de plusieurs membres, ne fait qu’un. Alors que les tendances égoïstes, centrifuges, provoquent l’éclatement, les oppositions, les rivalités, Et Paul d’appliquer cette image à la communauté des croyants. « C’est dans un unique Esprit que tous nous avons été baptisés pour former un seull corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. » De nos différences, de notre diversité, si souvent causes d’opposition et de conflits, l’Esprit, si nous le laissons faire, construit l’unité.

On peut alors affirmer que chaque fois que l’on perçoit la joie, l’unité, la paix, des démarches de réconciliation, nous avons là les signes irréfutables de la présence et de l’action de l’Esprit Saint.

Frères et Sœurs, parler de l’Esprit Saint, le reconnaître dans nos existences, le laisser animer nos vies, n’est pas quelque chose de facultatif, un plus pour gens zélés ou pour chrétiens enthousiastes. Sans l’Esprit Saint, tout ce que nous vivons devient insipide et pesant.

Comme l’exprimait un évêque oriental : « Sans lui (l’Esprit), Dieu est loin, le Christ est dans le passé, l’Evangile est une lettre morte, L’Eglise une simple organisation, l’autorité une domination, la mission de la propagande, le culte une évocation et l’agir chrétien une morale d’esclaves. »

Laissons-nous donc conduire par l’Esprit. C’est lui qui nous fera accomplir ce qui dépasse nos capacités. C’est lui qui nous permettra de demeurer fidèles car il est notre Maître intérieur, notre vie, notre guide.

C’est lui, l’Esprit, qui fait de nous des pierres vivantes pour édifier l’Église, c’est-à-dire pour témoigner de Jésus et de son Évangile. Nous le savons bien, nous chrétiens nous n’avons pas tous la même vision de la réalité ecclésiale. Bien souvent nos perspectives personnelles, notre tempérament, notre façon de vivre et de ressentir le mystère sont non seulement différents, mais même opposés.

Et pourtant le Seigneur attend de nous que nous soyons les uns avec les autres des membres actifs de son corps qui est l’Église : « Tous nous avons été baptisés pour former un seul corps ». Chacun a une note particulière à donner, une mission propre à réaliser. L’Esprit seul peut nous y disposer et nous donner de vivre en Église en nous convertissant à Jésus, en osant vivre une plus grande ouverture, une plus grande disponibilité à son Esprit.

Alors ne cessons pas de demander au Père, par Jésus, ce don de l’Esprit. Demandons-le aussi les uns pour les autres.

« Si vous, tout imparfaits que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. » (Luc 11,13)

Nous vivons un temps de crise inattendue. La fête de Pentecôte trouve en nous cette année une résonance particulière car nous avons besoin de recevoir un souffle nouveau. Les portes de nos confinements se sont déverrouillées et nous voici appelés à parler des langues nouvelles.

L’Esprit Saint est l’âme de son Eglise. Comme avec les disciples au matin de la Pentecôte, l’Esprit nous prend tels que nous sommes, avec nos difficultés à croire, nos incompréhensions nos joies et nos peurs : Il vient nous transformer avec tous ses dons nous dit Saint Paul ; et l’Evangile nous précise qu’avec Lui le Christ nous apporte la paix et nous donne le pouvoir de pardonner et de réconcilier : nous réconcilier entre nous et avec Dieu, c’est la grande tâche notre existence ; elle est plus que jamais le grand défi du monde d’aujourd’hui, plus porté vers la condamnation que vers le pardon !

Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : "Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes !"

Amen

écrit par le père Léon

Homélie pour le 2nd dimanche de Carême (8 mars 2020) par le père Léon

Frères et sœurs,
Le carême est un chemin vers la lumière de Pâques. Aujourd’hui, Jésus transfiguré. Lui d’abord, nous plus tard comme lui. Notre chemin, comme celui des disciples, est éclairé par Jésus. Jésus si proche et si lointain. Il est avec nous. Il est devant nous. Que cette eucharistie nous donne la force d’aller à son pas. Au début de cette eucharistie, tournons-nous vers la lumière miséricordieuse du Seigneur et implorons son pardon.

Sur notre chemin de Carême, dans notre montée vers Pâques, une lumière vient pénétrer dans les ténèbres. C’est la transfiguration de Jésus. Celle-ci nous montre Jésus dans sa divinité, Jésus glorifié alors que dimanche dernier la liturgie nous l’a montré dans son humanité, marquée par les épreuves et les tentations au désert. Nous sommes donc passés des tentations, des épreuves à la glorification, du Carême à Pâques, de la mort à la vie. Telle est la dynamique de la vie chrétienne : la foi et l’espérance nous disent que le Seigneur est toujours vainqueur de nos tentations et de nos épreuves. Dans l’épisode de la transfiguration, quelques éléments interpellent notre foi en ce temps de Carême.

En fait, que vient faire ce récit au cœur de notre Carême, alors que nous montons à Jérusalem avec Jésus ?

Il est bon de se rappeler que la transfiguration de Jésus survient après la première annonce de sa passion. Les disciples sont effrayés. Ils ne comprennent pas et, surtout, ils n’acceptent pas l’éventualité de la fin tragique de leur maître. C’est alors que Jésus amène avec lui trois de ses disciples, et leur donne de contempler sa gloire de Fils de Dieu, avec Moïse et Élie, les grands témoins de la foi d’Israël.

Certains commentateurs ont vu dans la transfiguration une démarche pédagogique de la part de Jésus, afin de préparer les disciples à l’éventualité de sa mort, et ainsi leur redonner courage devant l’épreuve à venir. Mais il faut bien le reconnaître : cela n’a pas suffi.

Tout comme les autres Apôtres, Pierre, Jacques et Jean vont abandonner leur maître devant le spectacle insoutenable de sa crucifixion, malgré le souvenir de celui-là même qu’ils ont vu transfiguré, et qui sera défiguré sous leurs yeux, méprisé, livré à l’hostilité de la foule.

Il faudra que Jésus ressuscite et que sa gloire les enveloppe à nouveau de sa présence pour qu’ils trouvent le courage de le suivre à nouveau, et ce, jusqu’au don même de leur vie. C’est donc après la résurrection que l’évènement de la transfiguration va dévoiler tout son sens.

Les Apôtres se rappelleront alors que lorsqu’ils montaient vers Jérusalem avec Jésus, sa vie était en parfaite communion avec le Père, que sa gloire et sa passion ne pouvaient être dissociées l’une de l’autre ; que l’amour qui va au bout de lui-même est capable de tout donner, car c’est Dieu qui est à la source de cet amour. C’est à la lumière de ce grand mystère que saint Paul, dans la deuxième lecture de ce dimanche, va encourager son fidèle Timothée à prendre sa part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile, car la passion du Christ pour notre monde ne peut s’arrêter avec sa mort en croix. Elle se poursuit dans son corps qui est l’Église.

Le récit de la transfiguration vient nous rappeler à la fois la grandeur, mais aussi l’exigence de notre foi en Jésus-Christ. Non seulement ce récit nous dévoile sa divinité, non seulement il nous donne d’entendre la voix du Père, mais il nous engage à marcher courageusement avec Jésus Christ dans un monde qui cherche toujours à le crucifier. Allons-nous partir nous aussi quand les vents contraires semblent menacer l’Église ? Est-ce que notre foi est capable de contempler le Christ aujourd’hui alors qu’il est souvent rejeté ?

Voilà les questions qu’il nous faut nous poser en ce dimanche, alors que Jésus révèle sa gloire à ses disciples, et que demain il sera crucifié au cœur de la mort. Mais nous, contrairement aux disciples sur la montagne, nous connaissons l’issue de ce combat. L’évangile de la transfiguration, malgré la passion qui s’annonce, nous donne déjà d’anticiper l’aube radieuse du matin de Pâques.

Un détail important dans l’évangile de ce dimanche, c’est celui de l’apôtre Pierre qui propose à Jésus de s’arrêter sur la montagne en y plantant trois tentes, perdu qu’il est dans la contemplation de cette vision merveilleuse qui s’offre à lui. Mais Jésus redescend dans la plaine.

Pour comprendre cette démarche dans laquelle Jésus entraîne ses disciples, la figure d’Abraham nous est proposée comme modèle en ce dimanche. Dans notre première lecture, nous voyons Abraham et Loth quitter leur pays, partir dans la foi vers l’inconnu à la demande de Dieu, alors qu’Abraham se voit promettre un pays, une postérité aussi nombreuse que le sable de la mer. Derrière cette promesse faite à Abraham il y a une Alliance : Dieu prend l’initiative, Il ne se laisse pas mettre en échec par le péché de l’homme mais il l’appelle à collaborer à la réalisation de son salut. Quelle audace de la part de Dieu : celle de faire confiance à un seul homme !

De même qu’il suffira du oui de Marie et bien sûr du oui de Jésus pour changer le monde, et renverser la chaîne du mal, ouverte aussi par un seul homme. Dieu confie donc à une seule personne ce que tous les autres sont destinés à recevoir : il s’agit bien d’une dynamique d’alliance où la participation de chacun est nécessaire.

Nous nous retrouvons tous égaux devant cette alliance dans laquelle personne n’est privé ni de sa responsabilité ni de sa liberté. Il y a dans la réponse d’Abraham et donc aussi la nôtre un enseignement sur ce qu’est la foi : la foi ne révèle sa lumière que si elle repose sur la confiance et, en cela, elle ouvre sur un pays que nous ne connaissions pas.

Abraham est le premier homme à faire totalement confiance à Dieu, à engager sa vie uniquement sur la Parole du Seigneur Dieu, avec lui nous disons : Seigneur, que ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi.

Dans le récit de la transfiguration, la voix du père se fait entendre à nouveau : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Redescendez avec lui dans la plaine l’humanité, porteurs de son amour et de son message de salut, car c’est le temps de l’Église qui s’ouvre devant vous.

Frères et sœurs, en ce dimanche de la Transfiguration, le Christ s’offre encore à notre contemplation, nous rassemblant, comme il l’a fait pour les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, afin de nous partager sa vie. C’est la grâce qui nous est faite de pouvoir nous arrêter avec lui sur ce sommet de notre foi qu’est l’eucharistie. Au terme de notre célébration, nous serons invités à retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de la présence de Dieu et de sa force au cœur de nos vies. Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour le 1er dimanche de Carême (1 mars 2020) par le père Léon

En ce début de carême et de montée vers Pâques nous sommes tous habités par le désir de devenir plus fidèles au Seigneur, d’accueillir en nous la joie de la Résurrection ; mais le mal vient sans cesse nous menacer sur notre chemin comme un ennemi imprévisible ! "Le plus grand péché, aujourd’hui, est que les hommes aient perdu le sens du péché" affirme le pape François.

A propos des origines du mal et du péché, nous avons écouté tout à l’heure le récit de la chute originelle : c’est un récit imagé à la manière des récits anciens, mais il affirme une grande expérience humaine ; l’homme a refusé et refuse encore aujourd’hui d’assumer ses limites et sa liberté au cœur de la Création. Le péché nous affecte et nous fait prendre conscience de notre nudité, c’est-à-dire de notre fragilité humaine, de notre nature vulnérable.

La réalité du péché devrait surtout réveiller notre conscience à la grave question du mal qui nous ronge autant que notre monde. Cependant, il faut se convaincre que le péché n’est pas une fatalité si on le reconnaît et qu’on le regrette en prenant la résolution de retrouver le chemin de la communion et de la réconciliation avec Dieu et avec notre prochain. Et le temps de carême c’est justement cette occasion favorable que le Seigneur nous offre pour lutter contre le mal.

Nous ne sommes pas seuls à mener cette lutte contre le mal. Dieu ne s’est pas résigné à notre éloignement. Il n’a pas voulu abandonner le rêve qu’il avait pour nous à l’origine. Il s’est lentement, patiemment, obstinément employé à nous tendre la main. Il a cherché à reprendre contact avec nous jusqu’à nous envoyer son Fils.

Lequel est venu partager nos misères, nos joies, nos peines et nos travaux, toute notre condition humaine. Il nous a montré beaucoup d’amour. Il a pris au milieu de nous un chemin de fidélité, d’obéissance, de communion au Père. Dans le Christ, nous retrouvons notre modèle ; il nous dit le chemin pour retrouver le Père. Il est, lui, ce chemin, la vérité et la vie. Il est le nouvel Adam en qui nous sommes sauvés.

L’évangile d’aujourd’hui, avec la tentation de Jésus dans le désert, nous rappelle que Jésus, tout en épousant la fragilité de nos vies, n’a pas cédé à la tentation et en cela il nous a ouvert un chemin : Il a démasqué le « tentateur », le « menteur » et l’a sommé de se retirer. La foi nous dit que le démon existe, mais elle nous apprend surtout que le Christ a vaincu le démon. Jésus continue de vivre avec nous ce combat et cette victoire dans la force de sa résurrection.

Aujourd’hui aller dans le désert est devenu une mode touristique, mais aussi une façon de prendre distance vis-à-vis d’une vie devenue trop factice. En tout cas le désert évoque bien un lieu de combat contre la facilité, le lieu de l’affrontement avec le doute et l’épreuve, et celui des choix fondamentaux de la vie : tous les choix entre un chemin de vie ou de mort. Parfois, les personnes qui ont été façonnées par l’épreuve évoquent leur « traversée du désert » ; mais le désert est surtout le lieu de la pédagogie de Dieu. Le désert est un lieu où tout aspire à la vie. Un lieu privilégié de relation avec Dieu, mais aussi avec tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, habitent notre cœur. Au sens spirituel du terme, le désert signifie un retrait temporaire du monde pour assumer nos relations à un autre niveau de profondeur, dans la communion avec Dieu et le prochain.

Frères et sœurs, le carême est une invitation à aller au désert avec le Christ, afin d’entrer dans son combat, et ainsi réaffirmer la primauté de Dieu dans nos vies. Mais parfois, nous tombons, nous cédons, nous ne sommes pas toujours à la hauteur de ce que nous aimerions vivre en tant que chrétiens et chrétiennes. C’est pourquoi le désert est aussi une expérience de conversion.

Car on peut bien prétendre aimer Dieu de tout notre cœur, mais nos vies chrétiennes n’ont de sens que dans la mesure où elles nous font ressentir comme des blessures personnelles les malheurs de ce monde, les souffrances et les injustices que les humains se font subir.

Le temps du carême est là non seulement pour que nous nous rapprochions de Dieu, mais aussi pour creuser en nous cette compassion devant la souffrance humaine, notre indignation devant le mal, mobilisant nos énergies devant les situations où des hommes, des femmes et des enfants souffrent. Que ce soit le Corona virus en Asie et en Europe, qui menace de personnes en ce moment, qu’il s’agisse de tous ces pays ravagés par la guerre, du sort des réfugiés, ou encore de la misère au coin de nos rues, nous sommes tous concernés par ces situations tragiques qu’il nous faut porter à la fois dans notre chair et dans notre prière.

En ce début de carême, nous souhaiterions que bien des choses s’arrangent dans le monde, dans l’Eglise et dans notre vie : mais le Christ n’a laissé entre nos mains que la force de l’amour, la seule en fait qui puisse triompher du mal qui habite le cœur de l’homme.

Seigneur, vient renouveler nos cœurs par ton amour. Il fait grandir l’espérance et nous donne la force d’aimer.

Amen

écrit par le père Léon

Homélie pour 7ème dimanche du temps ordinaire (23 février 2020) par le père Léon

En préparant l’homélie, par hasard, j’ai lu un récit dans le site internet coréen. Une dame est pratiquante. Elle participe á la messe tous les dimanches. Mais un dimanche elle était absente à la messe pour une raison impérieuse. Par contre son mari y est allé. Après la messe, elle lui a dit « Chéri, c’était quel sujet de l’homélie ? » il n’a pas rien dit, pourtant il l’a embrassé fortement. Cet embrassement imprévu, l’a beaucoup touchée. Le lendemain, elle a rencontré le curé. Elle lui a dit : « Mon Père, votre homélie d’hier, il me semble que c’était super, parce que mon mari a vraiment changé. Qu’est-ce que vous avez dit ? Il a répondu. “Aimez vos ennemis”.

C’est vrai que nos ennemis ne sont pas loin de nous. Peut-être ils sont nos familles, nos amies, nos voisins et nos collègues. Nous les rencontrons souvent dans notre vie quotidienne. Du coup nous avons tellement besoin de la réconciliation avec eux si c’est possible. Ce n’est pas pour eux, c’est pour moi-même.

En fait, l’évangile de ce jour est-il une Bonne Nouvelle ou une exigence impossible ? Peut-être faudrait-il l’entendre comme d’autres paroles provocantes ou exagérées de Jésus. Pensons à son invitation à s’arracher un œil ou à se couper la main qui scandalise, ou à jeter à la mer l’auteur du scandale avec une meule au cou. Ces exagérations font partie de la façon de parler de Jésus. Aujourd’hui aussi, nous serions peut-être dispensés de prendre au sérieux ce texte sur l’impossible amour des ennemis.

Car enfin, quand on fait du tort, quoi de plus normal que de d’abord exiger la justice et « réparation des dommages et intérêts » ? Du coup l’ancien testament dit : « œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pieds pour pied, (…) meurtrissure pour meurtrissure » (Ex 21, 24) C’est déjà mieux que Lamek, un descendant de Caïn dont il est question au livre de la Genèse, et qui dit : « Oui, j’ai tué un homme pour une meurtrissure. Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek septante-sept fois ». (Gen 4, 24) La vengeance est une réaction naturelle. La loi du talion a déjà apporté une limitation à la violence déchaînée. C’est un progrès, mais faut-il encore aller plus loin ? Notre réaction instinctive est en effet de rendre le mal pour le mal.

Ce que Jésus demande ici est donc effectivement contraire à cette réaction si humaine. Il nous faut bien le reconnaitre. Mais c’est précisément ce qu’il est venu nous révéler : pour devenir tout à fait humain, il nous faut dépasser la ‘lutte pour la vie’ et accéder à cette façon de vivre qu’il caractérise ce qu’il appelle le ‘Royaume de Dieu’.

L’évangile de saint Matthieu, nous fait découvrir le chemin de la sainteté dans lequel le Christ appelle ses disciples. Aujourd’hui, cet appel est explicité encore par la conclusion du passage que nous venons d’entendre : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). En désignant la perfection de Dieu comme l’objectif de l’existence humaine, le Christ exprime d’une manière incontournable que cette perfection n’est pas à la portée de notre propre force. Nous ne sommes pas invités à devenir des héros ou des hommes et des femmes extraordinaires capables de mener une existence au-delà des forces humaines. La perfection à laquelle nous appelle le Christ n’est pas le couronnement d’une expérience toute humaine, mais le partage par grâce de la perfection de Dieu lui-même. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » : dans ce commandement que le Christ nous donne, il nous invite à découvrir que la sainteté est la reconnaissance des fruits de la grâce de Dieu dans notre vie.

Surtout, le Christ ouvre devant nous le chemin de la grâce en nous demandant infiniment plus : entrer dans une démarche de pardon avec ceux qui nous ont fait du mal, aimer nos ennemis et leur faire du bien. Devant ces appels, nous comprenons que nous ne pouvons vivre cette sainteté et cette perfection que si nous sommes profondément en communion avec le Christ. Il est le seul parfait, le seul saint, celui qui a pardonné à ceux qui le mettaient à mort, qui a parfaitement donné sans espérer de retour, qui a prié pour ceux qui le persécutaient. Seule notre communion au Christ nous permet d’entrer peu à peu dans l’économie de la grâce, ce chemin qui déborde la sagesse humaine et la morale ordinaire, qui dépasse même la Loi de Moïse dans ce qu’elle avait de juste.

Pourtant, nous avons de la peine à pardonner ; comment aimer ceux qui nous persécutent et nous font souffrir ? Ce n’est pas facile le pardon, ni d’aimer ses ennemis.

Comment peut-on faire. Mais Jésus nous dit deux choses : tout d’abord, nous tourner vers le Père. Notre Père est Dieu : il fait naître le soleil sur les méchants et sur les bons ; il fait pleuvoir sur les justes et les injustes. Le matin, notre Père ne dit pas au soleil : Aujourd’hui, illumine ceux-ci et ceux-là ; pas ceux-là, laisse-les dans l’ombre ! Illumine-les tous. Son amour est pour tous, son amour est un don pour tous, les bons et les méchants. Et Jésus termine avec ce conseil : « Vous, donc, soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait ». L’indication de Jésus est donc d’imiter le Père dans cette perfection de l’amour.

Pour cela il nous faut associer la prière à l’amour, comme nous le demande Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. Une prière à Dieu et une prière à ceux que nous voulons aimer. Parce que l’exigence du vrai amour nous dépasse, évidemment. Sans l’aide de Dieu, nous n’y arrivons pas bien, et, pour que l’amour dure, nous devons constamment le demander, à Dieu, mais aussi à nos partenaires, dans une prière réciproque. Cette attitude d’humble prière mutuelle peut alors irriguer toute expression de l’amour.

Jésus nous demande d’aimer encore nos ennemis. Comment peut-on faire ? Jésus nous dit : priez, priez pour vos ennemis. La prière fait des miracles.

écrit par le père Léon

Homélie pour 6ème dimanche du temps ordinaire (16 février 2020) par le père Léon

Dimanche dernier nous avons appelés à être sel et lumière, Jésus nous dit, aujourd’hui, comment nous comporter en vrai fils du Royaume. Déjà, dans la Première Alliance, Dieu n’imposait pas sa Loi aux hommes (1ère lecture). Il leur proposait le chemin de la vie, la sagesse d’une vie selon son cœur, et pour leur bonheur (psaume). Mais pour le comprendre, il faut s’ouvrir à la sagesse même de Dieu (2ème lecture) à son amour. Puisque l’amour est plus grand que la loi.

Les lois que nous propose la société de même que les lois religieuses sont des repères indispensables pour notre bien vivre ensemble de même que pour notre vie personnelle. Ben Sirac, un Sage de l’Ancien Testament, disait que ce sont de beaux instruments que Dieu offre à notre liberté en écrivant : choisis la vie ou choisis la mort, et en nous rappelant que ce choix est un grand pouvoir laissé à notre responsabilité : tu as l’eau et le feu entre les mains… Jésus nous rappellera que toutes les lois se résument en une seule, fondamentale, qui donne sens aux autres : l’amour de Dieu et du prochain. En réalité les gens ne suivent pas les lois en hommes libres, mais comme des esclaves ayant peur d’être punis s’ils ne les respectent pas, ou en essayant de les interpréter à leur profit. Jésus nous demande de le suivre en « accomplissant » la loi, ce qui suppose une attitude tout à fait différente.

“Je ne suis pas venu abolir la loi mais bien l’accomplir”, nous dit Jésus aujourd’hui, Comme si la loi nouvelle de Jésus était beaucoup plus exigeante que la loi de Moïse. Il y a une différence entre la loi de l’Ancien Testament et la loi nouvelle proposée par Jésus. La loi ancienne se vit par devoir, la loi nouvelle se vit par amour. En accomplissant la loi, le Christ libère ses disciples de la loi c’est-à-dire qu’il l’inscrit à jamais au fond des cœurs, parce qu’il dit à ses disciples que ce qu’ils faisaient auparavant par respect de la loi, c’est-à-dire librement. Par exemple, le respect de la vie était, dans la loi de Moïse, une contrainte, un impératif, un commandement. “Tu ne commettras pas de meurtre”.

Reprenons les quelques exemples proposés par Jésus lui-même : en premier lieu, notre façon d’interpréter le décalogue qui nous demande entre autres de ne pas tuer et de réguler notre agressivité : ai-je vraiment accompli la loi si je n’ai commis aucun meurtre ou aucun geste violent réprimé par le code pénal ? En réalité, il y a bien des façons d’empêcher notre frère de vivre : en l’ignorant, le méprisant, en le rayant de ma carte de relations …Nous nous apercevons alors que nous sommes tous agressifs et intolérants, ne supportant des autres aucun petit défaut. Jésus, en ce domaine, nous indique un chemin à suivre : essayons de voir si en nous focalisant sur la paille qui est dans l’œil de notre frère nous n’oublions pas la poutre qui est dans le nôtre ! A partir de cela, il faudra entamer une démarche d’un type tout à fait nouveau :

Essayer de « comprendre » mon frère et de me réconcilier avec lui, en lui pardonnant comme Dieu nous pardonne. En arrivant « devant l'autel », je me demande alors où en j’en suis sur mon chemin de réconciliation, et mon geste de paix pourra devenir déjà un premier pas vers la réconciliation.

Si nous gardons l’amour, si nous essayons d’aimer les autres, il nous transforme. Cette loi devient, dans la bouche de Jésus, l’affirmation joyeuse de l’amour de l’autre, le respect de sa liberté, de la justice “Vis, heureux soit toi-même”. Un peu comme dans cette formule de Saint Augustin “Aime et fais ce que tu veux”. Si tu vis dans l’amour et par l’amour, tu n’as que faire des lois puisque tu aimes. L’amour devient ainsi la valeur par excellence. En effet, lorsqu’une vie est fondée sur des valeurs, elle s’enrichit et grandit. Les valeurs ouvrent le chemin de la tolérance, de la rencontre et du respect de la différence, même si nous ne la comprenons pas. Il y a lieu de refuser les principes, ces derniers sont signes de mort et tuent la relation. Immanquablement, ils conduisent à l’intolérance et ils enferment l’être humain dans sa prison intérieure.

Ceci revient à dire que nous pourrions appeler principe tout ce que nous faisons par devoir et valeur tout ce que nous faisons par désir et par amour. C’est pourquoi les valeurs nous libèrent des principes. Quelle mère nourrit son enfant par devoir, par principe ? On ne le fait pas par devoir mais on le fait par amour. D’ailleurs, tant qu’il y a de l’amour, tant qu’il y a du désir, nous n’avons pas besoin de devoir. L’amour libère des principes.

En nous disant qu’il est venu accomplir et non abolir, Jésus essaie (tente) de nous montrer que la loi et l’amour de s’opposent pas, mais ils sont deux moments dans un même processus.

On commence par se soumettre à la loi puis on comprend qu’il est encore mieux de faire par amour ce qu’on nous a appris à faire par devoir. Ce n’est pas par devoir que nous assistons à la messe le dimanche. C’est notre foi et notre cœur à aimer le Seigneur.

La loi et l’amour sont donc deux choses différentes mais pas opposées au sens où on devrait choisir entre les deux. Quand l’amour est là, on n’a plus besoin de loi, nous n’avons de loi que faute d’amour. Donc, nous avons encore besoin de lois parce que le plus souvent l’amour n’est pas là, le plus souvent l’amour brille par son absence. Un peu comme si Jésus nous disait dans l’Évangile, dans toutes les situations où nous ne sommes pas capables de vivre à la hauteur de l’amour, c’est-à-dire à suivre le Nouveau Testament, il nous reste à respecter au moins l’Ancien Testament. L’accomplissement de la loi conduit à l’amour inscrit dans le cœur de chacun et chacune. Principes ou valeurs ? Loi ou amour ? À nous de choisir ce qui conduit à la vie, mais à une vie en abondance.

“Seigneur délivre-moi des compromis où je refuse la clarté de ton amour, délivre-moi du mal qui me rend agressif, délivre-moi des faux choix qui tuent ma liberté ; aide-moi à discerner mes paroles et mes actes selon la loi de l’Evangile : elle dépasse la loi écrite et me rend libre et capable d’aimer”.

écrit par le père Léon

Homélie pour la Présentation du Christ au temple (02 février 2020) par le père Léon

En ce dimanche, comme vient de nous le décrire l’Evangile, nous fêtons la présentation de Jésus au temple. C’est la fête de la chandeleur, le 2 février. Et le hasard du calendrier a voulu que cette année elle tombe un dimanche. Le 2 février c’est pile 40 jours après Noël… Encore un nombre 40 dans l’Evangile… Chandeleur vient de « fête des chandelles » et pour les chrétiens c’est l’occasion de fêter Jésus qui est lumière du monde. La tradition Juive voulait que chaque premier né masculin d’une famille soit ainsi présenté au temple 40 jours après sa naissance pour être consacré au Seigneur.

La présentation de Jésus au temple nous fait assister à une rencontre attendue et à une rencontre inattendue. C’est pourquoi la liturgie orientale appelle cette fête la Sainte Rencontre. La rencontre attendue, c’est celle qui motive la venue de Jésus au temple.

Une rencontre inattendue survient sur le parvis du temple de Jérusalem : celle de Siméon et d’Anne. C’est une rencontre avec un homme et une femme, qui font découvrir l’action de Dieu en nous. Siméon est porté par l’Esprit pour rencontrer Jésus, Marie et Joseph (Lc 2,26). L’espérance de Syméon, c’est de voir le Messie. Il le reconnaît en l’enfant Jésus. Il fallait avoir de bons yeux ! Ce n’est qu’un enfant ; il n’a encore rien fait. Mais Syméon y croit ; il prend l’enfant dans ses bras et il prononce sa célèbre prière : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut. » J’ajouterai que Syméon, c’est aussi un homme d’amour et d’affection : il prend l’enfant Jésus dans ses bras ; puis il console Marie à l’avance, en la préparant à mots couverts à vivre la passion de Jésus.

Ensuite, il y a la prophétesse Anne. Celle-ci avait 84 ans. C’est un chiffre magique ! En effet 84, c’est 7 x 12. Sept, c’est le symbole de la perfection, ce sont les sept jours de la création et de l’émergence de la vie ; douze, c’est le symbole de l’Eglise, car il y a 12 apôtres et 12 tribus d’Israël. Cette perfection, Anne l’a atteinte par la prière. Après sept ans de mariage, elle est tombée veuve. Elle n’a pas déprimé, elle n’a pas réclamé, elle a consacré sa vie à prier pour les autres, à prier dans le temple, comme dans un monastère ; elle priait « pour ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » Grâce à cet esprit de prière, elle aussi reconnaît en Jésus le sauveur du peuple et elle ose parler de lui autour d’elle. La prière a rendu Anne missionnaire, à 84 ans. En ce sens, Anne est une figure de la vie religieuse, car elle est centrée sur la prière et elle ose témoigner de sa foi.

Frères et sœurs, nous aussi sommes appelés à accueillir Jésus qui vient à notre rencontre. Le rencontrer : le Dieu de la vie se rencontre chaque jour de la vie ; non de temps en temps, mais chaque jour. Suivre Jésus n’est pas une décision prise une fois pour toutes, c’est un choix quotidien. Et le Seigneur ne se rencontre pas virtuellement, mais directement, en le rencontrant dans la vie, dans la vie concrète. Autrement, Jésus devient seulement un beau souvenir du passé. Lorsqu’au contraire nous l’accueillons comme Seigneur de la vie, centre de tout, cœur battant de toute chose, alors il vit et revit en nous. Et il nous arrive aussi ce qui arrive dans le temple : autour de lui tout le monde se rencontre, la vie devient harmonieuse. Avec Jésus on retrouve le courage d’aller de l’avant et la force de rester solides. La rencontre avec le Seigneur est la source. Il est important alors de revenir aux sources : retourner par la mémoire aux rencontres décisives qu’on a eues avec lui, raviver le premier amour, peut-être écrire notre histoire d‘amour avec le Seigneur. Cela fera du bien à notre vie consacrée, afin qu’elle ne devienne pas temps qui passe, mais qu’elle soit temps de rencontre.

Notre rencontre est aussi une rencontre attendue et une rencontre inattendue. Ce qui nous fait percevoir la nouveauté et la densité de ce moment, c’est le sens de la prière et celui de la fidélité, c’est le sens même de nos vœux religieux. Siméon et Anne étaient des personnes de prière. Par la prière, ils ouvraient leur cœur ; et grâce à la prière, ils ont découvert le mystère de l’enfant Jésus. Par leur fidélité, ils ont été présents au moment où Jésus venait et ils ont peu le découvrir et le reconnaître. Ainsi nos vœux nous ouvrent le cœur à l’autre ; beaucoup d’entre vous sont engagés dans l’apostolat de manière intense ; vous rencontrez régulièrement des personnes en difficulté, des personnes qui comptent sur vous. Ainsi vous vivez l’intensité de la rencontre, l’aspect inattendu et la surprise de la rencontre, comme Siméon et Anne. C’est le sens même de nos vœux qui nous est ainsi rappelé aujourd’hui.

Enfin, on ressort du temple. Nous aussi quitterons cette maison et nous rentrerons chez nous. Mais nous aurons le cœur joyeux et la capacité de témoigner autour de nous de l’incarnation et de la rédemption, à la lumière de notre consécration et de nos vœux.

écrit par le père Léon

Homélie pour 3ème dimanche du temps ordinaire (26 janvier 2020) par le père Léon

Aussitôt après son baptême et sa tentation au désert Jésus est revenu à Nazareth, puis il a choisi d’habiter à Capharnaüm : cette petite ville sur les bords du lac de Tibériade était en effet un lieu de passage ouvert à tous où il pouvait facilement annoncer son message. C’était aussi une façon pour Jésus de signifier que Dieu venu habiter parmi les hommes, se fait proche de tous leurs lieux de vie et leur compagnon là où ils vivent en plus grand nombre : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés , dira St Paul ; Jésus venant inaugurer son apostolat dans la « Galilée des nations » pose un signe fort en ce sens. Les zones frontières, celles sur lesquelles nous érigeons trop facilement des murs, sont portant celles qui permettent l’échange et même la communion entre les hommes. Pour Jésus la Mission, la Bonne Nouvelle à annoncer est d’abord celle d’un passage de frontières : entre nous, et entre Dieu et nous ! Beaucoup de peuples et de cultures semblaient jusqu’ici au-delà de nos frontières… mais devons-nous vraiment nous inquiéter de ce que le monde d’aujourd’hui conduise à un grand mélange des peuples, des économies, des cultures et des religions ? Jésus, s’installant à Capharnaüm n’avait pas peur de telles rencontres. Et puis, Jésus cite la parole de prophète Isaïe,

« Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. »

Pour bien comprendre cette prophétie d’Isaïe, permettez-moi de présenter ici son contexte historique. Quand Isaïe fait cette prophétie, près de huit cents ans avant Jésus-Christ, le Royaume d’Israël est divisé en deux. Il y a eu rupture, guerres, et deux entités politiques s’affrontent : tout d’abord le Royaume d’Israël, au nord du pays, qui a la ville de Samarie comme capitale, et le Royaume de Juda, au sud qui a Jérusalem comme capitale. C’est Juda qui est le royaume légitime puisque ses rois sont de la descendance du roi David.

La prophétie d’Isaïe a pour objet le Royaume du Nord, cette région où habitent deux des douze tribus d’Israël, soit Zabulon et Nephtali, et cette région est appelée la Galilée des nations. Quand Isaïe annonce qu’une grande lumière va se lever sur le Royaume du nord, il reprend une formule qui était utilisée lors de l’intronisation d’un roi en Israël. L’on proclamait alors qu’une grande lumière s’était levée sur le pays. En reprenant cette formule dans sa prophétie pour le pays de Zabulon et de Nephtali, Isaïe annonce la venue d’un grand roi qui apportera la paix et qui réunifiera Juda et d’Israël, pour n’en faire qu’un seul pays. Voilà pour le contexte historique de notre prophétie.

Maintenant, l’évangéliste Matthieu va reprendre cette même prophétie d’Isaïe, mais pour désigner la venue du Messie en la personne de Jésus. Pour les premiers chrétiens, et pour nous aujourd’hui, Jésus est cette grande lumière qui s’est levée sur le monde ! Ensuite, Jésus proclame « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche.»

Voilà pourquoi, au regard de tout ce qui se vit, et ce dont nous sommes nous-mêmes témoins, Jésus nous appelle à la conversion. Et la conversion est symbolisée dans cet évangile par ces deux frères, Pierre et son frère André. Ils se sont convertis en acceptant de devenir pêcheurs d’hommes, eux qui étaient de simples pécheurs de poissons.

Quand on parle de conversion, nous voyons généralement des choses qu’il faut abandonner, quitter, des renoncements à faire, ce qui au demeurant n’est pas faux. Mais dans ce passage, Jésus nous invite à voir la conversion d’une manière positive : se convertir, c’est faire mieux ce que nous faisons habituellement, c’est améliorer notre manière d’être. Pierre et André étaient pêcheurs de poissons, ce qui était loin d’être une mauvaise chose. Au contraire, cette activité leur permettait de vivre et de nourrir leur famille. Ils travaillaient pour eux-mêmes et leurs familles. Mais en devenant pêcheurs d’hommes, leur travail, le fruit de leur travail ne se limitera pas seulement à leur seule personne ou encore à leur seule famille, ils travailleront désormais pour tout le monde. Se convertir, c’est donc faire beaucoup mieux, beaucoup plus ce qu’on faisait déjà.

Comme Pierre et André, nous faisons déjà beaucoup de bonnes choses. Notre vie de tous les jours, malgré nos limites et nos difficultés, est illuminée par des actes, des paroles merveilleuses, il nous arrive de laisser éclater le bien en nous. Comme eux, notre vie, nos journées sont des journées de pêche, activités pour subvenir à nos besoins et à ceux des nôtres. Et si Jésus aujourd’hui nous appelle à la conversion, c’est pour nous encourager à faire un peu plus, à travailler un peu plus pour les autres et pas seulement pour nous-mêmes, à partager un peu plus, à pardonner un peu plus. Il nous invite à aller plus loin dans le bien, dans le vrai, dans le juste, dans le sacrifice, dans la générosité.

Frères et sœurs, nous avons une mission. Jésus, aujourd’hui, comme il l’a fait au bord du lac de Galilée, appelle des hommes et des femmes pour qu’ils deviennent des rassembleurs, des pêcheurs d’hommes, qui vont à la recherche de celles et de ceux qui attendent une parole d’espérance. Cette mission confiée à celles et à ceux qu’il appelle, de parcourir la Galilée des nations, de parcourir les sociétés, les groupes, les rassemblements humains, pour y proclamer la bonne nouvelle du royaume, peut être entendue et acceptée si à la suite du Christ nous donnons les signes du monde nouveau que nous annonçons, c’est-à-dire si les chrétiens, les disciples de Jésus, se mettent au service de toute maladie et de toute infirmité du peuple, sinon pour les guérir si nous n’en n’avons pas le pouvoir, du moins pour les soulager et ne pas les abandonner à leur peine et à leur solitude. C’est ce chemin de l’annonce de la bonne nouvelle et des signes du monde nouveau que nous sommes appelés à donner, qui va se dévoiler devant nous à mesure que nous allons suivre le chemin du Christ pendant les dimanches qui viennent. Nous allons entendre ce que veut dire proclamer la bonne nouvelle du royaume, nous allons comprendre ce que veut dire : « guérir toute maladie et toute infirmité » (Mt 4, 23). Jésus, en se faisant proche de tout homme pour lui apporter le salut, s’est fait proche de nous pour nous faire entrer dans son action, dans sa mission et en lui, nous demande à notre tour de nous faire proches de nos frères. Oui c’est le Christ qui est crucifié pour nous, c’est le Christ qui est le centre, la source et le terme de toute vie chrétienne, de toute mission. Qu’il soit au cœur de chacune de nos vies !

écrit par le père Léon

Homélie pour l'Epiphanie du Seigneur (5 janvier 2020) par le père Léon

Pendant la nuit de Noël, Saint Luc nous avait fait arriver à la crèche avec les bergers. Saint Matthieu aujourd’hui nous fait venir adorer l’enfant avec les mages. L’histoire des mages, que nous appelons aussi des rois, est comme une parabole où le sens de leur histoire est beaucoup plus riche de sens qu’il ne semble à première vue. Derrière la joie extraordinaire qui est proclamée solennellement au monde à Noël, une terrible tragédie se met déjà en branle, et qui n’est pas représenté lorsque nous montons nos crèches de Noël à la maison ou dans nos églises.

Aussitôt que Jésus naît, sa vie est en danger, car, comme le chantait sa Marie sa mère dans son Magnificat, le Messie qui vient va disperser les superbes et renverser les puissants de leurs trônes. Pas étonnant qu’Hérode et tous les pouvoirs cruels et malveillants de ce monde s’opposent à lui et à son message de paix et de justice. Cet enfant est l’envoyé du Père qui vient nous aider à changer nos mentalités, nos façons de faire, en guérissant nos cœurs blessés. Il vient nous aider à remplacer l’égoïsme par l’amour, à surmonter le péché par la grâce et ainsi participer à sa victoire sur le mal. Aujourd’hui, nous célébrons la manifestation de cet amour de Dieu pour notre monde. C’est la fête de l’Épiphanie !

Épiphanie
Ce mot signifie pour nous la révélation de la gloire de Dieu sous une forme humaine. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous », nous dit l’évangéliste Jean. Son Incarnation est manifestée au monde par la venue de ces trois Rois Mages qui viennent des confins de l’Orient. Avec eux nous contemplons le mystère qui a été dévoilé à Bethléem, celui du Sauveur qui est né parmi nous. Les Rois Mages représentent toutes les nations de la terre qui cherchent dans la nuit une lumière pour les guider et qui la trouvent chez cet enfant couché dans une mangeoire. La venue des Mages à la crèche est comme l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe qui proclamait : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. »

Ces mages païens, au moment où l’étoile n’était plus là pour éclairer leur chemin, se sont adressés à ceux qui leur paraissaient les plus aptes à les aider. Bien des païens en recherche s’adressent encore à nous avec la même confiance pour trouver le Christ.

Les théologiens de Jérusalem savaient que le roi des juifs, l’étoile de Jacob, le Messie attendu par tous, devrait naître à Bethléem ; ces savants avaient donc la bonne réponse mais, malheureusement, ils ne l’ont pas laissée descendre jusque dans leur propre cœur. Ce seront donc des mages païens qui seront guidés jusqu’à Bethléem par la lumière de l’Ecriture…

Dès le début de son Evangile, Saint Matthieu nous fait ainsi partager une réalité qui va parcourir tout l’évangile ; tout d’abord une nouvelle joyeuse adressée à tous les hommes : il n’y a pas désormais de frontières pour la foi, et tous les païens pourront avoir accès au salut. La nouvelle plus triste, c’est que des croyants, des responsables de la foi en particulier, endormis dans leurs certitudes, n’auront pas vu les signes de la venue du Seigneur dans leur temps ; souhaitons que ce ne soit pas notre cas ! Le Seigneur en effet est en train de naître aussi dans notre monde d’aujourd’hui.

Les mages sont donc repartis seuls, mais l’évangile nous dit qu’ils ont repris leur marche avec une très grande joie : cette joie éprouvée par les mages peut être la nôtre aujourd’hui dans la mesure où la reconnaissance du Seigneur dans l’enfant de la crèche est le but du chemin de tout croyant. Dans notre vie chrétienne, nous avons besoin de l’étoile et la parole de Dieu qui guident nos pas vers le Christ. La rencontre du Christ avec un croyant comme les rois mages est un événement extraordinaire ; cette manifestation divine est comme le disait saint Paul dans l’Épître aux Éphésiens « un mystère caché aux hommes des générations passées ».

Frères et sœurs, c’est aujourd’hui l’occasion d’offrir au Seigneur nos présents, c’est-à-dire ce que nous sommes, nous devons offrir à l’enfant de la crèche notre foi, notre espérance, notre charité. Nous avons besoin de la lumière qui éclaire notre vie, cette lumière nous a déjà montré. C’est ce que Dieu fait en nous donnant son Fils unique, afin que nous puissions réaliser à quel point Il nous aime et combien Il est prêt à tout nous donner. Rappelez-vous les paroles du Père au fils aîné dans la parabole de l’enfant prodigue : « Tout ce qui est à moi est à toi. » Ces paroles sont pour chacun et chacune de nous, et c’est cette promesse incroyable qui trouve son accomplissement avec la naissance du Messie, et qui est proclamée au monde entier lors de la venue des Rois Mages. C’est cela l’Épiphanie ! La promesse de Dieu qui se fait chair, qui se fait l’un de nous et qui se donne à nous comme le plus incroyable des cadeaux.

Alors, comme les Rois Mages, adorons nous aussi l’enfant de la crèche. Il s’offre à nous désormais dans l’eucharistie, ce lieu privilégié de la manifestation du Fils de Dieu au monde. Offrons-nous à lui en cette fête de l’Épiphanie, offrons-Lui le meilleur de nous-mêmes, afin qu’Il puisse faire de nous, comme il est dit dans notre prière eucharistique, une éternelle offrande au Père. Ainsi, nous pourrons nous engager sans crainte sur les chemins imprévus de la vie avec cette assurance que l’Emmanuel marche avec nous et qu’avec lui nous serons vainqueurs. Amen.

écrit par le père Léon

Homélie pour La Sainte Famille (29 Décembre 2019) par le père Léon

Frères et sœurs,

Les fêtes de Noël ont été pour nous l'occasion de nous retrouver en famille. Une famille complète pour certains, mais, quels que soient nos soucis familiaux. Pendant l’eucharistie, ensemble prions pour notre famille.

L’Eglise nous invite à fêter, en ces jours de Noël, la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. Famille à la fois simple et extraordinaire. Cette fête nous dit l’enracinement humain de Dieu. Dieu prend le temps de vivre toutes les étapes de la vie des Hommes. Et cela nous dit l’importance de la vocation et de la mission de la famille dans toutes ses dimensions humaines et spirituelles. Dans un monde où le modèle « traditionnel » de la famille est remis en cause, nous avons à nous rappeler l’importance de sa mission et de sa vocation comme socle de notre société.

La famille est un lieu où se vit l’apprentissage de l'amour en actes et en vérité. C'est le lieu où se transmettent les valeurs essentielles à la croissance de chaque être humain afin qu'il devienne adulte.

Malheureusement, il y a beaucoup de difficultés en ce moment. La famille en Corée et en France, je pense que c’est presque pareil dans les deux pays ou dans le monde. Il y a la fragilité des couples, beaucoup de divorces, refus du mariage même civil, cohabitation sans engagement plutôt en France parce que chez nous, normalement avant le mariage le couple ne reste pas ensemble et il n’y a pas beaucoup d’enfants plutôt en Corée parce que les couples ne veulent plus d’enfants et ils ne veulent plus supporter d’élever l’enfant et il y a abandon de la pratique religieuse, confusion dans les choix éthiques…

Nous allons méditer sur les textes d’aujourd’hui pour y découvrir le sens de la famille, le sens du mariage. L’Évangile nous présente la Sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph.

Fêter la Sainte Famille, c’est se réjouir que Jésus ait pu grandir auprès de parents unis, au milieu de l’amour. C’est aussi chercher ce que nous pouvons faire pour que, dans nos familles, il y ait plus d’amour à l’intérieur, plus de foi en Dieu et plus d’amour envers les autres.

La Sainte Famille a connu des moments de joie et de tristesse. Avant la naissance de Jésus, Joseph a été bouleversé quand il a appris que sa fiancée était enceinte. Mais avec l’intervention divine, il a accepté d’accomplir la volonté divine : assumer la paternité de l’enfant Jésus. A la naissance de Jésus, Marie et Joseph sont inondés de joie : un enfant est né. Ils ont même supporté dignement la pauvreté car l’enfant est né dans une étable, sur la paille. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, la sainte famille, si merveilleusement habitée par la joie de la naissance de Jésus, va devoir continuer à faire face, elle aussi, aux soucis de bien des familles de « migrants » : déjà, il a fallu que l'enfant naisse loin de la maison ; et maintenant, c’est le déracinement, le départ rapide vers un pays inconnu parce que la vie de l'enfant est menacée. Bientôt, le retour au pays d’origine, à Nazareth, sera suivi des inquiétudes normales d’une famille pour assurer le pain quotidien, celles aussi de l’accompagnement de tout enfant qui grandit et pour comprendre le mystère qui est en lui : le moment où l’adolescent Jésus est resté au temple pour s’essayer aux premiers pas de sa mission a surpris Joseph et Marie. Plus tard, quand Jésus commencera officiellement sa mission, sa mère suivra dans l'angoisse, comme bien des mamans, les étapes d'une vie qui n’était pas le chemin qu’elle avait exactement prévu. D’une certaine manière, la mort de Jésus sur la croix sera comme un démenti de ce que Marie aura pu comprendre des paroles de l’Ange lui annonçant que son fils serait grand. Joseph et Marie, puis Marie seule au pied de la Croix, ont ainsi cheminé dans la foi en entrant peu à peu dans le mystère pascal.

En nous rappelant aujourd'hui ce qu’a vécu la « Sainte Famille », l’évangile veut nous dire que Jésus et ses parents ont assumé dans la paix et l’espérance de la foi, toutes les réalités de notre vie humaine et familiale. Leur exemple nous invite à les suivre sur un chemin où se rencontrent souvent le bonheur et la souffrance, mais qui ne sera jamais un chemin sans issue. Bien au contraire, chaque étape de la vie familiale sera, pour chacun de ses membres comme le chemin d’une nouvelle naissance, et une étape vers la résurrection, au-delà de toutes les croix que l’on aura à porter. Pensons par exemple à cette nouvelle naissance qu’est l’adolescence où l’enfant qui va devenir découvre ce qu’il est appelé à devenir ; Lui comme ses parents découvrent parfois de façon inattendue – comme la sainte famille – des itinéraires qu’ils n’avaient pas prévus, douloureux parfois - mais dans lesquels le Seigneur les appelle à accueillir ensemble la Vie qu’Il veut nous offrir.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, l’évangile ne parle que d'un personnage : Joseph : il est nommé à trois reprises. On ne l'entend pas parler, mais on le voit agir en répondant à une des plus belles invitations qui jalonnent l'ancien et le nouveau testament : "Lève-toi"...

"Lève-toi", c'est la phrase qu'Abraham avait entendue et qui a mis en marche tous les croyants qui l'ont suivi, vers un pays qu'au départ personne ne pouvait connaître. Toute famille est invitée à entendre cet appel au départ, qui s’adresse aussi à tous les croyants.

"Lève-toi", c'est aussi les paroles entendues par le prophète Jonas pour se lancer dans une mission qu'il n'avait pas envie de remplir, et qu'il a fini par accepter en surmontant sa peur. Toute famille rencontre aussi ces moments de crainte devant les difficultés de la grande mission de l’éducation. Aussi le messager de Dieu leur dit « n’ayez pas peur »

"Lève-toi", c'est aussi le beau chant d’amour que l’on peut lire dans le cantique des cantiques, ce livre de la bible qui nous dit en toute simplicité tout l'amour que Dieu a pour chacun d'entre nous : Lève-toi, car voici que l'hiver passe et que la saison de la chanson arrive. La sainte famille, en quittant précipitamment Bethlehem, était également rejointe par ce chant de joie qui la mettait en marche.

"Lève-toi", c'est surtout la phrase prononcée combien de fois par Jésus au cours de sa vie, lorsqu'il rencontrait les malades et les blessés de la vie: mettre chacun de nous debout. C’est ce que les parents disent à leurs enfants dans les moments difficiles. Et n’oublions pas que face au sommeil de la mort, le Seigneur nous dira un jour lève-toi... de façon définitive.

Frère et sœurs, il y a des difficultés dans nos familles. Santé, budget, difficultés d’orientation, dialogues difficiles, conflits de générations... Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à regarder la famille de Joseph et Marie. Aux difficultés qu’il rencontre, Joseph est appelé à la responsabilité. Dieu veut des hommes debout : "Lève-toi !"Dieu suscite des hommes actifs : « Prends l’enfant et sa mère ». Joseph se leva et prit l’enfant et sa mère. Joseph a pris la responsabilité de sauver sa famille. Marie, Joseph et l’enfant Jésus ont souffert mais ils sont restés unis. Voilà donc l’exemple d’une famille qui est digne de ce nom.

Sainte Marie et Saint Joseph, qui avez eu la grâce d’accueillir au sein de votre couple Jésus le Sauveur du monde et qui, malgré les épreuves. Priez pour nous qui avons recours à vous. Et obtenez à nos familles et nos communautés les grâces de paix et d’unité dans l’amour dont nous avons un si urgent besoin. Amen !

écrit par le père Léon

Homélie pour Noël (25 Décembre 2019) par le diacre Frédéric

Le sauveur nous est donné aujourd’hui : ce n’est pas seulement une manière de parler, c’est vrai. Le sauveur nous est donné aujourd’hui même. Nœl n’est pas seulement un anniversaire, une commémoration pieuse : c’est la célébration d’une réalité actuelle. Chaque homme peut dire en toute vérité : Jésus vient me sauver moi ; il vient pour moi, comme il est venu pour les bergers de Bethléem. Bien sur, le fait historique lui-même ne se reproduit pas. Mais ce qu’il signifie et ce qu’il implique est toujours actuel. Jésus est né un jour du temps pour les hommes de tous les temps.

Le sauveur vient vers nous : il ne nous demande pas de nous hausser jusqu’à lui. C’est lui qui descend jusqu’à nous. Pour nous rejoindre, il se fait homme. Pour ne pas nous effrayer, il est là, tout petit enfant, totalement dépendant. Et cette pauvreté de la crèche, cette dépendance de Jésus nouveau-né, nous la retrouvons sur la croix et dans l’eucharistie. C’est toujours le même mystère d’un Dieu caché, pauvre, qui se remet entre nos mains.

Le chemin du salut est simple : les bergers n’ont pas eu à chercher longtemps pour trouver la crèche. Il leur a suffit de croire l’ange sur parole. Souvent, nous prenons des chemins compliqués pour aller vers Dieu, parce que nous manquons de confiance. Nous n’osons pas avancer dans la foi : nous voulons comprendre avant d’obéir. Les bergers, eux, ont obéi avant de comprendre. Ils ont cru et c’est ce qui leur a permis de voir. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », redira Jésus à son ami Thomas.

Le signe donné par l’ange a de quoi surprendre : « Un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Ce petit bébé ne ressemble vraiment pas à ce qu’on pouvait imaginer du Messie ! Nous avons parfois du mal à admettre que Dieu vienne à notre rencontre à travers des signes très simples. Ainsi en est-il des sacrements : ce sont des signes très simples, très pauvres… trop ordinaires, trop pauvres, pensons-nous peut-être. « Comment ? Un peu d’eau et quelques paroles suffiraient à donner la grâce du baptême ? Et jésus serait présent dans ce petit morceau de pain blanc ? C’est impossible ! » Les petits admettent plus facilement que les sages et les savants l’efficacité des sacrements. Ils ne sont pas étonnés que Dieu soit simple, qu’il vienne à leur rencontre par des mots et des gestes apparemment dérisoires.

Comme les bergers, nous sommes invités à adorer Jésus. Dans l’eucharistie, il est réellement présent, comme il l’était dans la crèche de Bethléem. Expliquons bien cela aux enfants : souvent, en effet, ils regrettent de n’avoir pas vécu au temps de Jésus, de n’avoir pas vécu Noël « pour de vrai ». Mais devant Jésus présent à la messe ou dans le tabernacle, nous sommes devant lui comme les bergers devant la crèche. Non seulement nous n’avons rien à envier aux bergers, mais nous avons plus de chance qu’eux : car nous savons ce qu’est devenu l’Enfant de Noël. Nous savons que Jésus est mort et ressuscité pour nous. Nous vivons Nœl à la lumière de la Résurrection.

Un sauveur nous est né : cela doit tout changer dans notre vie. Nous ne pouvons pas vivre comme si nous ignorions la bonne novelle de Noël. Jésus se donne à nous, non pour nous condamner, mais pour nous sauver. Très concrètement, il vient nous sauver du péché, nous sortir des nuits de la souffrance et du désespoir. Noël et Pâques sont indissociables : parce qu’un sauveur nous est né, il n’y a plus de situation sans issue, d’échec apparent sans victoire cachée, de larmes sans consolation, de péché sans rédemption, de mort sans résurrection.

Bien des contes de Noël, bien des « noëls » traditionnels traduisent à merveille cette certitude : parce que Jésus est né, plus rien n’est comme avant. On ne peut plus rester enfermé dans sa paresse ou ses rancunes, on ne peut plus vivre replié sur son égoïsme.

N’ayons pas peur d’accueillir la bonne nouvelle. N’ayons pas peur de laisser l’Enfant de la crèche transformer notre vie : ouvrons nos portes à la joie de Noël.

écrit par le diacre Frédéric

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